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    Georges Vermard, photographe de presse quotidienne

    Premier photographe de la presse quotidienne locale à intégrer les collections de la Bibliothèque municipale de Lyon, Georges Vermard a usé ses chaussures à arpenter les rues à l’affût d’événements du quotidien inscrit dans le tissu urbain de cette ville.

    Il l’a, régulièrement, traversé durant une vingtaine d’année afin d’alimenter les colonnes de la presse lyonnaise, comme « Le Progrès », « L’Echo-Liberté », « La Dernière Heure Lyonnaise » ou encore des revues comme « Reflets de la vie lyonnaise et du Sud-Est ».Cet apport photographique est immense et fondamental pour notre compréhension de l’univers social, politique, sportif et musical de la vie passée des lyonnais, à travers le regard particulier de la presse locale toujours. Nous allons tenter ici d’énumérer quelques thématiques fortes de cette presse, contenues dans la collection de négatifs que nous avons acquise récemment. Il nous faudra, tout de même, s’arrêter quelques instants sur la vie de l’auteur de ces clichés, sur son parcours professionnel.

    Acquisition du fonds

    Georges Vermard, De Gaulle à Lyon, 5 octobre 1958 (BmL, P0702 B05 18 101 00001)

    Dans sa séance du 9 septembre 1990, sous l’avis n° 30/0903, la Ville de Lyon se proposait de faire l’acquisition, pour la Bibliothèque municipale, des clichés et des tirages photographiques régionaux de Georges Vermard. Ce fonds est constitué d’un nombre impressionnant de négatifs, ainsi que de tirages papier. Quelque 14 600 pièces sont conservées dans les silos de la Part-Dieu, représentant une somme de travail journalistique de premier ordre rattaché au département Lyon et Rhône-Alpes de la Bibliothèque. Le nombre de ces pièces est d’ailleurs régulièrement augmenté, depuis que le photographe lui-même, à l’occasion de ses visites, dépose de nouveaux négatifs.

    Si Georges Vermard débute sa carrière professionnelle au milieu des années 1950, et si ses derniers clichés sont des reportages effectués à la fin des années 1980, la majeure partie des prises de vue fut prise sur une bonne vingtaine d’années. Elles montrent autant les personnalités politiques, sportives, artistiques de cette époque-là, que la réhabilitation d’un quartier lyonnais ou l’urbanisation d’une partie de la ville, dans les années 1970. Ce sont donc des sujets variés, éclectiques, qui illustrent des tranches d’histoire où apparaissent des hommes comme le général De Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Georges Pompidou, Martin Luther King, ou, plus localement, le retour d’exil de l’homme politique Jacques Soustelle ou le maire Louis Pradel. Celui-ci inaugurant, discutant avec ses élus ou avec des journalistes, parfois devant un verre de beaujolais, voire en train de découper en tranches un saucisson de Lyon.

    Georges Vermard, De Gaulle à Lyon : [Cortège officiel], 5 octobre 1958 (BmL, P0702 B05 18 101 00008)

    Georges Vermard, Martin Luther King à Lyon : [Tribune officielle], 29 mars 1966 (BmL, P0702 B05 21 615 00002)

    Point fort, devenu un grand classique : la fameuse photographie où Georges Vermard immortalise le général De Gaulle, de dos, sur le perron de l’hôtel de ville de Lyon, les bras tendus vers la foule amassée sur la place des Terreaux. Mais il existe bien d’autres clichés chargés de valeur historique, comme celui où Martin Luther King, le chantre du combat pour les droits civiques aux Etats-Unis, rencontre le cardinal Jean-Marie Villot dans la primatiale Saint-Jean.

