[Alain Sarfati, architecte]

[Alain Sarfati, architecte]
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localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0914 FIGRPTL0010 01
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 15 x 20 cm (épr.)
descriptionVue prise sur le chantier de réhabilitation du Grenier d'abondance de Lyon. De gauche à droite : René Gachet, directeur de la Drac Rhône-Alpes ; Alain Sarfati, architecte et directeur de l'atelier AREA (Atelier de recherche et d'études d'aménagement) ; Catherine Maubert, architecte native de la Croix-Rousse. Adresse de prise de vue : Grenier d'abondance, 6 quai Saint-Vincent, Lyon 1er.
historiqueLe nombre de bâtiments proposés par la Ville convoités par l'Etat, puis ratés ou déclinés a permis bien des conservateurs, inspecteurs et conseillers de visiter tous les hauts lieux lyonnais en instance d'abandon : couvents, palais, poudrières... tout y passa. Tout passa jusqu'à ce qu'on se décide pour l'école de santé militaire de l'avenue Berthelot. Le concours d'architecture fut lancé, gagné et la DRAC changea... de directeur. A peine débarqué, René Gachet visita l'endroit, un rien consterné qu'au rayon monuments historiques, on ait très précisément choisi celui où de triste mémoire furent emprisonnés et torturés les résistants, dont Jean Moulin par Klaus Barbie ! Non décidément, il ne se voyait ni installer ses archives, ses inventaires, ni recevoir là ses partenaires ministériels et régionaux. On reprit tout à zéro. On recherchait du mètre carré aux quatre coins de la ville lorsque René Gachet entendit pour la première fois parler des Greniers de l'Abondance que le capitaine Jean Bechaz et sa compagnie de gendarmerie s'apprêtaient à quitter, plus confortablement logés qu'ils allaient être à La Duchère. En bord de Saône, très exactement en face de l'ancienne école vétérinaire et futur conservatoire national supérieur, ces greniers là offrent les 7000 mètres carrés ad-hoc et l'occasion rêvée par René Gachet "de constituer à Lyon un pôle culturel d'Etat". Rive droite la musique, rive gauche la direction culIturelle sur trois niveaux, au dernier étage le conservatoire supérieur de danse et entre les deux, nul besoin d'en appeler à la construction d'une passerelle, le pont existe, c'est le pont Serin. Un pôle donc. A l'horizon 1989. Deux années en effet vont être consacrées à la réhabilitation et à l'aménagement de ces greniers d'abondance, autant de travaux qui viendront en déduction du loyer demandé par la ville de Lyon propriétaire. Qui dit réhabilitation dit architecte. Celui-là se nomme Alain Sarfati. Il est parisien, tiens lui aussi a remporté un concours, concours lancé alors pour la restructuration des bâtiments de l'avenue Berthelot. Le projet a sombré, l'architecte, son programme et sa philosophie sont restés face à un champ d'investigation autrement plus enthousiasmant : nos greniers historiques. Face également à un vrai casse-tête qu'Alain Sarfati a découvert en compagnie de René Gachet. Un escalier qui "bouffe tout", un bâtiment en trois travées avec voutes d'arêtes, quarante quatre piliers à chaque niveau, des percements qui "se promène partout", un lieu si défiguré par ses affectations successives qu'on ne peut aujourd'hui que "soupçonner sa beauté". Révéler le beau, transformer les contraintes en qualités, se servir des piliers pour "produire du rythme" et rendre le tout fonctionnel pour les quatre-vingt personnes amenées à y travailler, tel est l'enjeu. "René Gachet m'a demandé deux choses : respecter le budget et ne pas le décevoir. J'aime l'honnêteté de ces défis là". Et Alain Sarfati de se promener avec le futur maitre des lieux d'étape en étage, localisant le dépôt de fouilles au rez-de-chaussée avec les antiquités historiques et préhistoriques. La salle d'exposition, la conservation et l'inventaire au-dessus. L'administration un peu plus haut et d'imaginer le dernier plafond dégagé au maximum pour les entrechats des danseurs logés dans le grenier du grenier. Des bow-windows pour partager la lumière entre des bureaux paysagés, deux ascenseurs extérieurs accrochés sur la façade arrière et pour le ravalement, on verra plus tard. Lui ne fait pas partie des trente trois millions déposés dans la corbeille par le seul Etat. Les gendarmes désertent leur caserne entre mars et juin 1987, appel d'offres sera lancé en mai aux entreprises lyonnaises, le dernier étage devrait être livré à la danse au printemps 1988. La DRAC serait en ses murs en 1989. Quel sera le ministre qui coupera le ruban ? René Gachet n'est pas homme à se préoccuper de ces problèmes temporels. Fonceur et patelin, charmeur qu'on sent pouvoir être cassant, il exerce son ministère régional avec belle allure. Dépoussiérer un grenier, et pas n'importe lequel, un grenier d'abondance, est mission à sa convenance. Source : "La culture engrangée" / Sophie Bloch in Lyon Figaro, 18 décembre 1986, p.34-35.

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