[Revue militaire place Bellecour, 5 septembre 1944]

[Revue militaire place Bellecour, 5 septembre 1944]
droitsCreative Commons - Paternité. Pas d'utilisation commerciale. Pas de modification.
localisationBibliothèque municipale de Lyon / P0706 002 00005
technique1 photographie positive : tirage noir et blanc ; 18 x 24 cm (épr.)
descriptionDe gauche à droite, au premier plan : le général de Lattre de Tassigny (au centre) et Yves Farge (sur la droite). A l'arrière plan, le général Descour, nommé ce même jour commandant militaire de la Région et Gouverneur Militaire de Lyon (au centre), et le général de Monsabert (à droite). Inscription(s) au verso : "Pik / Photo-reportages / 18, rue Royale - Lyon" (timbre). Inscription(s) manuscrite(s) au verso : "5 septembre 1944" ; "A la revue de Bellecour, / le général Delattre (sic) de Tassigny / félicite un tout jeune du maquis" (légende).
historiqueLa Libération de Lyon donne lieu comme dans toutes les grandes villes de France à des manifestations de liesse populaire. La prise d'armes du 5 septembre 1944 permet à la fois de célébrer la liberté retrouvée et de réunir la population autour de l'adhésion aux nouvelles autorités. Le général Jean de Lattre de Tassigny, qui commande la 1re Armée Française, ses subordonnés - les généraux de Monsabert et Diego Brosset -, et plus généralement les Forces françaises libres, sont les principaux acteurs d'un scénario destiné à montrer qu'il n'y a pas d'absence de l'Etat et que la République est incarnée par le seul Gouvernement Provisoire de la République Française du général de Gaulle (GPRF) à travers son armée et ses délégués. Après une levée de drapeaux tricolores frappés de la croix de Lorraine gaulliste, les résistants et troupes régulières défilent à travers la ville par la rue de la République. Yves Farge, nouveau commissaire de la République pour les huit départements de la région, ancien journaliste au quotidien "Le Progrès de Lyon", homme de gauche entré tôt en Résistance et chargé d'organiser le Vercors par Jean Moulin, jouit de la confiance des résistants et du Parti communiste français (PCF), mais tient son pouvoir de sa nomination par de Gaulle en avril 1944. Sa présence aux côtés du général de Lattre annonce la mise en place progressive d'un pouvoir civil sous l'autorité du général de Gaulle. Symboliquement la prise d'armes se tient place Bellecour. La libération de la ville, c'est aussi la réappropriation de lieux, en particulier la place Bellecour où le Maréchal Pétain était venu à plusieurs reprises, et encore le 16 juin 1944. C'est là qu'il avait reçu le 19 novembre 1940 l'adhésion d'une autre foule et dans la primatiale Saint-Jean celle du cardinal Gerlier, archevêque de Lyon : "Car Pétain, c'est la France et la France, aujourd'hui, c'est Pétain !". La présence dans cette prise d'armes du même cardinal, auquel on ne manquera pas de reprocher sa phrase de 1940, contribue mieux qu'un discours à tourner la page et affirme l'unité de la nation. Une messe a été célébrée à Fourvière avant la prise d'armes. Aux yeux de l'homme d'Eglise, qui avait su prendre quelques distances vis-à-vis du régime, protester contre les mesures antisémites et protéger des résistants à défaut de les appuyer ouvertement, l'aujourd'hui de septembre 1944 n'est plus celui de 1940. La poignée de mains entre Farge et Gerlier suggère l'adhésion de l'Eglise catholique au seul pouvoir désormais légitime, celui de Charles de Gaulle et du GPRF. Le 14 septembre 1944 la venue à Lyon du général de Gaulle permet d'installer officiellement les nouvelles autorités et d'asseoir leur légitimité.
historique"Pik", reporter-photographe, sise 18 rue Royale (Lyon 1er), comme en témoigne le timbre figurant au dos de l'épreuve, est attesté à cette adresse dans les annuaires lyonnais de 1949 à 1951. Evident pseudonyme commercial, "Pik" pourrait être le diminutif de "Pytilik" ou "Pytlik", nom sous lequel il apparait quelques fois. Il semble que ce courageux photographe ait suivi la 1re Armée jusqu'en Allemagne puisque nous trouvons son nom dans certains documents militaires (source non confirmée par ailleurs). Ses photographies ont également illustré plusieurs publications collectives nées au cours des mois qui ont suivi la Libération de Lyon : "Lyon sous la botte" [BM Lyon, Rés. K 125234], "Atrocités nazies en France" [BM Lyon, Rés 157427], "La Libération de Lyon" [BM Lyon, 210544], "Lyon, souviens-toi : mémorial des années 40-45" [BM Lyon, 148879], etc.
note à l'exemplaireCette photographie fait partie d'un ensemble de trois albums renfermant 72 tirages argentiques légendés, datés et crédités au verso par un timbre commercial portant la mention : "Pik / Photo-reportages / 18, rue Royale - Lyon". Ces tirages se répartissent entre trois reportages distincts : la Libération de Lyon, journées des 3 et 4 septembre 1944 (49 épreuves) ; la revue militaire de la place Bellecour avec le général de Lattre de Tassigny et le commissaire de la République Yves Farge, 5 septembre 1944 (10 épreuves) ; la mise à jour du charnier de l'aéroport de Bron, 30 septembre 1944 (13 épreuves). Cet ensemble a été acquis par la Bibliothèque municipale de Lyon à la vente De Baecque & Associés, le 2 Octobre 2014 (lot 460-461). Il est conservé sous la cote : Rés B 013600.
note bibliographiqueLyon 1940-1947 / Gérad Chauvy, 2004 [BM Lyon, 6900 Z8.2 CHA].

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