    Georges Vermard, De Gaulle à l'Hôtel de Ville : [De Gaulle salut la foule], 1963 (BmL, P0702 B05 18 511 00006)

    De la quantité de reportage inscrit dans la pellicule

    Georges Vermard, Affaire Devaux : le meurtre de la petite fille : [Le cortège], 7 juillet 1961 (BmL, P0702 B02 07 454 00001)

    Georges Vermard, Accidents de Péniche : Pont du Change (Saône) : [Sauvetage], 1963 (BmL, P0702 B02 07 518 00003)

    Les faits-divers sont évidemment un thème privilégié de la presse locale et, de ce fait, des photographes. Ceux-ci rendent compte, par l’image, des événements terribles d’une période donnée et aussi des drames intimes qui secouent notre vie quotidienne. L’affaire Devaux, en 1963, est l’exemple par excellence d’un drame disproportionné pour lequel la population entière se passionne. Un garçon boucher de Bron est accusé du meurtre d'une petite fille de 9 ans. Celle-ci n’est autre que la fille de ses patrons. Il avoue puis se rétracte, mais n’en est pas moins inculpé d’homicide volontaire et condamné. Cette affaire, qui va durer six années, se termine finalement par un acquittement. Georges Vermard est là, qui photographie la sortie de prison et la liberté retrouvée.

    D’autres reportages sont tout à fait impressionnants, comme la catastrophe de Feyzin survenue en 1966, où le photographe est aux premières loges et prend d’énormes risques. De cette plongée dans les enfers, il a ramené de très belles images. Il est alors correspondant de Paris-Match pour la région Rhône-Alpes.

    Georges Vermard, Catastrophe de Feyzin, 4 janvier 1966 (BmL, P0702 B02 07 316 00007)

    Dans ce fonds, les reportages sportifs ne sont pas en reste, et témoignent aisément de l’engouement sportif des Lyonnais dans les années 1950, 1960 et 1970. Les concours hippiques sont réguliers, tout comme les concours de bowling ; les matchs de boxe sont impressionnants de violence maîtrisée ; la natation, le patinage artistique sont aussi illustrés. Enfin, le fonds contient toute une série de clichés et de reportages sur l’urbanisme à Lyon, à commencer par la construction de la Bibliothèque de la Part Dieu, inaugurée en 1972, ainsi que d’autres travaux, qui déclenchèrent des polémiques à l’époque, tels ceux de la rue Mercière.

    Premiers pas dans la presse : Des circonstances historiques et anecdotiques

    Georges Vermard, Promotion de la soie, 1967 (BmL, P0702 B02 03 13 659 00007)

    Georges Vermard, Installateurs d'antennes TV, 28 novembre 1963 (BmL, P0702 B02 03 13 516 00008)

    Georges Vermard, Benoit Felix et Paul Bocuse : Sofitel et Europe n°1, 31 janvier 1970 (BmL, P0702 B02 08 894 00006)

    C’est une fois le service militaire achevé en 1957 et rentré des campagnes militaires de Tunisie, que Georges Vermard cherche, pour la première fois, du travail dans la presse. Sa carrière commence, ainsi, dès la fin des années cinquante, lorsqu’il rencontre le directeur du nouveau quotidien lyonnais, l’Echo-Liberté, M. Arnaud. Il la poursuivra jusqu’en 1971 toujours comme journaliste photographe.

    Il obtient, donc, après son service militaire, un poste de nuit au journal l’Echo-Liberté où son travail consiste à tirer les négatifs provenant des correspondants locaux, afin d’alimenter en documents la rédaction régionale.

    L’occasion de son premier reportage lui est donnée à la suite d’un manque de personnel. Le premier reportage lui est proposé parce qu’il manque un journaliste à la rédaction ; celui qui devait le réaliser, tombe malade. Georges Vermard prend sa place in extremis, et s’engouffre dans cette brèche pour ne plus en ressortir. Il collaborera avec un certain nombre de journaux locaux selon les moments et les événements comme l’Echo-Liberté, le Dauphiné libéré, la Dernière heure lyonnaise, le Progrès.

    Ses photographies se retrouveront, à certaines occasions, dans des revues, magazine ou journaux étrangers comme Life, la Pravda, Paris-Match. Il collabore à divers journaux, prépare même un reportage-entretien avec le professeur Locard dans la Revue locale « Reflets de la vie lyonnaise et du sud-est », ou encore dans la même revue, une première tentative d’écriture de fiction « Les Chaleurs Froides », sortie en feuilleton illustré.

