Conflits religieux aux XVIe-XVIIe siècles : présentation de documents autour des Protestants dans les collections - Conflits religieux aux XVIe-XVIIe siècles : (...) - numelyo - bibliothèque numérique de Lyon
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Bibliothèque municipale de Lyon | Ville de Lyon

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    Conflits religieux aux 16e-17e siècles : présentation de documents autour des Protestants dans les collections

    Dans les années 1520, la Réforme se développe. Entre 1530-1540, les idées de Jean Calvin s’imposent en France. Vers 1560, on compte un peu plus d’un million de fidèles pour 18 millions d’habitants. La répression commence dès le règne de François 1er et la mort d'Henri 2 (1559) marque le début des guerres de religion. Huit guerres s’ensuivront entre 1562 et 1598. Le sac de Lyon par le baron des Adrets (1562), la Michelade de Nîmes (1567) ou encore le massacre de la Saint-Barthélémy (1572), resteront dans les mémoires. En 1598, la promulgation de l’Édit de Nantes par Henri 4 met fin aux guerres. Ces luttes entre catholiques et protestants s’accompagnent, au 16e puis au 17e siècles, de véritables batailles d’imprimés. Les conflits religieux ont ainsi contribué à façonner l’identité de la Bibliothèque de Lyon, alors dirigée par les jésuites, qui se constitue parallèlement à ces troubles dans la seconde moitié du 16e siècle. Quelle place a été ménagée aux adversaires protestants dans l’élaboration des collections ? Ouvrages historiques, théologiques mais aussi livres d’images et estampes reflètent la vivacité des tensions et témoignent d’un regard porté sur la religion réformée.

    Veüe de l'Église de Saint Irenée telle qu'elle fut délaissée après avoir été Pilliée, Sacagée, et Détruite par les Religionères, 1562, (Coste 412)

    La diffusion de la piété de la nouvelle Église

    L’imprimerie joue un rôle important dans la diffusion de la piété de l’Église réformée. Alors que les idées de Jean Calvin (1509-1564) se répandent en France, les éditions de Bibles ou de psautiers réformés se multiplient.

    La Bible d’Olivétan (1535)

    Bible d'Olivétan, 1535 (21830)

    Bible d'Olivétan, 1535 (21830)

    La BML possède un exemplaire de la Bible dite d'Olivétan, première Bible en langue française traduite non à partir de la Vulgate mais à partir des textes originaux hébreux et grecs. L’initiative de cette Bible, qui porte le nom de son traducteur, Pierre Robert dit Olivétan (1506-1538) est venue de réformateurs suisses francophones. Cette Bible, préfacée par Calvin, est imprimée en 1535 à Neuchâtel par Pierre de Vingle. De grand format, elle est composée en caractères gothiques. La reliure de cet ouvrage, qui a été séparée de son contenu, est également remarquable. Datant du 16e siècle, elle est frappée aux armes de François 1er. L'ouvrage appartenait peut-être à la bibliothèque personnelle du roi ou à une bibliothèque royale.

    Ci-dessus : reliure couverte en carton consolidée en parchemin (21830). Sur cette reliure se trouvait autrefois le plat aux armes de François 1er conservé sous la cote Rés 6948.

    Ci-contre : reliure, atelier d'Étienne Roffet, 1535 (Rés 6948). Plat de reliure à la grecque en veau brun, aux armes de François 1er, à bordure décorée à froid et décor central de fers et de filets dorés.

    Le psautier des Églises réformées

    Les Psaumes de David mis en rime française, 1563 (Rés FM 813550)

    Reliure veau fauve 17e siècle, volutes, entrelacs, fers pointillés.

    A. Cellier,Les Psaumes de David mis en rimes françoises […] , Paris, 1667, (Rés FM 813550). Marques de possession de Marie Rouzier (Prière pour dire quand on est entré au temple).

    La Bibliothèque municipale de Lyon possède une importante collection de psautiers – plus de 1 500 volumes, principalement constituée par la collection de Jean-Daniel Candaux, achetée en 2006. Le Psautier des Églises réformées est achevé en 1562 : il est composé de 49 psaumes traduits par Clément Marot, et de 101 psaumes traduits par Théodore de Bèze. Il est connu sous le nom de « Psautier de Genève ». Près de 80 éditions différentes en sont publiées entre 1562-1565, à Genève, Paris, Lyon, ou en Normandie. Parmi les exemplaires de Lyon, citons l’édition de Thomas de Straton, datée de 1563. Partiellement imprimée en caractères de civilité, c’est-à-dire en caractères qui imitent l’écriture manuscrite, elle fait figurer sous chaque première strophe des psaumes l’accompagnement musical. Sa reliure lyonnaise du 16e siècle en parchemin, ornée de fleur de lys et de médaillons centraux comportant un portrait et les initiales «F.R.», est particulièrement remarquable.

