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Corpus typographique Français

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Présentation

Le Corpus typographique français recense les polices de caractères dessinées en France entre 1850 et aujourd’hui. Il se veut une illustration de la création française dans ce domaine. Il n’a pas pour but d’être exhaustif mais représentatif : s’y côtoient des grands classiques et des créations plus obscures, des caractères de labeur « sérieux » et de la « titraille » fantaisiste, des créations de haute volée mais, aussi, des caractères médiocres, voire mauvais, car l’histoire de la typographie en comporte également.

Toutes les créations qu’il présente sont l’œuvre de dessinateurs de caractères français, ou étrangers ayant travaillé pour des fonderies françaises.

Il a été réalisé dans le cadre du plan de numérisation 2009 mené par le Ministère de la Culture et de la Communication. Loin des affichistes vedettes, il présente une création plus discrète, ce domaine à la fois extrêmement présent, et pour beaucoup d’entre nous « invisible » en tant que création graphique.

Périodes historiques

1850-1890, fin du XIXe siècle
La seconde moitié du XIXe siècle représente, en typographie, un incroyable foisonnement. Du côté des caractères « de labeur » (pour la lecture courante), le règne sans partage des Didones est remis en cause par le mouvement du « Renouveau elzévirien », qui retourne vers des modèles d’avant le XVIIIe siècle et surtout d’avant l’ère industrielle. Du côté des caractères de titrage, l’explosion du nombre de polices est immense : tous les styles antérieurs sont revus et corrigés dans le goût du pastiche typique du XIXe siècle. Enfin, l’invention de la machine à écrire, de machines à composer (principalement la Linotype et la Monotype) qui permettent de composer un texte plus rapidement, modifient radicalement le rapport des lecteurs – et des imprimeurs – aux textes.

1890-1918, belle époque
Cette deuxième période correspond à l’éveil d’un style, l’Art Nouveau, en réaction aux « vieilleries » et à l’éclectisme étouffant de la période précédente. D’inspiration florale et végétale, les caractères sont souples, fluides... et très marqués « fin de siècle » : c’est aussi l’époque des romans décadents, de Lautrec et Gustave Moreau. Ce style est connoté comme étant typiquement « français » : la variété des types présentés dans ce corpus vous convaincra que – s’il existe réellement –, le style « français » est bien plus riche que cela. Et il en va de même pour la création typographique des ces années charnières.

1918-1939, entre-guerres
Après les volutes surannées et fin-de-siècle de l’avant-guerre, l’Europe entre violemment dans le XXe siècle avec la Première Guerre mondiale. La typographie s’inscrira elle-aussi dans le mouvement de modernité qui suivra. Si l’expressionnisme et le constructivisme ont relativement peu marqué la création française, l’Art Déco y imposa une forte empreinte, qui survivra bien longtemps après la fin de cette période.

1939-1958, fin du plomb
L’évolution générale de la création typographique de l’après guerre est moins facilement identifiable que dans la période précédente. Suite à l’arrêt net de la production typographique pendant les années de guerre, la création aura du mal à reprendre et relativement peu de nouveautés sortiront des fonderies durant les années 1940. Suite aux regroupements de fonderies, on se retrouve avec deux grandes entreprises qui monopolisent la création française : Deberny & Peignot à Paris et Olive à Marseille. Cette dernière, sous la direction artistique de Roger Excoffon, marquera profondément la typographie de cette période, qui entre de plain-pied dans la société de consommation.

1958-1984, photocomposition
Avec l’invention en 1958 de la photocomposition (par les ingénieurs lyonnais Louis Moyroud, René Higonnet et René Gréa), la servitude des dessinateurs de caractères à ce lourd et coûteux matériau qu’est le plomb va disparaître. Au lieu d’encombrants types en métal, une police de caractères tiendra désormais sur un simple disque léger et maniable. De nouvelles perspectives s’ouvrent pour le dessin de lettre qui, avec l’apparition des écrans (télévision puis ordinateur) s’orientera vers de nouveaux supports. Tout cela est associé à une augmentation très importante de la quantité d’imprimés et à une demande de plus en plus fébrile de nouveautés.

