[Charniers de l'aérodrome de Bron, 30 septembre 1944]

[Charniers de l'aérodrome de Bron, 30 septembre 1944]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0706 003 00005
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 24 x 18 cm (épr.)
descriptionInscription(s) au verso : "Pik / Photo-reportages / 18, rue Royale - Lyon" (timbre). Inscription(s) manuscrite(s) au verso : "Samedi 30 septembre 1944 (11h00)" ; "Aérodrome de Bron (Lyon). / Les atrocités allemandes" (légende).
historiqueAu cours du printemps et de l'été 1944, la répression allemande atteint un nouveau seuil dans la région de Lyon. Les arrestations se comptent par centaines et la prison de Montluc, allemande depuis février 1943, est surpeuplée : hommes, femmes et enfants, résistants et Juifs sont internés en masse. Fin mai 1944, les bombardements alliés et les actions armées de la Résistance s'accentuent à Lyon. Avec les combats de la Libération, la Gestapo renforce la répression sur le territoire. A Montluc, les appels pour interrogatoire à la Gestapo sont incessants. Le rythme des appels, "avec" ou "sans bagages" (cette dernière expression signifiant qu'ils seront assassinés) s'accroît au fil des jours. Les exécutions de condamnés à mort sur le terrain militaire de la Doua sont plus rares, et laissent place aux exécutions sommaires d'internés dans les communes de la région. Au bord des chemins, loin des habitations, ces appelés "sans bagages" sont passés par les armes et abandonnés sur place, parfois en représailles d'une action de la Résistance. Les fusillades s'intensifient au cours de l'été et culminent à Bron du 17 au 21 août et à Saint-Genis-Laval le 20 août. Ces exécutions collectives sont à la fois des représailles et un moyen de terroriser la population. Mais elles sont aussi pour les services de l'occupant et les ultras de la collaboration à son service, un moyen de supprimer ceux que l'avance des alliés ne permet plus de déporter. Ces fusillades, qui sont parfois opérées avant même l'internement de ces hommes et femmes à Montluc, soulignent que jusqu'aux derniers jours de la libération du territoire, les persécutions raciales et politiques ont continué et se sont même accrues. Le 15 août 1944, l'aéroport de Bron, point stratégique de la région lyonnaise, est particulièrement touché par les bombardements. Afin de le rendre à nouveau opérationnel, les autorités d'occupation entreprennent le remblaiement des trous causés sur le terrain par les explosions ainsi que le désamorçage des bombes présentes sur place et encore actives. Des prisonniers de Montluc sont réquisitionnés pour effectuer ces tâches, du 17 au 21 août 1944. Le 17 août au matin, cinquante détenus sont appelés "sans bagage". Jacques Silber (ou Silberman), profitant d'un moment d'inattention de ses gardiens, réussit à s'évader. Il est le seul rescapé. Vers 18h, les prisonniers sont regroupés et sont ensuite abattus dans un cratère de bombe. Le lendemain, 18 août 1944, vingt-trois prisonniers sont à leur tour transportés de Montluc à Bron pour les mêmes travaux. Une destinée similaire les attend en fin de journée : ces hommes sont entassés dans un camion prenant la direction d'une zone reculée de l'aéroport, où ils sont exécutés dans une fosse. Le 21 août, trente-six prisonniers sont encore assassinés sur les terrains d'aviation. Ces victimes des exactions de Bron étaient principalement des internés juifs de Montluc. Après la libération de Bron, cinq charniers sont découverts sur les terrains de l'aéroport, d'où cent neuf corps sont exhumés. Le 20 août 1944, une autre ville de la région lyonnaise, Saint-Genis-Laval, a été le lieu d'exactions commises à l'encontre de cent vingt hommes et femmes sortis de la prison de Montluc et assassinés au fort de Côte Lorette. Le nombre de victimes des massacres de Bron et Saint-Genis-Laval est le plus élevé de toutes les exécutions collectives de prisonniers de Montluc perpétrées au cours du printemps et de l'été 1944. Ces deux évènements montrent que, face à la Libération du territoire qui a débuté dans la région, l'occupant réagit en accentuant plus encore la politique de répression et d'extermination. Si à Bron les victimes ont surtout été des Juifs, parmi lesquels des adolescents, les victimes de Saint-Genis-Laval, résistants, Juifs et otages, révèlent la diversité des internés de la prison de Montluc. Source : "Eté 1944, les massacres de prisonniers de Montluc : Bron et Saint-Genis-Laval". Panneau des Chemins de Mémoire, septembre 2014.
historique"Pik", reporter-photographe, sise 18 rue Royale (Lyon 1er), comme en témoigne le timbre figurant au dos de l'épreuve, est attesté à cette adresse dans les annuaires lyonnais de 1949 à 1951. Evident pseudonyme commercial, "Pik" pourrait être le diminutif de "Pytilik" ou "Pytlik", nom sous lequel il apparait quelques fois. Il semble que ce courageux photographe ait suivi la 1re Armée jusqu'en Allemagne puisque nous trouvons son nom dans certains documents militaires (source non confirmée par ailleurs). Ses photographies ont également illustré plusieurs publications collectives nées au cours des mois qui ont suivi la Libération de Lyon : "Lyon sous la botte" [BM Lyon, Rés. K 125234], "Atrocités nazies en France" [BM Lyon, Rés 157427], "La Libération de Lyon" [BM Lyon, 210544], "Lyon, souviens-toi : mémorial des années 40-45" [BM Lyon, 148879], etc.
note à l'exemplaireCette photographie fait partie d'un ensemble de trois albums renfermant 72 tirages argentiques légendés, datés et crédités au verso par un timbre commercial portant la mention : "Pik / Photo-reportages / 18, rue Royale - Lyon". Ces tirages se répartissent entre trois reportages distincts : la Libération de Lyon, journées des 3 et 4 septembre 1944 (49 épreuves) ; la revue militaire de la place Bellecour avec le général de Lattre de Tassigny et le commissaire de la République Yves Farge, 5 septembre 1944 (10 épreuves) ; la mise à jour du charnier de l'aéroport de Bron, 30 septembre 1944 (13 épreuves). Cet ensemble a été acquis par la Bibliothèque municipale de Lyon à la vente De Baecque & Associés, le 2 Octobre 2014 (lot 460-461). Il est conservé sous la cote : Rés B 013600.
note bibliographiqueAtrocités nazies en France / préfacé par Yves Farge et Pierre Mazel, 1944 [BM Lyon, Rés 157427]. - Le terrain d'aviation de Bron au cours de la seconde guerre mondiale : faits et témoignages / Société lyonnaise d'histoire de l'aviation et de documentation aéronautique, 1994 [BM Lyon, 6900 Q8 TER].

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