    Témoignages sur les guerres de religion : deux ouvrages illustrés

    Le De tristibus Galliae carmen, in quatuor libros (16e siècle)

    Hérétiques protestants domptant un lion représentant la France, prêchant, pillant et tirant à l’arquebuse sur un Crucifix, 16e siècle (Ms 156)

    La Bibliothèque municipale de Lyon possède un exemplaire unique d’un manuscrit du 16e siècle, rédigé en latin, intitulé De tristibus Galliae carmen. Ce poème divisé en quatre chants, consacré aux guerres de religion, s’ouvre sur la prise d’armes de 1562 et s’achève en 1586. L’auteur, catholique, en est inconnu. Les détails qu’il donne sur les dégradations des églises de Saint-Jean et de Saint-Irénée permettent toutefois à Léon Cailhava, qui a réalisé un fac similé du manuscrit publié sous le titre Les complaintes de la France (1840), de penser qu’il est d’origine lyonnaise. Ce poème s’accompagne de 40 dessins à l'encre et à l'aquarelle, qui représentent les scènes de guerres évoquées. En relation peut-être avec une étymologie polémique, qui rapproche le mot « huguenot » du mot « guenon », conformément aussi aux pamphlets du temps, où le recours à l’animalisation de l’adversaire est fréquent, les calvinistes sont représentés avec des têtes de singes.

    Le recueil dit de Tortorel et Perrissin (1569-1570)

    Le recueil dit Tortorel et Perrissin constitue un ensemble de 40 gravures sur cuivre et sur bois, éditées à Genève en 1569-1570. Des événements des guerres de religion entre 1559 et 1570 y sont représentés.

    J. Tortorel et J. J. Perrissin, Premier volume contenant quarante tableaux ou histoires diverses qui sont mémorables touchant les guerres, massacres et troubles advenus en France en ces dernières années. Le tout recueilli selon le tesmoignange de ceux qui y ont esté en personne, 1569-1570, (Rés 24601)

    Deux négociants flamands sont à l’origine de ce recueil. Ils font appel aux graveurs Jacques Tortorel (actif entre 1568 et 1592) et Jean Jacques Perrissin (1536-1611), deux protestants lyonnais réfugiés à Genève. Ce recueil sans précédent, souvent réédité jusqu'à la fin du 19e siècle et circulant dans toute l'Europe, témoigne du rôle important de la gravure dans la diffusion des événements d’actualité au 16e siècle. Les graveurs s’appuient sur des sources majoritairement protestantes, et leur ouvrage est souvent présenté comme un instrument de propagande ; toutefois, le point de vue sur les événements est souvent plus nuancé. L’exemplaire de la Bibliothèque municipale de Lyon possède une reliure précieuse en maroquin citron du 17e siècle, aux armes de Camille de Neufville, archevêque de Lyon (1606-1693) dont la bibliothèque de plus de 5000 volumes a été léguée à sa mort au Collège jésuite.

    La bataille des martyrologes

    Au 16e siècle, des auteurs réformés dressent des listes de leurs coreligionnaires morts pour leur foi. Jean Crespin, imprimeur genevois (vers 1520-1572), fait ainsi paraître avec le soutien de Calvin la première édition de son martyrologe protestant à Genève, en 1554. Cet ouvrage fait l’objet de plusieurs éditions entre 1554 et 1570, et sera complété ultérieurement par des ajouts du pasteur Goulart (1543-1628). La Bibliothèque municipale de Lyon en possède une édition de 1619. Les protestants suppliciés y sont mis en parallèle avec les modèles prestigieux des premiers chrétiens persécutés : le supplice devient ainsi la marque de l’élection divine et témoignerait de la vérité de la religion réformée. Parmi les notices plus ou moins détaillées, individuelles ou collectives, consacrées aux martyrs, figurent hommes, femmes et enfants, français comme étrangers.

    À la fin du 16e siècle, les catholiques ripostent. Les ouvrages réformés peuvent faire l’objet de réfutations – citons entre autres L’antymartyrologe du polémiste catholique Jacques Severt (1622), mais des martyrologes catholiques, qui fonctionnent selon la même logique, sont également publiés. Si les réformés ne recourent pas à la représentation figurée des martyrs par rejet de l’« idolâtrie romaine », les catholiques n’hésitent pas à utiliser le pouvoir de l’image, à l’instar de Richard Verstegan (1550-1640) catholique anglais en exil et virulent polémiste. Son Théâtre des cruautez des hereticques de nostre temps, publié à Anvers, en latin (1587) puis en français (1588), connaît une large diffusion. La Bibliothèque municipale de Lyon en possède une réédition de 1607. Dans ce recueil de vingt-neuf planches, Verstegan dépeint au moyen de gravures spectaculaires les exactions exercées par les protestants contre les catholiques en Angleterre, France et Flandre.

