[Michel Armand, chercheur au CNRS de Grenoble]

[Michel Armand, chercheur au CNRS de Grenoble]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0740 FIGRPTP0082 03
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 24 x 18 cm (épr.)
historique"Depuis que je suis dans la recherche, j'ai toujours été motivé par les problèmes de stockage de l'énergie". Michel Armand, un Grenoblois agrégé de physique, est ainsi devenu le concepteur de la "batterie du futur". Tout le personnel du Laboratoire d'ionique et d'électrochimie du solide (LlEF) de Grenoble concentre aujourd'hui son travail autour d'une batterie. Cette batterie révolutionnaire que Michel Armand, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a mise au point. Mais, précise-t-il, "ce n'est pas une invention, mais un concept. J'ai inventé le concept de l'électrolyte polymère". Un "concept" aujourd'hui bien verrouillé, après le dépôt de pas moins de 37 brevets. Révolutionnaire, cette batterie l'est en effet dans son principe : "II s'agit de contrôler la réaction chimique et de la récupérer sur le circuit électrique par le biais de l'électrolyte polymère. Celui-ci se présente sous la forme de plastique métallisé. Alors qu'il s'agissait de dépasser une capacité de stockage de cent watts/heure par kilo de batterie, la notre arrivera à 120-150 et la limite de cette technologie est à 250". Bref. une batterie tout-solide, à l'opposé du principe traditionnel, qui repose sur iles électrodes solides immergés dans un conducteur liquide. Légère, maniable, de faible coût de revient, d'une longévité accrue par rapport aux autres types de batterie, non toxique (Michel Armand est un écologiste convaincu) grâce à la composition de ses éléments, c'est surtout sa présentation sous la forme d'un film qui rend cette batterie particulièrement attractive pour toutes les utilisations à venir. En effet, "avec mon système, on fait de la batterie au mètre carré qu'on découpe comme on veut, on peut la plier et lui donner la forme qu'on veut et alimenter aussi bien une montre qu'une voiture électrique", affirme Michel Armand. Les premières applications de cette batterie concernent le domaine scientifique, On envisage ainsi de s'en servir pour mettre au point des moteurs d'ordinateur et garantir ainsi une alimentation qui ne s'interrompt pas même en cas de micro-coupures de courant. Mais les caractéristiques exceptionnelles de l'invention ouvrent aussi la voie à une voiture électrique bien plus performante que tous les modèles mis à ce jour sur le marché. La batterie Armand, à condition de parvenir à mettre au point les films homogènes permettant de réaliser une batterie de puissance, porterait l'autonomie d'un véhicule à 300 kilomètres, contre 100 pour les batteries au plomb. Facilement rechargeable, elle pourrait alimenter la voiture pendant mille cycles. soit 300.000 kilomètres... Pourtant, ce n'est pas en France que la nouvelle batterie de Michel Armand va être fabriquée en série. Mais, dès 1992, au Japon. Puis, en 1995, au Canada. Pourtant, dès 1980, Elf était associé au projet avec le producteur d'électricité canadien Hydro-Québec. Mais la compagnie pétrolière, en 1986, veut recentrer son activité. Elle part donc à la recherche d'un acquéreur pour sa participation. Hydra-Québec s'oppose à cette mesure. conformément à une clause du contrat liant entre elles les deux sociétés. La société canadienne est alors dans l'obligation de racheter les parts françaises pour garder la propriété des brevets. D'où la nécessité de trouver rapidement un autre partenaire financier. Ainsi, le 22 octobre [1990], Hydro-Québec et la société japonaise Yuasa créent la société Accumulateur à electrolyte polymère (ACEP). Dès lors, l'exploitation des brevets de Michel Armand se poursuivra à l'étranger. En fait, souligne le chercheur grenoblois, "Elf a fait son métier de cynique mercantile". En effet, précise-t-il, "en plus des bénéfices de la vente, Elf va recevoir 1,5% de tous les revenus à venir". "En fait, je crois que c'est surtout de l'incompétence et non pas du machiavélisme. Les techniciens d'Elf croyaient à ce projet. C'est au niveau de la direction que ça n'a pas suivi. En France, l'association "R" et "D" fait défaut : recherche et développement. La recherche, on sait la faire. C'est le développement qui pose des problèmes. Et c'est lié, en France, à la flexibilité de l'argent, c'est-à-dire à la manière de l'utiliser. Beaucoup d'industriels se comportent avec la recherche comme en terrain conquis. J'affirme que si, aujourd'hui, un inventeur mettait au point le transistor, il ne trouverait personne pour le fabriquer. Sauf, peut-être les Japonais car ils font leur boulot de Japonais. Ailleurs, c'est surtout le manque d'envie d'entreprendre". Le chercheur du CNRS critique le "mariage forcé d'Hydra-Québec avec les Japonais". Il considère en effet que "le retrait d'Elf a forcé Hydro-Québeç à négocier au plus vite avec Yuasa, sans avoir le temps de chercher d'autres partenaires. On travaillait en véritable symbiose avec les Canadiens, Il faut voir comment maintenant on va s'articuler avec la société japonaise". Mais la Communauté européenne s'intéresse également au projet : dès demain, Michel Armand doit rencontrer des représentants de l'Agence spatiale européenne. Source : "La batterie que les Japonais nous envient" / Jean Menand in Lyon Figaro, 22 janvier 1991, p.3.
note à l'exemplaireNégatif(s) sous la cote : FIGRP03306.
note bibliographiqueSciences : histoire orale (SHO). [En ligne] : https://www.sho.espci.fr/spip.php?mot27 (consulté le 16-05-2020).

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