[Théâtre du 8e]

[Théâtre du 8e]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPTL0252 13
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 24 x 18 cm (épr.)
historiqueThéâtre utilisé respectivement par le Théâtre du Cothurne puis par la Compagnie du Cothurne (1967-1975), le Théâtre de la Reprise (1975-1979), le Théâtre des jeunes années (1968-1979), la Compagnie Jacques Weber (1979-1985) et le Carrefour européen du théâtre (1985-1988) avec le statut de Centre dramatique national (1972-1992). Le Théâtre du 8e devient Maison de la danse en 1992.
historiqueIls ont voté. Le 4 mai 1992, le conseil municipal de Lyon a dégagé un budget de 4,6 millions de francs afin de financer les premiers travaux qui vont faire du Théâtre du Huitième une Maison de la Danse. A défaut de discours culturel fondateur, le grand déménagement annoncé depuis plus d'un an par des voies on ne peut plus détournées, trouve son officialisation à coup de pelles et de pioches. Dommage. Alain Françon, l'actuel directeur du Centre dramatique national de Lyon, méritait un départ sonorisé par d'autres bruits que ceux des marteaux piqueurs. Quant à Guy Darmet, le patron de la Maison de la Danse, il aurait tout gagné d'une intronisation au Huitième en bonne et due forme. Il n'en a rien été. Il n'en est toujours rien, l'un et l'autre étant renvoyés à des destins ponctués de points d'interrogation et d'incertitudes, financières notamment. On pourra longuement disserter sur le manque d'élégance qui a présidé à cette affaire. Sur l'indifférence, aussi, des grandes maisons théâtrales qui jamais n'ont fait jouer la clause de solidarité. Restent les faits : il y avait d'un côté une Maison de la Danse à l'étroit dans ses murs croix-roussiens. A l'autre bout de la cité, se trouvait un Centre dramatique qui réclamait augmentation de ses subsides pour poursuivre son activité. Le fait n'était pas nouveau, en plus de vingt ans d'existence, de Maréchal en Savary. le Théâtre du Huitième n'a cessé de chercher ses finances et son identité. Cette fois, l'Etat se disait prêt à un effort, à condition que Lyon fasse de même dans des proportions identiques. Or, pour cause de restrictions budgétaires, de mauvaise entente avec Françon et de Maison de la Danse à développer, Lyon refuse de miser une nouvelle fois sur un théâtre, majoritairement financé par le ministère mais dont le bâtiment est propriété municipale, Lyon prend le risque de perdre le label "Centre Dramatique" et les subventions nationales qui vont avec. Et ce qui devait arriver, arrive. Au terme de négociations où les maladresses semblent également partagées entre Lyon et Paris, le label tombe du fronton du Huitième et choit, en compagnie des 8,5 millions qui l'accompagnent, dans les valises d'un Alain Françon nommé directeur d'un Centre dramatique itinérant sur la région Rhône-Alpes. Guy Darmet peut dès lors installer sa Maison en les lieux. C'est dire du grand jeu de chaises musicales proposé au départ : la danse au Huitième, Françon muté dans un autre Centre dramatique français, Martinelli et son Théâtre de Lyon héritiers de l'estampille "Centre dramatique" et la Maison de la Danse transformée en lieu d'accueil pour jeunes compagnies... ne subsistent plus qu'un siège à solidifier d'urgence pour Darmet, un fauteuil de camping pour Françon, le tabouret des jours ordinaires pour Martinelli et des petits strapontins croix-roussiens auxquels prétendent tous les créateurs sans abri. Les règles ont salement évolué et désignent aujourd'hui pour grand perdant le théâtre en son entier. "L'histoire ne s'arrêtera pas là," prophétise un Jean-Louis Martinelli qui, débouté de ses ambitions personnelles, se bat désormais pour le principe : "Jusqu'à présent je n'ai pas voulu ajouter à la confusion. Maintenant, je ferai tout pour que Lyon ne voie pas ses moyens de production amputés." [...] Pour logiques qu'ils soient, les propos de Martinelli vont à l'encontre de tout ce qui ce négocie actuellement. Non seulement Françon part avec sa subvention d'Etat, mais, de plus, une Maison de la Danse aux objectifs amplifiés, avec des missions redéfinie et vers le grand public et en direction d'une création pointue, ne fonctionnera qu'avec un budget révisé à la hausse. Or, les finances culturelles n'étant pas extensibles, ce que la danse aura en plus, le théâtre l'aura en moins. Autant Guy Darmet peut refuser de porter le chapeau de l'éviction de Françon et s'indigner à bon droit qu'on fasse retomber sur lui toutes les grossièretés commises par d'autres, autant il reconnaît se battre pour que soit définie une politique volontariste en faveur de la danse.On ne saurait le lui reprocher. Sur un budget prévisionnel de 13 millions en 1993 (contre 9 millions en 1991), il espère voir le ministère doubler sa participation actuelle et passer de 1,8 million à 3,6 millions de francs tandis que la Ville de Lyon multiplierait par deux le 1,6 million versé sur la salle de la Croix-Rousse. Et ce 1,6 million municipal et supplémentaire ressemble, à 100.000 francs près, à la subvention que la Ville allouait au Huitième ! Lorsqu'il était un théâtre... A force de multiplications et d'additions, il est clair qu'il y aura soustractions, ailleurs. Du coup, l'ancienne salle des fêtes de la Croix-Rousse convoitée par, dans le désordre, Znorko et l'Attroupement, Le Grame ou le GMVL, Sylvie Mongin ou Philippe Faure a, dans les mois qui viennent, toutes les chances d'entrer dans un grand sommeil, disons, réparateur. Source : "Le Huitième en chantier" / Sophie Bloch in Lyon Figaro, 5 mai 1992, p.1, 26.
note à l'exemplaireNégatif(s) sous la cote : FIGRP05214.
note bibliographique"Alain Françon à la croisée des chemins" / Nelly Gabriel in Lyon Figaro, 5 mai 1992, p.26-27.

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