[Biennale de la danse de Lyon (1992). Compagnie Maryse...

[Biennale de la danse de Lyon (1992). Compagnie Maryse Delente]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPT0617B 03
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 24 x 18 cm (épr.)
historiqueLa danse peut-elle entrer dans l'église ? Réponse le 20 septembre 1992, à 10h30 à la cathédrale Saint-Jean où une chorégraphie de Maryse Delente accompagnera la liturgie. Grand'messe avec danse. L'idée vient de Philippe Janin, aumônier des artistes, convaincu qu'au même titre que la musique, la sculpture ou la peinture, toutes disciplines sources d'émotion esthétique, la danse a sa place dans l'église. Sur les conseils du ministère de la Culture, il a contacté la compagnie lyonnaise Maryse Delente. Proposée quelques pistes à la chorégraphe, comme l'offrande, la supplication, la louange, le partage, à partir desquelles elle avait carte blanche. Les cinq danseuses de la compagnie ne danseront pas toute la messe durant. Il ne s'agit pas d'un spectacle, pas vraiment non plus d'une chorégraphie. Plutôt d'un accompagnement qui aura pour étoffe la gestuelle propre à Maryse Delente, la grâce aiguë et féminine de son écriture, d'une subtilité à la limite du maniérisme. Ainsi ne seront soulignés que certains moments de la liturgie. A l'ouverture du cortège, les cinq jeunes femmes conduiront l'évêque devant le choeur, puis elles prendront place. Alterneront alors partie dansée en solo (sur le Notre Père) et danse en groupe, notamment pendant, puis après la communion. A la fin de l'office, les danseuses reconduiront les fidèles jusque sur le parvis où les sardanes profanes prendront le relais. En principe... Car trois jours avant la célébration, la part d'inconnu dans le déroulement des opérations était encore importante, et sans réellement improviser, les danseuses vont devoir avoir le feeling, le jour J, pour être dans l'esprit et la note d'une situation bien inhabituelle pour elles. Une manière de répétition, le 17 septembre, puis une mise au point, le 20 septembre, entre les deux messes du matin, devraient parfaire un jeu répété seules sur les musiques proposées par Philippe Janin. Mais c'est sans compter sur ce qui demeure pour elles l'aléatoire de la cérémonie : son rythme, ses rites, son ambiance, et le public. D'autant que la décision de cette intervention dansée s'est prise fin août et que la compagnie Maryse Delente n'a donc pas eu le loisir de beaucoup y travailler. Biennale oblige, les musiques choisies ont une coloration espagnole. Coloration que l'on retrouvera dans une certaine mesure dans le costume des danseuses, de longues et sobres robes fluides. On entendra notamment les litanies à l'orgue de Jean Alain d'après Manuel de Falla ; à l'offertoire, un extrait d'un mystère médiéval qui a encore valeur liturgique ; pendant le gloria et la communion la communauté espagnole entonnera des chants liturgiques contemporains, puis après la communion, ce seront des litanies à la Vierge provenant du monastère de Montserrat. Pour terminer, sans doute le final de la 6e symphonie de Vierne. C'est monseigneur Faivre, évêque auxiliaire, qui officiera, tandis que Philippe Janin assurera la prédication. Quant il était encore mystère, le théâtre eut sa place dans l'église. Puis il se retrouva sur le parvis, monta sur ses tréteaux, plus tard, s'inventa un lieu auquel il donna son nom, le théâtre. De la même façon, même si on l'a bien oublié à présent, on a dansé dans les églises, autrefois. Dans leurs fêtes et leurs cérémonies, les premiers chrétiens faisaient appel à la danse. Prêtres et laïcs y honoraient ainsi le Divin, rituellement, en toute décence, évidemment. Plus tard, ce furent des rondes, particulièrement liées aux fêtes des Rameaux, de Pâques ou à la célébration de Noël. Rondes ecclésiastiques qui prirent la forme d'un divertissement pieux. Mais toutes les danses n'ont pas la sagesse et la civilité de la ronde. Même si d'emblée, les danses populaires auxquelles se mêlaient les femmes furent prohibées, le désordre vint avec la pierre de la folie. Avec la fête des Fous, c'est en effet le pouvoir exorciste de la danse Sur les esprit mauvais qui s'exprime. Mais aussi, les facéties profanes qui dominent, le corps qui parle. Et les débordements des chorées saltatoires qui guettent. Les conciles n'ont alors de cesse de fustiger les processions dansées, jusqu'à les interdire, en fin de compte. Expulsée depuis belle lurette de l'église, la danse peut-elle y retourner ? Quand, comment et sous quelles formes ? Cette question, quelques historiens de la danse et de la liturgie se la poseront le 21 septembre 1992, lors d'une table ronde à l'Agora Tête-d'Or. Sûr qu'il se dira deux ou trois choses passionnantes sur les rapports du corps et du sacré. Source : "Viva la Feria : figures libres sur thèmes imposés" / Nelly Gabriel in Lyon Figaro, 19 septembre 1992, p.43-44.
note à l'exemplaireNégatif(s) sous la cote : FIGRP05534.
note bibliographique"Saint-Jean : feria missa est" / M.C.V. in Lyon Libération, 21 septembre 1992, p.29.

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