[Théâtre de mime "El Galpon"]

[Théâtre de mime "El Galpon"]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPTP2260 06
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 20 x 15 cm (épr.)
descriptionAdresse de prise de vue : Théâtre de mime "El Galpon", 4, bis Passage Thiaffait, Lyon 1er.
historiqueEduardo Lorca panse les blessures de son école de mime. La seule de la région. La guérir tout en préparant de nouveaux spectacles : pas facile sans subventions. Son rêve ? Fonder une école professionnelle de mime à Lyon. En attendant, il organise des cours dans un couloir obscur de la colline de la Croix-Rousse : le théâtre El Galpon. Un nom significatif. En Amérique du Sud, le Galpon désigne un hangar désaffecté réorganisé en lieu de spectacle. De hangar, il n'en est ici plus question. De spectacles, toujours.
historiqueC'est dans cette grande salle, aux fauteuils grinçants et au plancher capricieux, qu'il peaufine son spectacle. Un numéro qu'il connaît bien pour avoir tant et tant de fois, ajusté les gestes et les déplacements devant le miroir-juge. Visage fardé, collant passionné par sa peau, la lèvre brune, le sourcil exagéré et le cheveu en bol, Eduardo Lorca s'élance sous les projecteurs. Pas d'accessoire, pas d'élément reconnaissable susceptible de détourner l'attention. Rien que lui, son visage et son corps. Surprise : il semble légèrement plus grassouillet que ne l'exige habituellement, la silhouette filiforme du mime. Puis, sans mot dire, il restitue quelques chapitres de "Paroles de Mime". Un titre heureux de sa contradiction, qui force l'écoute par le silence. Déjà présenté à Lyon en 1986, le spectacle a depuis été entièrement renouvelé. Ou presque. "A soixante-dix pour cent" estime l'artiste : "Mes créations sont des suites de sketches dotés d'un enchainement quasi-mathématique. Chaque numéro doit alors être le plus court et le plus parlant possible, afin de dégager un thème et un lieu immédiatement reconnaissables. Cela me permet de varier leur ordre de présentation, de jongler avec la durée, de couper au bon moment sans avoir à briser un quelconque fil conducteur". Ce fil pourtant existe. Il est tendu comme le spectre de la mort. "C'est vrai, les personnages que j'incarne se battent toujours contre une certaine forme d'anéantissement. Mais leur lutte n'est pas sordide puisqu'elle est pour la vie". Autre nuance apportée par sa nouvelle conception : la métamorphose du texte. Il abandonne le paradoxe criant de "Paroles de mime" pour sauter à pieds joints dans des passions voisines. "De la pantomime à la bande dessinée" désignera donc l'étendue de son nouveau champ de bataille. Un domaine plus large, plus dynamique. Car il en a marre, Lorca, de voir l'esprit du mime enfermé dans des limites abusivement restreintes : "Notre art est aussi celui d'un rythme proche des films muets d'autrefois. C'est celui de l'exagération, de l'emphase. Un peu comme en BD". Il en a marre que les spectacles se développent exclusivement dans des cadres en noir et blanc, qui pour laisser libre cours à l'imagination, n'en demeurent pas moins traditionnels et uniformément statiques : "Je vais introduire des costumes rouges, et jouer avec des lumières expressives". De même, il en a assez qu'on prenne la pantomime pour un divertissement léger, vide, sans enjeu dramatique. Assez de voir le public se détourner d'une spécialité qui ne bénéficie à Lyon, d'aucune considération. De subventions, lui et son école n'en ont point. Zéro au crédit. Or, "sans argent, aucune possibilité pour que l'école ne devienne professionnelle. Aucun espoir d'avoir des enseignants différents pour la danse, l'acrobatie, la maîtrise corporelle ou l'escrime. Actuellement, je dispense seul, toutes les disciplines, à raison de cinq à huit heures par semaine. C'est nettement insuffisant pour une formation complète, mais déjà énorme par rapport à mes possibilités. Sans doute la municipalité ne s'intéresse-t-elle pas à mon "petit truc" qui ne touche qu'une poignée de passionnés. Il est vrai que je suis complètement noyé par une mare impressionnante d'écoles de danse à Lyon. L'originalité ne paie pas toujours..." Or, ce noyé n'a nullement besoin de respiration artificielle. Le public est le seul oxygène stimulant. En manquera-t-il cette fois-ci encore ? Source : "Les gros maux d'un mime" / David Tran in Lyon Figaro, 2 mars 1987, p.37.
note bibliographique"Le mime Lorca : le théâtre du silence" / MJ.D. in Lyon Matin, 11 mars 1987.

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