[3e Biennale de la Danse de Lyon (1988)]

[3e Biennale de la Danse de Lyon (1988)]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPT0617B 09
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 18 x 24 cm (épr.)
descriptionElisabeth Maurin et Eric Vu-An lors de la soirée de gala donnée à l'Auditorium Maurice-Ravel lors de la 3e Biennale de la danse de Lyon.
historiqueQuand Lyon veut s"en donner la peine. il sait recevoir ! La soirée de gala du 17 septembre 1989, donnée dans le cadre de la Troisième Biennale de la danse a confirmé la chose, complément de prestige soulignant bien le caractère international de cette manifestation culturelle. Le même jour, 85% des places étaient déjà vendues pour l'ensemble des spectacles. Un signe ! Sans faste superflu (on le goûte peu dans la ville de Calixte), sans Fantaisies vestimentaires trop marquées, avec juste ce qu'il faut d'édiles, industriels et culturels locaux, Lyon s'était déplacé en masse derrière son sénateur-maire. Il est vrai que les invités rassemblaient le Gotha de la danse française. Grands anciens, comme Jean Babilée, président de la soirée, ou Yvette Darsonval..., les esprits badins pouvant même y glisser Jacques Chazot. Chorégraphes venus en rangs serrés, toutes générations confondues, de Francine Lancelot à Alfonso Cata, de Dirk Sanders à Irène Lidova. Des inspecteurs du ministère, le petit-fils de Nijinski, des journalistes parisiens, italiens, américains... Bref, Paris était à Lyon. Il est vrai que le plateau réunit par Guy Darmet avait de quoi faire pâlir de jalousie la vorace capitale. Il est plutôt rare de voir, le même soir, Patrick Dupont et Eric Vu-An, Sylvie Guillem et Dominique Kalfouni, Jean-Christophe Paré et Régine Chopinot. Maître de maison disert mais concis, Guy Darmet tournait les pages de cette leçon de chose musicale de grand luxe... Même si l'on peut s'étonner que Noverre (à Lyon !), et plus généralement le XVIIIe siècle, ait été absent des pages choisies. En revanche, le cinéma était aussi de la soirée, par le biais d'une séduisante et amusante sélection d'archives, puisée dans l'inépuisable fonds de la Cinémathèque de la danse et de l'INA. Sur l'écran géant, tout commençait par les actualités-Gaumont de 1946 : Jean Babilée répétait "Le Jeune Homme et la Mort", sous la direction de Pierre Petit. Puis, la fiction devenait réalité et, plus de quarante ans après, Babilée grimpait sur la scène, d'un bond. Négligeant l'escalier. Long hommage de la salle. Emotion. Rires, en revanche, quand les pas de la Zambelli sautillaient à la Charlot sur l'écran, dans un document de 1900. Rires plus francs avec Jacques Charon et Robert Hirsh pastichant Tchaïkovski au Gala des artistes. C'était en 1959. Puis, une certaine Miss Baker, élève de Loïe Fuller, allait agiter ses voiles en 1920, Joséphine Baker faire des pitreries (un rien dénudées) dans les années vingt et la Miss pousser la note (enfin les notes, puisqu'elle en avait trois) dans les années trente. En chair et en os, si l'on ose dire, la danse était bien présente. Neuf séquences, neuf époques, huit séductions... la neuvième, évoquant une répétition à l'Opéra de Paris, dans les années 1830, ayant sombré corps et âme par faute d'une violoniste calamiteuse. Avec le soin qu'elle met dans ses reconstitutions, Francine Lancelot faisait danser Louis XIV. Art fait de nuances, de précision dénuée de sécheresse, de grâce jamais précieuse, merveilleusement servi par Jean-Christophe Paré. Le grand pas de deux de Giselle était interprété de royale manière par Elisabeth Maurin et Eric Vu-An. Le jeune danseur alliant une technique de haut vol, une beauté rare, une présence scénique étonnante. Deux hommages évoquaient Nijinski. Vaslaw, de John Neumeier, permettait de retrouver la vigueur, la rigueur, le brio de Patrik Dupont, entouré d'éléments de son Ballet français de Nancy. Le "Faune Fomitch", une création pour la Biennale, jouait l'audace avec une chorégraphie du jeune Michel Kéléménis. Spartiate. Dans "Aunis" de Jacques Garnier se mêlaient les accents acidulés des musiques traditionnelles de la campagne rochelaise et l'évolution tout en souplesse de trois jeunes danseurs. Puis, Régine Chopinot retrouvait sa ville natale avec un singulier et séduisant cocktail : "K.O.K.", qui transformait la scène en ring de lumière, faisant évoluer quatre boxeurs encadrés par un arbitre demi-portion, alors qu'à côté une cantatrice chantait la "Force du destin" de Verdi. Percutant. Evidemment, on descendait quelques degrés avec "L'Arlésienne" de Roland Petit, datant de 1976. Heureusement, on y retrouvait Dominique Khalfouni, sensible à souhait, et Eric Vu-An, toujours aussi séduisant, toujours aussi parfait. Ovation. Avant la péroraison confiée, succès lyonnais oblige, à Maguy Marin. Très loin de "Cendrillon", son Duo hyper dépouillé refusait toute concession. Avec comme bande-son la pluie et l'orage. Longuet. Mais supérieurement dansé par Svlvic Guillem et Manuel Legris. Quand tout ce monde se retrouva sur scène pour le salut final, plus d'un spectateur se pris sans doute à rêver d'autres soirées de cette classe. Dans le domaine lyrique, par exemple... Source : "L'effet Darmet" / Gérard Corneloup in Lyon Figaro, 19 septembre 1988, p.41-42.

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