    Après la presse écrite…

    En 1971, il entre dans une agence parisienne, la SETIC, une société intermédiaire d’informations pour les groupes de presse régionale. Il continue, tout à la fois, son premier travail et conserve sa carte de presse. La SETIC est une émanation du groupe de presse de l’Echo-Liberté (groupe « Dernière heure lyonnaise et le Progrès »).

    Ce travail consistera avant tout à réaliser des documents filmés à partir de commandes de la ville de Lyon, de la Courly (film sur le Tonkin par exemple, le quartier de la Part-Dieu, la construction de l’autoroute de l’AREA). Il tourne enfin ce que l’on appelle des dramatiques pour France 3.

    En 1978, il s’associe avec M. Grivel et ils montent ensemble la société Imagine, ce qui lui permet de continuer de réaliser à peu près cent cinquante à deux cents films documentaires.

    En 1986, il monte une fois de plus une association, et travaille jusqu’à la retraire, en « free lance », comme réalisateur, directeur de la photographie et chef cameraman.

    Après un peu plus de quarante années dans le journalisme, il décide de prendre sa retraite et se consacre à sa nouvelle passion, l’égyptologie. Il sortira à l’occasion un roman triptyque sur l’Egypte et sa mythologie.

    Le contenu du fonds d’archives : zoom sur certains thèmes majeurs

    Des logements et des hommes

    Le pendant vermérien du bidonville de la région lyonnaise, le célèbre Châaba, immortalisé et photographié par Marcelle Vallet, se situait du côté de Feyzin. Cette série d’images était une commande de presse faite par la revue mondaine La Vie lyonnaise dans les années soixante, à l’occasion d’un reportage – enquête mené auprès de ces populations d'immigrés. Le dossier était composé d’une série d’articles comme « L’Immigration maghrébine, pour une meilleure compréhension », « L’Immigration et les bons français », « Comment vivre à Lyon ? » et « A leur Porte ».

    Ces travailleurs étrangers que nous côtoyons chaque jour dans la rue, que nous rencontrons en grand nombre sur nos chantiers, qui répandent l’asphalte de nos rues et de nos routes, qui enlèvent nos ordures ménagères, qui construisent nos maisons, etc… Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Quelle est leur place dans notre économie ? Où vivent-ils ?

    Georges Vermard, Les Africains : [Taudis], [19..] (BmL, P0702 B06 22 778 00010)

    Interrogation légitime des journalistes de la revue et preuves à l’appui, cette enquête nous renvoie l’image précaire de l’existence d’une population migrante ignorée, à une époque où la responsabilité politique n’est pas ou peu assumée. En somme, une absence de véritable politique de logements prédomine dans la classe politique et dans les préoccupations des masses.

    Même s’ … Il ne faut pourtant pas négliger l’effort réalisé en leur faveur en ce domaine. C’est ainsi que les HLM leur sont ouverts et certains y accèdent notamment grâce au 1% par les employeurs. D’autres bénéficient de programmes spéciaux, réalisés tout particulièrement par la société d’HLM Logirel, filiale de la SONACOTRA.

    C’est surtout, pour les journalistes de la revue, l’occasion de faire un état des lieux le plus complet et le plus pertinent possible sur l’immigration et l’habitat précaire, et cela, pour un public en attente d’explications et d’informations précises.

    Dans un autre article écrit par J. M. Martin du Theil, on apprend que « pour le travailleur maghrébin il faut s’accommoder au logement exigu et insalubre d’un loyer effarant ». « Les grands bidonvilles ont pratiquement disparu, mais ils se reconstituent en banlieue, à Venissieux, St-Fons, Décines, où des immeubles promis à la démolition servent de refuge à tous ceux qui ne savent pas où aller. Des travailleurs du bâtiment utilisent parfois les caves des immeubles en construction » . In « Comment vivre à Lyon ? »

    Le Bidonville de Feyzin

    Ces habitations insalubres ont été décrites dans un article de Paul Ariès* publié dans la revue « Hommes et Migrations », en Juin 1994, et dont le titre est « 1973 : Les Sans-Papiers du Bidonville de Feyzin ».