1984-2009, époque contemporaine
Avec l’apparition, en 1984, des premiers Macintosh, la PAO (publication assistée par ordinateur) prend son essor. Une démocratisation sans pareil de la création typographique va s’opérer, chacun pouvant dessiner et utiliser chez soi des polices de caractères extrêmement légères du point de vue du stockage informatique. Des typothèques gigantesques peuvent alors tenir sur un simple CD. Du côté du dessin, on utilise désormais la courbe de Bézier, définissant les tracés par une série de points et de tangentes, et des logiciels comme Ikarus, Fontographer puis Fontlab. Les grandes fonderies traditionnelles françaises ne survivent pas à ce chamboulement, laissant la place à une profusion de petites structures : bien souvent le dessinateur de caractères vend lui-même sur son site Internet les polices qu’il crée.

Classification Vox / Atypi

La Classification Vox-ATypI a été mise en place par l’historien de la typographie Maximilien Vox en 1952, puis adoptée pour l’Association typographique internationale en 1962. Elle classe les différents caractères selon des critères à la fois historiques et stylistiques. Certains caractères peuvent toutefois être classés dans plusieurs catégories à la fois.

  1. Humanes. Les Humanes ont un tracé et des proportions basées sur les premiers caractères romains du XVe siècle. Ils possèdent peu de contrastes entre pleins et déliés, un axe de construction oblique, et des particularités qui les rapprochent de la calligraphie, comme la barre oblique du e, par exemple.
  2. Garaldes. Contraction des noms du graveur français Claude Garamont et de l’imprimeur italien Alde Manuce, les Garaldes ont des proportions plus fines, plus apaisées que les Humanes. Leur tracé s’éloigne de la plume calligraphique. Très appréciés dans le monde littéraire, ils sont utilisés dans la majorité des romans publiés aujourd’hui.
  3. Réales. Parfois aussi appelées Transitionnels, ces caractères possèdent un contraste renforcé entre pleins et déliés. Caractères rationnels du siècle des Lumières, ils sont construits sur un axe qui tend à se redresser. La Réale la plus célèbre est le Times New Roman.
  4. Didones. Contraction des noms de Didot et Bodoni, ce sont des caractères de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Stricts, rationnels, géométriques, ils ont des empattements filiformes et un fort contraste entre plein et délié. Caractères officiels du Premier Empire français, ils évoquent encore aujourd’hui au lecteur français la loi, l’ordre, l’État. Leur élégance froide les rend très appréciés dans les domaines du luxe et de la parfumerie.
  5. Mécanes. Caractères « mécaniques » du XIXe siècle industriel, ils ne possèdent quasiment pas de contraste de pleins et déliés, ce qui donne à leurs empattements un forme rectangulaire et massive. Ils sont parfois appelés Égyptiennes.
  6. Linéales. Également appelé Antiques, Grotesques ou Sans serifs, ce sont les caractères « bâton », sans empattements.
  7. Incises. Le dessin de ces caractères est comme « incisé » dans la pierre ou le métal. Leurs contours sont donc fréquemment « cintrés ». Cette catégorie de caractères est relativement peu fournie.
  8. Scriptes. Les Scriptes évoquent le tracé à main levée, alerte, cursif. Fréquemment, leurs caractères sont liés les uns aux autres.
  9. Manuaires. Les Manuaires imitent quant à elles les lettres manuscrites à main posée. Proche des Scriptes, le classement d’un caractère dans l’une ou l’autre catégorie peut souvent prêter à discussion.
  10. Fractures. Ce sont les caractères « gothiques », anguleux, noirs et serrés. Ils sont rares dans ce corpus, n’étant que peu utilisés en France à partir du XVIe siècle.
  11. Non-latins. Cette très vaste catégorie comprend, sans distinction de style, tous les caractères d’autres cultures : hébreu, grec, arabe, chinois, japonais, etc.
  12. Fantaisies. Cette catégorie n’apparaît dans la classification Vox-ATypI. Elle a été rajoutée à ce Corpus pour un certain nombre de caractères de titrage aux formes inclassables dans les autres catégories, mais dont le dessin est clairement destiné à attirer l’œil. Ce sont des caractères « à voir » plus qu’« à lire ».
  13. Expérimentales. Depuis le début du XXe siècle, la typographie se prête régulièrement à des recherches expérimentales par des graphistes audacieux. Ce sont des caractères qui ne sont généralement pas destinés à une large distribution. Cette catégorie n’apparaît pas dans le classement Vox-AtypI.
  14. Images. Cette catégorie regroupe tout ce que, jusqu’à l’avènement du numérique – et même depuis – les fonderies de caractères proposent en termes d’images, dingbats, clichés zinc ou galvanos, trames, filets, ornements, vignettes, etc. Cette catégorie n’apparaît pas dans le classement Vox-AtypI.
  15. Sériales. Catégorie apparue dans les années 1990, les Sériales sont des caractères disponibles dans plusieurs styles différents. Par exemple, une même police sera déclinée en versions Garalde, Linéale et Mécane, l’utilisateur pouvant mélanger les trois variantes tout en gardant une unité stylistique à l’ensemble.

