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    Tite-Live en français : vers la première édition imprimée

    Dossier thémtique en lien : "L’imprimé des Décades de Tite-Live traduites par Bersuire : réception et transmission de la pensée antique au Moyen Âge."

    La première traduction française de l’Ab urbe condita, tel que Tite-Live a nommé son œuvre, conditionne toutes les autres. Rédigée par le bénédictin Pierre Bersuire au XIVe siècle, elle fait d’abord l’objet de plusieurs copies manuscrites avant d’être imprimée au XVe siècle. La bibliothèque municipale de Lyon a la chance de posséder un exemplaire de cette première édition incunable, en deux volumes : Rés inc 294 et Rés inc 295.

    L'œuvre de Tite-Live nous est parvenue incomplètement : sur 142 livres, nous avons conservé seulement les 10 premiers (ou première "décade"), les livres XXI à XXX (longtemps considérés comme la deuxième décade), les livres XXXI-XXXII et XXXIV-XL (le livre XXXIII étant perdu lui aussi, cette "troisième décade" ne compte que neuf livres) et enfin les livres XLI à XLV furent redécouverts plus tardivement mais étaient inconnus au XVe siècle. La bibliothèque municipale de Lyon conserve la Décade II qui contient les livres XXI à XXX et la Décade III qui contient les livres numérotés de XXXI à XXXIX.

    Ce dossier thématique s’inscrit dans le projet LiBer, financé par l’ANR (n° 21-CE27-0008-01). Ce projet s’intéresse à la transmission et réception de la traduction en français Décades de Tite-Live traduites par Bersuire.

    De l’Antiquité au XVe siècle : une transmission manuscrite

    Tite-Live est un historien romain de l’époque impériale, mais on ne connaît rien de lui. Il dédie son existence à la rédaction d’une histoire qui débute par la fondation de Rome. Cette rédaction couvre 750 ans d’histoire romaine. Son œuvre est immense puisqu’elle s’étend sur un ensemble de 142 livres, Ab urbe condita libri, littéralement « Livres depuis la fondation de la Ville (= Rome) », habituellement traduit en français par Histoires romaines. La majeure partie de ce travail disparait dès l’Antiquité : seules les Décades I, III, et IV sont connues au Moyen Âge et donc appellées Décades I, II et III. Tite-Live devient, au même titre que Virgile, un historien porteur du passé glorieux de Rome.

    Ces Décades sont copiées dans de nombreux manuscrits entre le IXe et le XIe siècle [note], et l’Ab urbe condita devient l’un des premiers textes de l’Antiquité traduits en français au début du XIVe siècle. Cette traduction de l’Histoire romaine de Tite-Live, qui regroupe donc les Décades I, II, et III est terminée et mise au propre en septembre 1358, par Pierre Bersuire [note], un bénédictin. Elle fait suite à la demande du roi Jean le Bon [note], qui souhaite fournir à l’aristocratie un modèle politique et historique hérité de l’Antiquité : Pierre Bersuire, alors prieur de Saint-Eloi, rédige une Épître dédicatoire au roi au début de la Décade I. Pour réaliser cette traduction, il s’appuie sur deux textes, d’un côté, le commentaire des Décades I et III du dominicain anglais Nicolas Trevet commandé par le pape Jean XXII et réalisé en 1329, de l’autre, le travail de l’humaniste italien Landolfo Colonna, qui, à la moitié du XIVe siècle, découvre et met en circulation la quatrième décade et les cinq derniers livres de la troisième.

    La traduction réalisée par Bersuire est innovante. En effet, afin de garder les mots de la civilisation latine, il fait précéder son texte d’un glossaire introduit par la rubrique : C’est le chapitre de la declaration des mos qui n’ont point de propre franchois ou qui autrement ont mestier de declaration de Tytus Livius [note] et ajoute des « incidents » [note] dans la traduction même. Ce faisant, il témoigne de la volonté d’utiliser la précision linguistique pour transmettre un savoir : il permet aux laïcs (ceux qui ne lisent pas le latin ou « illiterati ») d’avoir accès à l’histoire ancienne. En outre il donne par là au français un nouveau statut, celui de langue savante.

    Bersuire reprend la première version de sa traduction [note], qui est aussi remaniée deux fois dès la fin du XIVe siècle sous le règne de Charles V : le premier remaniement a été attribué à Laurent de Premierfait, et Henri Romain écrit un Abrégé des Décades de Tite-Live.