    On apprend que ce bidonville a été fermé le 25 janvier 1973 : la police investit le camp et annonce qu’il sera prochainement rasé pour des raisons de salubrité publique. Les occupants sont répertoriés, on établit la liste des immigrés en règle (possession de la carte de séjour et certificat de travail) et celle de ceux qui se trouvent dans l’illégalité ». Plus loin, l’auteur nous rappelle que « la France découvre ses bidonvilles en 1964.

    La description du lieu est, de toute évidence, déconcertante. On y apprend beaucoup de choses, le dénuement de la vie au quotidien de ces hommes et de ces femmes : les caravanes entreposées dans le terrain vague sont alignées par rangées espacées de deux ou trois mètres, mais les véhicules n’offrent pas une parfaite horizontalité. Les ouvertures sont souvent bouchées par du carton ou des planches et certaines portes présentent des béances. Chaque baraque porte un numéro inscrit à la peinture en grands caractères, le plus élevé semble être le quarante-six ; on dénombre deux robinets pour l’ensemble du bidonville, deux baraques en planches servent de toilettes et il n’y a pas d’électricité.

    C’est une époque qui s’achève ; une époque qui a vu naître ses dortoirs, ces habitations précaires de transit où s’entassaient de nombreux hommes, certains étaient là avec leurs familles. Renouvelant le parc immobilier, ces populations, souvent composées d’hommes célibataires, ou d’hommes en charge de familles, finiront par rejoindre, qui les cités Hlm nouvellement construit, qui les foyers…

    Georges Vermard, Les Africains[Un terrain boueux sert de parking à des caravannes], [19..] (BmL, P0702 B06 22 778 00014)

    Georges Vermard, Les Africains [Bidonville], [19..] (BmL, P0702 B06 22 778 00007)

    L’exposition « Mémoires d’exils »

    Ces phénomènes migratoires intéressent bon nombre d’organismes aujourd’hui, on voit apparaître ça et là des expositions tournant autour de ces questions, mais aussi des films, des débats. Le département Lyon et Rhône-Alpes de la Bibliothèque de la Part -Dieu a, justement, organisé dans son espace « Patrimoine », et en collaboration avec le Réseau Traces (Forum régional des mémoires immigrés), les Archives Municipales de Saint-Etienne, le Musée Dauphinois de Grenoble dans le cadre de la « Biennale Traces 2008 », une exposition sur la vie des migrants dans les années cinquante et soixante, intitulée « Mémoires d’exils ». Celle-ci regroupe le travail de quatre photographes qui ont vécu dans la région, y ont travaillé et/ou milité : Georges Vermard, Marcelle Vallet, Honoré Parise et Léon Leponce. Voir l'exposition en ligne...

    Les mouvements ouvriers et les grèves incessantes des années 1960

    Faire le lien entre l’arrivée massive d’une immigration donnée et le début de l’engagement des personnes qui la composent dans les combats ouvriers et syndicaux de l’époque, nous renvoie tout particulièrement à la décennie 1960 où les mouvements sociaux sont réguliers, denses et répétés.

    Georges Vermard, Mouvements ouvriers : [Prise de parole], [19..] (BmL, P0702 B06 22 321 00002)

    Georges Vermard, Grèves : [Manifestant casqué], [19..] (BmL, P0702 B06 22 322 00012)

    Philippe Videlier constate dans son ouvrage sur « l’Algérie à Lyon, une mémoire centenaire », au sujet de cette décennie, que « malgré tout s’imposait la perspective d’une intégration. Des aspirations nouvelles se manifestaient sous des formes inédites, utopiques parfois, généreuses toujours et légitimes souvent. […] Au-delà des revendications se faisait jour un profond mouvement de remise en cause des vieilles idées, considérées comme dépassées, inadaptées à la modernité, à ses possibilités et aux exigences du progrès. […] Sur le front du travail, notamment, les Algériens ne furent pas étrangers à ces mouvements. Des grèves se déclenchèrent dans des entreprises où la main-d’œuvre étrangère, d’ordinaire peu organisée, était très présente et où les conditions de travail s’avéraient très difficiles ». (Une exposition a été proposée et réalisée au sein de la Bibliothèque dans l’espace Patrimoine en septembre 2003)