Naviguer dans le Corpus typographique français

Un peu plus de 1500 images sont disponibles sur ce site, en basse définition, correspondant à environ 400 notices différentes.

Plusieurs possibilités existent pour accéder aux notices, de la mosaïque centrale, à la recherche directe, selon le nom du caractère, son éditeur ou la période historique de sa création.

Dans le classement par nom se trouve des notices ne faisant pas référence à des caractères typographiques à proprement parler. Y figurent également du matériel d’atelier, des machines, ou des séries de photographies montrant certains gestes effectués par les typographes.

Les notices elles-mêmes proposent différentes informations autour des caractères présentés :

  1. Titre. Lors de caractères pouvant comporter plusieurs graphies (comme Garamond / Garamont), nous avons adopté la plus fréquente.
  2. Auteur(s). Il s’agit de l’auteur principal ; la création d’un caractère étant fréquemment le fait de plusieurs personnes, et un grand nombre de créations du XIXe siècle, sont anonymes.
  3. Éditeur. Le fabricant ou distributeur commercial du caractère, qu’il s’agisse d’une fonderie traditionnelle ou numérique. Beaucoup de caractères du XIXe siècle ont été vendus par plusieurs fonderies différentes, suite à des aléas divers et de fréquentes fusions. Nous indiquons uniquement le nom du premier distributeur.
  4. Date d’édition. La date de sortie du caractère, de sa mise sur le marché. Il faut parfois plusieurs années pour dessiner un caractère. Là aussi, à nouveau, la grande majorité des caractères d’avant la Première Guerre mondiale n’est pas précisément datée.
  5. Description du caractère. Évitant le jargonnage, elle se veut accessible à tout public. Elle contient des informations sur le caractère lui-même, ou sur le contexte dans lequel il a été créé, ainsi que ses particularités stylistiques qui permettent de le reconnaître dans un imprimé.
  6. Période. De nombreux spécimens, qu’ils soient anciens ou contemporains, ne sont pas datés. Et parfois les informations qu’ils donnent quand aux dates de création des caractères sont contradictoires. Nous avons donc décidé de proposer également un classement par larges périodes historiques, forcément restrictif, mais permettant toutefois au néophyte de dégager plus aisément les axes forts de l’histoire de la typographie. Le rangement est fait selon les années de sortie commerciale des caractères, et non pas d’après leur style : un caractère « style XIXe siècle » édité dans les années 1990 sera donc classé dans la période contemporaine. (Pour le détail sur ces différentes périodes, voir ici.)
  7. Catégories Vox-ATypI. Tout en reconnaissant ses limites, nous utilisons la classification établie par Maximilien Vox en 1952 et adoptée par l’Association typographique internationale (ATypI) en 1962. Certains caractères pouvant appartenir à plusieurs catégories à la fois, leur classement est ici conçu pour permettre de les retrouver facilement. Pour des raisons pratiques, des catégories supplémentaires ont été rajoutées. (Pour le détail des différentes catégories, voir ici.)
  8. Source. Le document dont l’image provient. Tous les originaux sont disponibles sous forme imprimée dans les réserves du musée, et sont consultables sur demande.
  9. Localisation.
  10. Droits. Concernant les créations contemporaines qui ne sont pas libres de droits, le Musée transmettra les demandes de reproductions aux créateurs ou à leur ayants-droits.