[Construction de la résidence "Le Hêtre pourpre", rue...

[Construction de la résidence "Le Hêtre pourpre", rue Henry-Gorjus]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0741 FIGRPTL0257 15
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 18 x 24 cm (épr.)
descriptionArbre visible depuis l'espace aménagé à travers les immeubles au niveau du 75 rue Jacquard, Lyon 4e. Adresse : Résidence "Le Hêtre Pourpre", 23 Rue Henry Gorjus, Lyon 4e.
historiqueAu début des années quatre-vingt, c'est une sorte de clos, comme il en existe encore à la Croix-Rousse. Un vaste parc de plusieurs ares, ombragé, où cohabite une variété importante de plantations arboricoles. Situé à l'angle des rues Jacquard et Henry-Gorjus, ce "clos" croix-roussien jouxte une ancienne résidence privée, encerclée par un mur d'enceinte. De nouveaux propriétaires viennent de s'installer et entreprennent de restaurer entièrement la bâtisse, entretiennent le parc, cultivent le minuscule potager, dissimulé à l'arrière de la petite maison. "Mais il y a environ deux ans, le couple qui habitait cette propriété a divorcé et a fini par tout vendre, explique Renée Clerc, une habitante de la rue Jacquard. Ce que je n'ai pas compris au moment de leur départ, c'est qu'ils ont fait raser la totalité des arbres de leur parc." Sauf un. Un hêtre. Racheté par un groupe de promoteurs, le terrain se transforme et ce qui reste de l'ancienne propriété disparaît. La maison est rasée, le potager détruit. Seul le hêtre est, une nouvelle fois, épargné. "On nous a délivré le permis de construire à condition que l'on conserve l'arbre, explique Norbert Fontanel, directeur de l'entreprise chargée de la construction des deux immeubles sur le terrain libéré. Les riverains avaient constaté le rachat du terrain et avaient fait les démarches nécessaires pour que cet hêtre ne soit pas coupé... Il est vrai que l'arbre est magnifique. Nous avons cependant demandé à un professionnel de l'élaguer avant la mise en route du chantier. Car théoriquement, vu l'importance de cet arbre, ses branches périphériques auraient pénétré à l'intérieur des salles de séjour que nous allons concevoir". En mai 1990, l'arbre trône, majestueux, perché sur un monticule de terre, au beau milieu du vaste chantier où commencent à apparaître les deux immeubles. Les pelleteuses ont creusé le sol en évitant de le toucher, jusqu'à plus de cinq mètres de profondeur. Laissant une surface de terre de dix huit mètres de circonférence autour du hêtre afin qu'il puisse respirer, donc survivre. Etrange décor en plein coeur de la Croix-Rousse. Le hêtre solitaire a été conservé en raison de son grand âge. Quasiment centenaire, cet arbre est une célébrité dans le quartier. "Je suis née ici, je viens d'avoir soixante-cinq ans et j'ai toujours vu cet arbre", témoigne Renée Clerc. Alertée lors de l'élagage de l'arbre, "jamais personne n'avait touché à cet hêtre", cette Croix-Roussienne se renseigne au service des espaces verts des éventuelles répercussions de l'élagage sur la survie du hêtre. "Mme Clerc m'a contacté. Je suis allé voir sur place et j'ai pu constater le travail qui avait été fait pour le maintien de l'arbre. Les terrassements ont été effectués suffisamment loin du pied de la plantation. Mais il faut savoir que le hêtre est une variété d'arbres qui n'aime pas du tout être chatouillé. Celui-ci en particulier puisqu'il est d'une qualité rare", précise Michel Boraud, ingénieur aux espaces verts. "Il change de teinte au fil des saisons", renchérit Renée Clerc. Seulement voilà, "malgré la bonne volonté dont ont fait preuve le promoteur, le constructeur et l'architecte, je me réserve quant à la longévité de cet arbre. A priori, je ne lui donne à peine plus que trois à cinq ans à vivre", poursuit Michel Boraud. Cette "bonne volonté", Didier Perrot, l'architecte, l'a, en quelques sorte, traduite en composant son projet tout autour de l'arbre et en acceptant les contraintes et les recommandations des techniciens de la CoUrLy. "Il est certain que conserver le hêtre nous a compliqué la vie, notamment au niveau du sous-sol pour la construction des parkings". Devenu l'élément phare du projet, l'arbre est l'argument de vente essentiel pour le promoteur. L'ensemble des loggias conçues dans les deux immeubles, donnera sur le square urbain aménagé au centre duquel devrait se trouver l'arbre. Les deux constructions (dont la hauteur, six étages pour l'immeuble donnant sur la rue Henry-Gorjus et trois pour celui de la rue Jacquard ne devrait pas trop assombrir le site) disposées de part et d'autre du hêtre, seront reliées par une arcade décorative, "ce qui permettra aux passants et riverains de voir l'arbre. Seul un petit muret devrait indiquer qu'il s'agit d'un terrain privé, souligne Didier Perrot. Nous comptons également ajouter une petite statue. Ce qui serait encore mieux, c'est que cette sculpture fasse référence à l'histoire de la Croix-Rousse. Qu'elle représente un personnage clef de ce quartier ou de cette partie de l'arrondissement. Je vais demander conseil aux riverains". Quoiqu'il en soit, à l'issue des travaux, lorsque le projet sera réalisé, l'ancien clos croix-roussien devrait porter le nom du Hêtre pourpre. Source : "Comme un arbre dans la ville" / Séverine Meille in Lyon Figaro, 21 mai 1990, p.52.

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