    Un exemple emblématique, la réhabilitation subite de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), dans les années soixante, aura comme effet positif pour le mouvement syndicaliste et la situation de l’immigré, une massification du combat syndicaliste et une reconnaissance progressive des conditions de vie de ces derniers. Elle sera amenée à prendre des positions courageuses, mais nécessaires comme « [syndicaliser] les migrants, la main-d’œuvre étrangère (MOE) » (In La France des années 1968).

    Georges Vermard, Rhodiaceta: Usine Textile Nord (U.T.N.), à Vaise, 15 juin 1970 (BmL, P0702 B02 03 13 941 00013)

    Un certain nombre de « cas régionaux » illustre bien ce phénomène que sont les revendications politique et sociale comme les grèves dans les Usines Penarroya, Rhodiaceta, l’entreprise Paris-Rhône ou encore les Hauts Fourneaux à Chasse-sur-Rhône. Des négatifs que nous possédons, nous pouvons dors et déjà témoigner de l’ampleur et de la richesse de ces événements.

    Plus généralement, la décennie soixante est riche en mouvements sociaux, en mouvements de grèves qui impliqueront la masse salariale de la région, et du pays. Loin de vouloir résumer, ici, ce phénomène à la seule implication des masses ouvrières immigrées, ces revendications ont concerné tous les citoyens de France, les hommes, les femmes, les ouvrières, les artistes, … Le mouvement des étudiants dont une de leurs motivations était de démocratiser l’Université. Pour témoigner et rappeler ce qui fût la période "mai 68", la bibliothèque municipale de Lyon a organisé une table ronde "L'intelligence d'une ville", ainsi qu'une exposition intitulé "mai 68 à Lyon".

    Georges Vermard, Manifestations, grèves et défilés : [Manifestation unitaire du 13 mai 1968], [13 mai 1968] (BmL, P0702 B06 22 637 00003)

    Georges Vermard, Manifestations, grèves et défilés : [Manifestation unitaire du 13 mai 1968], [13 mai 1968] (BmL, P0702 B06 22 637 00001)

    L'urbanisme à Lyon

    Tout débute avec des projets. On commence par détruire les vieux bâtiments insalubres, et on poursuit en érigeant des « buildings » flambant neufs. Le quartier de la Part-Dieu, par exemple, est l’image même de ce changement. La caserne vendue, on se dépêche de construire l’ORTF, premier bâtiment dans cette zone à voir le jour ; ensuite on construit la bibliothèque municipale et ses 17 étages de silos, jusqu’en 1972, date de son inauguration.

    Ou encore l’hôpital militaire « Desgenettes » qui se trouvait dans les années soixante rue de la Charité dans le deuxième arrondissement. On réhabilite aussi des ponts, détruits durant la seconde guerre mondiale.Tout se pense au travers de notions comme : expansion démographique, développement économique, industriel et ruptures historiques.

    Georges Vermard, Les marchés de Lyon : [vue du Marché-Gare] : [Vue aérienne], [19..] (BmL, P0702 B04 16 183 00009)

    Un personnage-clé suscite ce phénomène, contemporain aux années soixante, soixante-dix à Lyon. Il s’agit du maire Louis Pradel. Il est à l’origine de réalisations urbanistiques comme le quartier de la Duchère, la traversée du centre de Lyon par l’autoroute Paris-Marseille, grâce au tunnel de Fourvière et au centre d’échange de Perrache, « surnommé le plat de nouilles, en raison des nombreux tunnels (autoroute, métro, bus) qui s’y croisent » , la roseraie du Parc de la Tête d’Or, des maisons de retraite, le métro de Lyon, et au delà, le fameux quartier de la Part-Dieu avec son centre commercial et sa bibliothèque.

