[8e Festival Berlioz (1987) : ambiance à La...

[8e Festival Berlioz (1987) : ambiance à La Côte-Saint-André]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0759 FIGRPT2277 04
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 15 x 20 cm (épr.)
historiqueA La Côte-Saint-André, pas moyen d'échapper au virus. Pourtant, on ne peut pas dire que la vie soit particulièrement réglée sur les tempi de l'ami Hector. Pis : les ruelles somnolentes offrent délibérément l'impression d'une indifférence assez remarquable, pour ne pas dire totale. D'où vient alors ce sentiment qu'à la Côte-Saint-André, la berliozite a déjà fait son oeuvre ? Des étendards qui battent le ciel d'un mouvement lancinant ? Du musée (départemental) Berlioz où l'accueil glacial rivalise d'acidité avec les grincheuses servant d'hôtesses ? Pas vraiment. En vérité, ce sont les vitrines que le promeneur impénitent remarque en premier lieu. Bien sûr, pas de décorations richissimes ni de scintillements luxueux, mais des petites touches décoratives savoureusement campagnardes, qui témoignent d'une réelle volonté d'être à la pointe de l'actualité musicale. Ici, un buste d'Hector parmi les bas de soie, là le même individu immortalisé près d'un seau à champagne. Plus loin, Berlioz s'est laissé embobiner par les pelotes de laine, tandis que chez Lazer, le disquaire branché du coin, A-Ha et Duran Duran se sont fait damer la place d'honneur par le Requiem et la Symphonie fantastique : ces derniers ont ainsi le sublime privilège, ô combien convoité, de se retrouver entre le buste opulent de Madonna et le "I love rasta" de quelque reggaeman en vogue. Même le boulanger a mis la main à la pâte, en déposant un B approximatif aux côtés de qui l'on sait. Quant au quincaillier, il n'a pas hésité à mettre le cheval de Troie en scène, devenu pour l'occasion une sorte d'animal découpé dans une planche en bois. Au sein de ce tohu-bohu de belles vitrines, seule la poissonnière n'a pas su donner du poil à ses bêtes : à la question "Avez-vous un poisson Berlioz ?", elle ne daigne point répondre, redoutant quelque folie ordinaire chez vous. Arrivée chez Pierre Jouvenal, le chocolatier préféré des festivaliers. Sa spécialité ? Les Damnations. A savoir de savoureux petits carrés de chocolat fourré, émaillé de noix grillées, relevé d'un feuilleté croustillant, et surmonté d'un Berlioz doré. De quoi envoyer le mélomane en enfer ! Cela fait trois festivals qu'il nourrit ainsi de ses Damnations, à Lyon comme à la Côte-Saint-Andrê. Alors évidemment, ce succès à la bouche ne plaît pas tout le monde, et n'a pas tardé à titiller la jalousie de quelque ouvrier en sucrerie du coin. Jalousie ? Vous avez dit jalousie ? Aussitôt dit, aussitôt vérifié sur place. Nous voilà donc dans une autre pâtisserie, située à quelques magasins de là, plagiant honteusement les touristes égarés mais gourmets : "Auriez-vous, s'il-vous-plaît, de cette spécialité Berlioz dont on parle tant à Lyon ?". Pas hésitante pour un sou, la dame pointe aussitôt son doigt vers des sortes de loukoums blanchâtres, affirmant que ce sont là les spécialités célébrissimes de la ville. Quelque peu surprise par notre refus, elle nous mène alors vers un gâteau au citron avec, il est vrai, l'inscription Berlioz en guise de nappage. Impossible de lui faire avouer que de gourmandise Berlioz, il n'y en a qu'une, et qu'elle se trouve à quelques pas de là. Une fois les stores baissés, commence la véritable animation autour de la halle centrale, celle qui abrite habituellement le marché. Tandis que le quincaillier et le garagiste se croient sur la Côte-d'Azur et s'esclaffent sut un prototype de vélo à deux places, les bénévoles, associations diverses et autres techniciens du village, fignolent l'accueil des deux mille cinq cents mélomanes censés remplir le chapiteau. Le maire et le secrétaire général, qui effleurent à peine les soixante-dix ans à eux deux, sont déjà là pour régler les dernières formalités. Ce soir là, les quatre mille cinq cents habitants, y compris les badauds ayant investi les deux hôtels, guettaient à leurs fenêtres la venue de Daniel Mesguich. Malgré la sympathique ébullition des premiers spectateurs, le mot d'ordre demeure le silence. Même la fontaine a été jugée trop bruyante : du coup, l'écoulement de ses eaux a été gainée de caoutchouc. Silence est également demandé aux trois stands installés à la sortie de la halle : Madame Jouvenal a fermé boutique pour parader ses Damnations (son époux en fait de même à l'auditorium), le marchand de vaisselles a revêtu sa queue de pie pour vendre ses bustes de Berlioz en biscuit de porcelaine, et l'ami des donneurs de sang a installé sa buvette. Tout est prêt pour la soirée. Musique. Source : "La Berliozite gagne la Côte" / David Tran in Lyon Figaro, 26 septembre 1987, p.62.
note bibliographique"Signé John Hector Gardiner" / Gérard Corneloup in Lyon Figaro, 26 septembre 1987, p.62-63.

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