    1486-1487 : imprimé en deux étapes

    L’invention de l’imprimerie à caractères mobiles, dans la décennie 1450-1460, est à l’origine d’une révolution dans l’histoire du livre. Les critiques modernes admettent unanimement qu’il s’agit d’une révolution ; en passant d’un objet manuscrit et artisanal à un objet produit en série, le livre accède à une dimension nouvelle, en termes de diffusion de textes et d’idées. Ce n’est pourtant qu’en 1470 que Paris produit ses premiers imprimés. Cette production est motivée par un intérêt commercial. Après avoir commencé par des textes latins, les imprimeurs se consacrent aux textes vernaculaires, plus accessibles aux lecteurs. Le choix de traductions de textes latins, hérités de l’Antiquité répond au XVe siècle à un mouvement de retour aux classiques, grecs et romains. C’est ainsi que la traduction française des Décades de Tite Live par Pierre Bersuire est publiée à Paris en 1486-1487.

    La bibliothèque municipale de Lyon possède un exemplaire de cette première édition, dans un format in-folio, en deux volumes qui portent les cotes Rés inc 294 et Rés inc 295. Il s’agit des Décades II et III de Tite-Live traduites par Pierre Bersuire et suivies du Traité de la guerre punique traduit par Jean Le Bègue d’un texte latin de Léonardo Bruni. Ces deux volumes sont imprimés à Paris par Jean Du Pré en 1487. La Décade II contient les livres 21 à 30 et la Décade III contient les livres 31 à 39. Les Décades contiennent également une table des matières et un registre des cahiers. La table des matières est organisée par livres, en chapitres, avec le numéro du chapitre et du feuillet correspondant. Dans le texte, ces chapitres sont indiqués par une lettrine de couleur rouge ou bleue.

    L’exemplaire de Lyon est dépourvu de la Décade I. Nous soutenons l’hypothèse que les Décades ont été conçues comme deux ensembles éditoriaux différents. La Décade I formerait un premier ensemble, et les Décades II et III un second ensemble. Ainsi, ces deux ensembles auraient étés pensés comme pouvant être vendus en deux temps. Plusieurs éléments appuient cette hypothèse. Tout d’abord, le contenu textuel de la Décade I est sensiblement différent de celui des deux autres. En effet, alors que la Décade I traite de la fondation de Rome, les deux autres narrent le déroulement de la seconde guerre punique et du début de l'expansion romaine en méditerranée.

    En outre, on sait que deux imprimeurs différents se sont partagés le texte. La première Décade est imprimée par Jean du Pré et Antoine Caillaut, tandis que les deux autres sont imprimées par le seul Jean du Pré. Le texte des Décades (l’imprimé de la BnF Rés-J-203 et l’imprimé de la BmL Rés inc 294, Rés inc 295) est sur deux colonnes, dans une typographie de gothique bâtarde. Même si la graphie est similaire entre les deux imprimeurs, on distingue des différences de mise en forme. Antoine Caillaut et Jean du Pré n’ont pas le même usage des majuscules, et la taille de police est plus grande chez Caillaut, notamment au niveau du titre des chapitres. La manière dont les incidents sont mis en avant est différente également.

    La présence d’un colophon [note] à la Décade II renforce cette idée. Il y a deux colophons pour trois livres : le premier à la fin de la Décade I (BnF Rés-J-203) indique qu’elle est imprimée le 27 novembre 1486. Le second à la fin de la Décade II indique la date du 24 juin 1487. Ainsi, les deux volumes sont mis en vente avec plus de six mois d’écart. Plus encore, le volume III ne possède de colophon ni à la fin de la Décade III, ni à la fin de la traduction du De bello punico de Bruni, qui est copiée après cette Décade III. Cela signifie sans doute que la Décade III (et la traduction du texte de Bruni) sont imprimés en même temps que la Décade II : si tel n’était pas le cas, on aurait sans doute la mention d’une troisième date. Ainsi, le colophon unique de la Décade II confirme ce que la continuité graphique des volumes montrait déjà : les deux dernières décades et le traité sur la guerre punique sont à considérer comme un ensemble, mis en circulation en même temps et pensé indépendamment de la première.