    Georges Vermard, [Le professeur Christiaan Barnard (à gauche) à Lyon] : [Réception dans les salons de l'Hôtel de ville de Lyon en présence de Louis Pradel (à droite), maire de la ville], 17 janvier 1969 (BmL, P0702 B02 11 124 00010)

    On l’affuble souvent du terme « Béton », parce que c’est peut-être le seul maire qui n’a juré que par ce matériau en matière urbanistique. Les réalisations dont il est à l’origine en sont la preuve.

    L’urbanisme ravive et manifeste parfois les attentes fondamentales d’une époque, qu’elles soient liées à des questions politiques, sociales ou économiques. L’ère « Pradel » le démontre parfaitement, cette obsession pour le béton est inscrite de façon indélébile dans l’histoire contemporaine de l’espace citadin de Lyon. Elle traduit une attente donnée et une représentation de soi marquées pa l'utilisation du béton, matériau emblématique d’une société qui se voulait moderne et progressiste. Et les photographies de Georges Vermard montrent suffisamment cet aspect de la ville, ayant justement vécu ses transformations progressives, et les différents changements de programme de construction, en tant que journaliste. La partie traitant de l’Urbanisme est peut-être la plus dense de toute la collection d’images que nous a remise le photographe.

    Deux réalisations : La Duchère et Les Minguettes

    Cet ensemble immobilier, devenu un quartier de Lyon situé dans le neuvième arrondissement, a constitué un chantier énorme ; en fait, le deuxième grand chantier de Lyon après la Seconde Guerre mondiale. Il était avant tout destiné à résorber l'habitat insalubre des quartiers ouvriers de Vaise.

    La SERL (Société d’équipement de la Région Lyonnaise) en est le principal maître d’ouvrage. (In Histoire(s) sur la Duchère, Marcelle Vallet)

    L’opération s’étend sur 110 ha entre les communes de Charbonnières-les-bains et d’Ecully, 40 ha sont dévolus au logement tandis que le bois et les espaces verts couvrent une superficie de 30 ha. La pose de la première pierre a lieu le 2 juin 1960 par Pierre Sudreau, ministre de la Reconstruction. Deux ans plus tard, les premiers habitants investissent le quartier. (In Journal de l’Exposition, Maurice Novarina, un architecte dans son siècle).

    C’est le grand projet Pradel des années soixante. Rappelons que ce nouvel espace a permis la gestion d’une situation de crise, celle des rapatriés d’Algérie, où une ville comme Lyon a dû assumer une croissance démographique spontanée de sa population.

    Georges Vermard, Les Vues aériennes, Lyon : [Le quartier de La Duchère], janvier 1969 (BmL, P0702 B04 16 243 00011)

    La Duchère n'a pas été construite pour les rapatriés d'Algérie, même s'ils représentent 33% des ménages en 1965. Les accords d'Evian ont été signés le 18 mars 1962. Mais quand un million de rapatriés entre en métropole, La Duchère, qui est encore en chantier, a encore un potentiel de logements libres très importants. Louis Pradel réserve un tiers des logements aux rapatriés. Des liens solides existaient déjà entre Lyon et Oran, puisque les deux villes étaient jumelées. Le 14 juillet 1956 avait été scellé le "parrainage par la Ville de Lyon de la Ville d'Oran.

    L’ensemble « Minguettes » est pensé également pour accueillir une population importante. Elle est un contre-exemple, au même titre que le quartier de la Duchère, de ce que l’urbanisme peut apporté de plus probant et de plus justifié lorsque qu'il est pensé dans l'urgence ! Ces constructions n’ont peut-être pas été pensées dans une perspective sociale, politique, économique de la ville.

