[1re Biennale d'art contemporain de Lyon (1991)]

[1re Biennale d'art contemporain de Lyon (1991)]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPTL0139 05
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 18 x 24 cm (épr.)
historique"A la fin de la semaine, tout doit être viré". "Tout", c'est la Biennale d'art contemporain qui est priée d'évacuer la halle illico presto, sous peine de télescopage avec la suite des festivités. Le vocabulaire musclé des techniciens de la halle Tony-Garnier n'est autre que la preuve de bonne santé d'un lieu tout à fait singulier qui a appris à jouer de sa singularité. Et ça marche. Cela marche d'autant mieux qu'au bâtiment exceptionnel légué par un architecte enfin célébré, est aujourd'hui liée une structure de gestion sans équivalent sur la place. Après avoir été restauré et propulsé par Régis Neyret en décembre 1988, le bâtiment est gouverné depuis 1990 par Jean Vocanson, directeur général de la halle. Venu du privé et ayant longuement tâté de l'administration culturelle à la Région puis à l'Arsec, il fait avancer son nouveau navire sur un océan de paradoxes. Premier d'entre tous, le moteur. La halle marche à l'associatif, façon 1901, avec un conseil d'administration qui compte un nombre impressionnant d'élus recrutés dans toutes les assemblées possibles et un président qui n'est autre que Jacques Oudot, vice président du Conseil régional et adjoint aux Affaires culturelles de Lyon. Si fort pourvue, si bien défendue, la halle devrait donc se situer dans le microclimat qui appelle grosses subventions et ambitions démesurées. Et bien, point du tout. Enterré avant même que de naître, le projet d'une Cité de l'Image et du Temps a pour seule matérialité sa mention sur l'unique plaquette qui vante les mérites de la halle réhabilitée. Des mots et du vent. Quant aux subventions, hormis celles naguère votées pour l'équipement du lieu, elles sont de zéro franc, zéro centime. Ainsi, Jean Vocanson a hérité d'un lieu débarrassé de projets grandioses, condamné à la rentabilité ou du moins à l'autosuffisance et cependant sous haute surveillance édilitaire. Charmant programme. "Mais oui, c'est tout à fait excitant", monsieur le directeur général n'en démord pas. "La halle est une entreprise comme une autre qui doit équilibrer ses comptes tout en poursuivant des objectifs sujets à déséquilibre". Pour l'heure, on est du côté de l'équilibre. Un peu plus de 9 millions de budget sur 1991, une à deux unités de plus sur 1992, seize salariés permanents et une occupation des lieux à 70% par du culturel... au sens large du terme il est vrai. "Moi je veux bien qu'on râle, qu'on se plaigne de l'absence d'expositions maison, mais il faut savoir que la grande halle de La Villette tourne avec 90 millions dont une quarantaine offerts par le ministère de la Culture". Tout est dit, sauf que pour compliquer le jeu lyonnais et en échange des locaux, la Ville s'octroie soixante jours d'occupation gratuite par an. Moyennant quoi, et une fois les temps morts ou gratuits ôtés, le chiffre d'affaires mensuel doit être de 1,5 million de francs. "On n'a pas intérêt à chômer" et le premier qu'il ne fait pas chômer, Jean Vocanson, c'est son directeur technique, Thierry Elmassian qui, en place dès le début de l'aventure, n'en finit pas d'expérimenter les transformations à vue du décor. Objectif final : toujours plus, toujours plus vite. Moyen pour ce faire : déplacer les pions que sont gradins ou parois, choisir le nord pour l'un, préférer le sud pour un autre et faire valser les semi-remorques. Bref, si Elmassian parvient à accélérer les rotations techniques, Vocanson remplit mieux son calendrier, "plus on jongle, plus on diminue les coûts". D'où la pression faite sur la Biennale, derrière laquelle s'annonce un concert rock, suivi d'un salon professionnel lui même talonné par Goldman. Musique classique en mai avec le cycle Mahler, West Side Story en janvier 1992, le très biblique Robert Hossein en mars et Ariane Mnouchkine au sortir des fêtes dans le cadre du Festival des arts olympiques... L'affiche est impressionnante et révèle une politique offensive de recherche d'événement, politique étayée par de solides amitiés. Les attraits de la halle, plus les relations nouées par Jean Vocanson dans toute l'administration régionale : la combinaison fonctionne à fond quand il s'agit d'obtenir la présence des grosses pointures. "Rien n'est écrit, mais j'ai la priorité", priorité notamment sur le palais des Sports lorsque se profile un événement culturel, mais priorité menacée par l'implantation du Zénith. Même si les jauges sont incomparables. Si belle et si centrale soit-elle, la halle est à la veille de perdre son monopole et donc à la veille d'une nouvelle bataille. Ce qui enchante son directeur, jamais en panne de stratégie. Améliorations de l'environnement halle, recherche de partenaires privés, produits dérivés à commercialiser, scénarios à concrétiser, tout est possible. Mais, retour à la case départ, tout reste lié aux décisions du fameux conseil d'administration qui, tôt ou tard, devra trancher. Quant à la prochaine Biennale, elle aurait intérêt à ne pas tergiverser trop longuement sur sa localisation. Le calendrier 1993 de la halle est en instance de bouclage. Source : "Le décor de tous les décors" / Sophie Bloch in Lyon Figaro, 15 octobre 1991, p.1, 39-40.
historiqueL'espace métallique le plus vaste du monde aligne les chiffres : 17.000 mètres carrés, 6500 mètres carrés de vitrages, 210 mètres de long, 80 de large, vingt-quatre de haut, soit trois fois la surface de Notre-Dame de Paris. Devenu Monument historique en 1975 et réhabilité en 1988, le bâtiment de Tony Garnier a un prix, celui de sa location : 125.000 francs pour une occupation de la totalité de la surface de 8 heures du matin à 8 heures du soir. A ce qu'il paraît, planter un fauteuil au beau milieu de la halle et écouter son disque préféré via toutes les enceintes du lieu est pur régal. Mais, jusqu'à présent nul n'a loué l'espace pour ce seul plaisir. Plus courantes sont les locations par tranches de 2000 mètres carrés au prix de 7,5 francs le mètre. Somme à laquelle s' ajoutent des prestations diverses et variées, du montage de gradins au service nettoyage. Les concerts bénéficient eux d'une tarification particulière : 52.000 francs de fixe, plus un pourcentage de 10 à 15% selon le taux de remplissage. Toutes choses qui se négocient. Une longue occupation de l'espace s'accompagne d'une baisse de la facture journalière. Et une location en juillet ou août s'obtient à moins 50% des tarifs officiels.
note à l'exemplaireNégatif(s) sous la cote : FIGRP04473.

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