    Pour ce qui concerne l’ajout de la traduction du Traité de la guerre punique de Léonard Bruni par Jean Le Bègue, cette traduction se trouve également à la fin de la Décade III dans d’autres exemplaires, notamment dans Paris, BnF Rés-J-205 et INC B 509-10. Cependant, elle ne figure ni dans la table des matières, ni dans le registre des cahiers. En outre, cette partie est identifiée et indiquée à la fois visuellement, par la gravure, et textuellement : “cy commence la translacion en francoys du traictie de la premiere guerre punicque que compilla en latin ung tres noble orateur ditalye nomme Leonard de arecio environ Lan mil CCCC”, auquel il faut ajouter un explicit qui lui est propre. En outre la signature des cahiers est différente. Ainsi, il est probable que cet ajout vienne combler un manque sur les événements des guerres puniques. Cela renforce l’idée d’un ajout postérieur, fonctionnant dans le même ensemble que la deuxième et troisième décades. D’ailleurs le but initial de Leonardo Bruni était de pallier la perte de la deuxième décade dans laquelle ces événements sont initialement narrés. Il est possible que le cahier contenant cette traduction ait été dans un premier temps vendu séparément, et rattaché à tel ou tel endroit de l’ensemble selon le choix des acquéreurs. Il arrive que ce texte se trouve seul dans certains manuscrits. Mais la plupart du temps il a pris la place des Livres XI à XX qu’on n’avait pas retrouvés. Cette idée d’un ensemble thématique comprenant « guerres puniques / guerres d’expansion » ajoute encore un argument à l’hypothèse de deux éditions séparées, celle de l’ensemble « Traité de la guerre punique - Décade II -Décade III » et celle de la Décade I, récit de la fondation de Rome.

    Le XVe siècle est une période de transition entre le manuscrit et l’imprimé, qui se traduit par un changement de modèle commercial, de l’objet unique confectionné pour un individu fortuné, à la production en plus grand nombre pour un public élargi. Pour le développement de l’imprimé, un centre culturel et intellectuel en plein essor : la prospérité économique est utile à l’évolution du livre : les Décades bénéficient de ce passage du manuscrit à l’imprimé. Jean du Pré donne à l’imprimé les signes distinctifs du manuscrit : les lettrines qui ressortent en début de ligne et la typographie qui rappelle la main des copistes.Cette disposition du texte qui imite celle du manuscrit, la manière de penser la mise en page du texte non comme un bloc, mais en introduisant des brisures, des colonnes ou des proto-paragraphes facilite la lecture et fait écho à la période humaniste qui souhaite faciliter la lecture. En outre, Jean du Pré publie les Décades en langue vernaculaire et se démarque par ce choix, à un moment où le latin domine. Il n’est pas lié à la sphère du clergé ou de l’aristocratie, son public est une élite lettrée. L’imprimeur-éditeur a le sens du commerce et du profit, comme le prouve la volonté de créer deux ensembles thématiques, d’un côté la Décade I et de l’autre les Décades II-III, avec l’ajout du Traité sur les Guerres Puniques à la fin de la Décade III, pour combler dans le deuxième ensemble le manque de la Décade I et de la Décade II. Cela nous renseigne sur les pratiques éditoriales de l’époque et sur la volonté de l’imprimeur-éditeur de répondre aux attentes variées du public, la première décade pouvant répondre à un besoin de documentation sur la fondation et les premiers temps de Rome.

    Dans le dossier « L’imprimé des Décades de Tite-Live, le témoignage d’une pensée », nous verrons que des annotations présentes dans l’exemplaire de la BmL permettent de préciser les lectures effectives qu’ont pu faire différents lecteurs.

    Bibliographie

    • Claudin Anatole, Histoire de l'imprimerie en France au XVe et au XVIe siècle, tome 1, Paris, Imprimerie nationale, 1900, p. 209-284.

    • Duval Frédéric, « Le glossaire de traduction, instrument privilégié de la transmission du savoir : Les Décades de Tite-Live par Pierre Bersuire » dans La transmission des savoirs au Moyen Âge et à la Renaissance, vol. 1 du XIIe au XVe siècle

    • Jal Paul, « Tite-Live et le métier d'historien dans la Rome d'Auguste », dans Bulletin de l'Association Guillaume Budé, n°1, mars 1990, p. 32-47.

    • Monfrin Jacques, « Les traducteurs et leur public au Moyen Âge », dans Journal des savants, 1964, n°1. p. 5-20.

    • Nobel Pierre, (dir.), La transmission des savoirs au Moyen Âge et à la Renaissance, vol. 1 : Du XIIe au XVe siècle, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2005, Alfredo Perifano, (dir.), - La transmission des savoirs au Moyen Âge et à la Renaissance., vol. 2, Au XVIe siècle, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2005.

    • Tesnière Marie-Hélène, « À propos de la traduction de Tite-Live par Pierre Bersuire. Le manuscrit Oxford, Bibliothèque Bodléienne, Rawlinson C 447 », dans Romania, tome 118 n°471-472, 2000, p. 449-498.

    Notes et liens utiles

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Manon Lotz, Tite-Live en français : vers la première édition imprimée, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2023-06-02, consulté le 2024-07-21 06:19:46. URL : https://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM001_TITELIVE01

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