    Georges Vermard, Les Vues aériennes, Lyon : [Le quartier des Minguettes], janvier 1969. (BmL, P0702 B04 16 244 00012)

    Le logement demeurait une question que les pouvoirs publics paraissait ne pas réussir à résoudre convenablement. Toujours en retard d’une ou deux décennies sur la marche du monde, les solutions, conçues hors de toute pensée de la ville, devenait obsolètes à peine mises en œuvre. Ainsi en alla t il des ZUP gigantesques, à commencer par les Minguettes, tours et barres sans âme, sans beauté, vision faussement grandiose d’un avenir mort-né, conception rétrograde d’un progrès aussitôt dépassé, in l’Algérie à Lyon, Une mémoire centenaire, par Philippe Videlier.

    Une Réhabilitation contemporaine

    Ce quartier (de la Duchère par exemple) subit aujourd’hui une nouvelle transformation, plutôt un ré aménagement nécessaire après quarante années d’existence. Conçu dans une modernité radicale pour l’époque, il est devenu un quartier parmi tant d’autres dans l’agglomération, de moins en moins moderne et surtout, véhiculant plus souvent une image négative de quartier difficile.

    Georges Vermard, Quartier de la Duchère : [Piscine], [19..]. (BmL, P0702 B04 16 159 00002)

    Le quartier de La Duchère, dans le 9ème arrondissement de Lyon, fait l’objet d’un des 4 Grands Projets de Ville de l’agglomération lyonnaise, dont l’objectif est d’agir autant sur le volet social que sur le cadre urbain : le quartier va bouger jusqu’en 2013, avec en 2007-2008 la construction de 1 200 logements neufs pour remplacer les 750 partis en poussière lors de la destruction de la tour 210 le 27 octobre 2005, in Franche Duchère, Points d’Actu.

    Une numérisation au service de la conservation

    Depuis plusieurs années, un patient travail d’archivage et d’inventaire a été entrepris à la Bibliothèque, visant à conditionner et à conserver la documentation photographique patrimoniale. Le fonds Georges Vermard figure en bonne place au sein de cette démarche. Il est entré, il y a quelques mois dans la phase décisive de la numérisation : un tiers des clichés en a d’ores et déjà bénéficié.

    Ce travail préalable d’inventaire nous a, donc, permis d’accélérer la numérisation du fonds et de découvrir le véritable contenu des négatifs accumulés depuis une dizaine d’années.

    Certaines thématiques sont surreprésentés comme le domaine Politique, l’Urbanisme, le Sport. D’autres sont emblématiques d’une époque propre à Lyon, voire au pays dans sa globalité ; les grèves massives des années soixante illustrent à merveille ce phénomène (cf. Les mouvements ouvriers et les grèves incessantes des années 1960), ou encore la problématique visibilité des bidonvilles devenue de plus en plus scandaleuse avec la modernisation de la société et des infrastructures de la ville. Ce phénomène urbanistique lyonnais représente une partie conséquente des négatifs du fonds. Cela nous rappelle combien est dense, riche et complexe le travail fourni dans la presse, même locale, par un tel reporter.

    Le photographe devient, ainsi, une sorte d’ouvrier involontaire de la mémoire ; il immortalise des moments clés de l’histoire locale de la vie des lyonnais. ll matérialise et temporise jusqu’à nécessité, ces preuves du passé, en nous transmettant ces images jusqu’au jour où nous sommes prêts à les prendre en charge.

    Il dérobe donc, à l’insu des protagonistes et des événements, à l’insu de l’actualité, des moments, des scènes, des paysages qui viendront s'inscrire peu à peu et naturellement dans l’histoire de Lyon. Ceux-ci se métamorphosent en images-mémoires. C’est aussi parce que nous nous interrogeons sur notre patrimoine local, matériel ou non, que nous réévaluons ces documents aujourd’hui. Les photographies traversent les décennies ; elles nous transmettent des histoires que nous tentons de regarder, à nouveau, avec objectivité.

    :: Voir toutes les photographies de Georges Vermard.

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Mohamed Graine, Georges Vermard, photographe de presse quotidienne, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2012-10-25T08:31:59Z, modifié le 2017-09-08T08:14:43Z, consulté le 2017-10-19 14:59:08. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001ver

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