[Colette Gauzit, tisseuse lyonnaise]

[Colette Gauzit, tisseuse lyonnaise]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0758 FIGRP01069 001
technique1 photographie négative : noir et blanc ; 24 x 36 mm
historiqueDepuis une vingtaine d'années, laines, soies et autres matériaux glissent entre les mains habiles de Colette. Donnant jour, selon la mode du moment, à des étoles, écharpes, dessus de lit, sacs ou châles... parfois même des vêtements. Fille de commerçante, Colette décrypte depuis sa jeunesse, à ses heures perdues, les secrets de la laine que vend sa mère dans sa boutique de Villeurbanne. Une matière aux multiples facettes qu'elle appréhende d'instinct, sans pour autant penser à en faire un métier. A vingt ans, elle épouse Paul Gauzit, aujourd'hui propriétaire d'une galerie de peinture, connue de tous les amateurs de la région. A la naissance de sa première fille, Agnès, elle décide d'arrêter son métier de secrétaire. "Je voulais élever mon enfant, mais l'inactivité ne m'était guère bénéfique. Je suis donc retournée spontanément aux sources de mon enfance", explique Colette. Le métier de tisseuse ne s'improvise pas. Afin d'acquérir les meilleurs bases, elle entreprend l'école de tissage de Lyon. Apprend les différentes techniques et opte, finalement, pour le tissage à bras. De fil en aiguille, son activité prend forme. A cette époque, la mode affectionne les couleurs violettes et les matériaux bruts. La jeune femme montre le bout de son nez dans les expositions et réussit quelques ventes. Il n'en faut pas plus pour démarrer. Très vite, Paul et Colette métamorphosent le grenier de leur appartement en atelier, pour y installer métiers à tisser et métrages de tissus. De nombreuse années de travail transforment la sous pente en caverne d'Ali Baba. Des monceaux de laine, de tissus aux couleurs bariolées escaladent les deux monstres de machines provenant de Suède et de Pologne. Le temps et l'expérience amènent plus tard Colette à personnaliser son tissage. Son art évolue au fil des années et son talent s'affine. Aux matières brutes, aujourd'hui, elle préfère les matériaux nobles comme la soie, le cachemire, l'alpaga afin de créer des tissages fluides au tombé irréprochable. Un véritable jeu s'installe dans les rapports de coloris, les motifs géométriques, les mélanges de matériaux. Colette n'en finit plus de créer. "Tous détails anodins, éléments de la vie quotidienne, un paysage, un film à la télé, sont source de création", dévoile l'artiste. Si les dons d'imagination et de création sont indispensables, patience et minutie sont au bout de chaque oeuvre. Ce qui convient parfaitement à cette jeune femme brune et calme. Après des années de travail de longue haleine dans l'obscurité et la solitude, elle voit depuis peu son talent récompensé par la griffe d'un célèbre couturier. Voici, enfin, une de ses premières ambitions exaucées. "L'arrivée de mes écharpes, châles et étoles dans des boutiques de luxe donne une reconnaissance à la qualité de mon travail. D'autant que peu de grandes marques choisissent parmi leurs ventes des produits artisanaux". Dans son atelier, niché au coeur de la Presqu'île, Colette vit son art intensément. De la conception à la mise en route, en passant par les dizaines d'heures de travail, chaque étape évoque un bon nombre de sensations fortes. La plus euphorique, semble-t-elle dire, est la mise en route. "A ce moment-là, tout peut arriver. Le travail terminé reste également toujours un mystère : une énorme déception ou une très agréable surprise". Différents facteurs peuvent entrer en jeu. Par exemple, une année de canicule, les fils de soie étaient secs et craquaient tous. Il a fallu les humidifier un à un pour les travailler ! Le toucher et la sensualité du travail ne laissent pourtant pas oublier les difficultés rencontrées. La vente n'est pas évidente et le feeling passe avant tout : "Très peu d'artistes arrivent à vivre du tissage. Ils sont nombreux à essayer. L'évolution du métier joue beaucoup. Auparavant, les futurs tisseurs pas passaient par l'apprentissage. Aujourd'hui, les écoles s'en chargent. Mais les ouvertures demeurent restreintes". Le seul regret de Colette : le manque de perspectives. "A Lyon, aucun lieu ne se consacre, à faire connaître cet art". Néanmoins, il restera toujours une clientèle pour ces pièces uniques et de haute qualité. Source : "La fibre artistique" / Mathilde Fuoc in Lyon Figaro, 2 mai 1989, p.36.
note à l'exemplaireCe reportage photographique contient 34 négatifs.

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