    R. Verstegan, Theatrum crudelitatum hæreticorum nostri temporis, Anvers, A. Hubert, 1592 (SJ V 019/3)

    Après la promulgation de l’Édit de Nantes (1598) : place à la controverse

    À la fin du 16e siècle, la promulgation de l’Édit de Nantes bouleverse les rapports entre les deux camps. Les batailles d’imprimés succèdent alors aux luttes armées. Au rétablissement de la paix, on assiste ainsi à de nombreuses « conférences ». Un catholique défie un protestant sur un sujet donné : la confrontation se déroule en public, puis chaque camp publie son compte-rendu en se proclamant vainqueur. L’une d’elle, restée célèbre, oppose Philippe de Mornay (1543-1623), grande figure du parti protestant, et le cardinal du Perron. Le 1er publie en 1598 une nouvelle édition de son livre sur la messe, suscitant le mécontentement du camp catholique. Une rencontre a lieu à Fontainebleau le 4 mai 1600 en présence d’Henri 4. Le cardinal Du Perron (1556-1618) publie une nouvelle édition compte-rendu, entraînant une réponse de Du Mornay. La discussion se poursuit ensuite dans les imprimés.

    P. de Mornay De l’institution, usage, et doctrine du Saint Sacrement de l’Eucharistie, en l’Église Ancienne, La Rochelle, 1598 (129640)

    En matière de controverse, chaque camp, chaque ordre religieux a ses champions. Se multiplient ainsi, émanant des deux partis, les traités, manuels, méthodes, abrégés de controverses, pamphlets. Ils abordent de nombreux points de tension : messe et eucharistie, pouvoir spirituel des papes, vocation apostolique, sacrements, purgatoire, prières, morts, culte de la Vierge et des saints, images, célibat des prêtres, grâce et prédestination. Les collections de la Bibliothèque municipale de Lyon sont particulièrement riches en matière d’ouvrages de controverses, et les grands auteurs de chaque camp y sont représentés.

    Guerres de religion et collections

    Les autorités municipales confient la gestion du Collège de la Trinité de Lyon aux jésuites dans la seconde moitié du 16e siècle. De 1565 à 1762, ils contribuent au développement des collections. Quelle place est réservée aux ouvrages adverses ? Catholiques et protestants se lisent et se réfutent mutuellement ; en outre, les jésuites manifestent dans la constitution de leurs collections une volonté d’encyclopédisme. Une place est donc faite aux protestants. Dans la collection jésuite des Fontaines, où le classement des ouvrages est thématique, la cote CS, qui signifie « chrétiens séparés », regroupe ainsi, entre autres, des écrits réformés tant français qu’étrangers.

    Mais ces lectures ne sont-elles pas dangereuses ? Parfois, une marque sur l’ouvrage peut signaler au lecteur la dangerosité d’un contenu. Les mentions manuscrites « livre dangereux », « livre hérétique », « auteur condamné », sont fréquentes. Un ouvrage de Pierre du Moulin (1568-1658), grand controversiste réformé, présente à ce titre une étiquette révélatrice. Son Anatomie de la Messe comporte, collée au contreplat supérieur, une étiquette représentant une tête de mort sur tibias croisés, entourée d’une inscription latine : Index lectori clarat lethale venenum (l’Index signale au lecteur que [ce livre] est un poison mortel). On retrouve de telles marques sur d’autres ouvrages protestants ou jansénistes de la Collection des Fontaines. La référence à l’Index, catalogue de livres interdits par l’Église catholique romaine instauré en 1558 et mis à jour jusqu’en 1966, fait office de mise en garde. Il s’agit là d’une étiquette utilisée par L.C.C. Delahodde, homme d'affaire bibliophile originaire de Flandre (fin 19e-20e), peut-être pour signaler dans sa bibliothèque personnelle les livres mis à l'Index.

    P. du Moulin, Anatomie de la Messe, Genève, P. Gamonet, 1641 (4e édition) (SJ CS 330/21). Ex-libris de Léon Charles Cornil Delahodde (fin 19e-20e siècle)

    Les conflits religieux au tournant du 16e-17e siècles : chronologie indicative

    1560 : début du règne de Charles 9

    1562-1563 : première guerre de religion

    1567-1568 : deuxième guerre de religion

    1568-1570 : troisième guerre de religion

    1572-1573 : quatrième guerre de religion

    1574 : début du règne d'Henri 3

    1574-1576 : cinquième guerre de religion

    1577 : sixième guerre de religion (de mai à septembre)

    1579-1580 : septième guerre de religion

    1589 : début du règne d'Henri 4

    1585-1598 : huitième guerre de religion

    1598 : édit de Nantes

    1610 : assassinat d'Henri 4

    1617 : fin de la régence de Marie de Médicis, début du règne de Louis 13

    1620-1629 : révoltes protestantes

    1643 : mort de Louis 13

    1685 : révocation de l’Édit de Nantes par Louis 14

    Pour aller plus loin

    Autour des collections sur numelyo :

    Ailleurs sur la toile :

    Auteur du dossier : Julie Menand

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Julie Menand, Conflits religieux aux XVIe-XVIIe siècles : présentation de documents autour des Protestants dans les collections, numelyo [en ligne], mis en ligne le , modifié le , consulté le 2021-03-09 08:38:47. URL : https://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001conflits17

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