Marcelle Vallet, photographe et reporter des années 50 - Marcelle Vallet, photographe et reporter des (...) - numelyo - bibliothèque numérique de Lyon
aller au menu | aller au moteur de recherche | aller au contenu

Bibliothèque municipale de Lyon | Ville de Lyon

Ajout à votre biblitothèque

Pour pouvoir ajouter ce document à votre bibliothèque numérique, vous devez avoir un compte numelyo.

Créez ou connectez-vous à votre compte

L'inscription est gratuite et vos données personnelles ne seront en aucun cas communiquées à des tiers ou utilisées à des fins commerciales.


Fermer

Téléchargement

Nous vous proposons de télécharger :

  • Télécharger le document
  • Fermer

    Partager


    Lien permanent vers cette page

    Partagez cette page sur les réseaux sociaux



    Fermer

    Contactez-nous



    Fermer

    aidez-nous à décrire ce document !

    Si vous pouvez nous apporter des précisions concernant une date, un lieu, les circonstances ou les personnes représentées, indiquez-les dans ce formulaire.

    N'hésitez pas à nous laisser votre nom et e-mail, ils ne seront pas rendus publics.

    Merci !



    Fermer

    Poser une question

    Si vous le souhaitez, vous pouvez poser une question relative à ce document aux bibliothécaires.

    Le service du "Guichet du Savoir" est chargé d'y répondre en moins de 72 heures.

    Rendez-vous sur www.guichetdusavoir.org pour poser votre question.

    Fermer

    Marcelle Vallet, photographe et reporter des années 50

    Marcelle Vallet est une des rares femmes photographes et reporters à Lyon dans les années cinquante. Elle est certainement l'une des personnalités lyonnaises qui a le mieux approché la diversité de ceux qui ont habité Lyon et sa banlieue au cours des années 1950 et 1960.

    Son œuvre photographique personnelle, qui s'inscrit dans la lignée de l'école humaniste de Willy Ronis ou Robert Doisneau se développe jusqu'en 1970 autour d'axes différents. Témoignage d'une vie et d'une époque, ses photographies font partie des collections de la Bibliothèque municipale de Lyon : un ensemble de quelques 5000 pièces, dont plus de 1700 clichés négatifs, que Marcelle Vallet a donné à la Ville de Lyon en juin 1994.

    La marchande d'épreuves

    Fille du Nord née à Beauvais, Marcelle Vallet est devenue enseignante par vocation. Entre 1929 et 1940, elle enseigne les lettres à Arras, puis à Lens en pays minier, tout en poursuivant ses études à la Faculté de Lille.

    Marcelle Vallet est venue à la photographie avec son mari, un peu par hasard, un peu par nécessité, pour «gagner sa croûte». Ensemble ils arpentent marchés forains, bals, fêtes de famille, noces et banquets… Submergés par les commandes, «les marchands d'épreuves» comme on les appelle alors, finissent par ouvrir un magasin cours Vitton dans le 6e arrondissement de Lyon. La photo est à cette époque un métier d'homme mais l'arrivée du flash électronique «L'Eclatron» dans les années cinquante va permettre à Marcelle Vallet de démarrer sa carrière de photographe reporter. Epouse et mère de famille, la jeune femme, équipée de son appareil de 3 kilos et demi, se rend tard le soir sur son vélo au Palais d'Hiver «Le plus grand dancing d'Europe». Elle photographie les artistes en concert ou au bal. Puis elle travaille toute la nuit pour tirer les clichés avant de les présenter aux intéressés et, finalement, se faire payer sur le coup des 6 heures du matin.

    Photographe des célébrités…

    Photographe dès 1940, pour toute manifestation publique ou privée ainsi que l’indique sa carte de visite et équipée d’un Tube Citroën aménagé pour la prise de vue et le développement, Marcelle Vallet se fait connaître dans les années 50, pour ses photographies de l’actualité littéraire et politique lyonnaise. C’est ainsi que passent aux travers de son objectif Edouard Herriot et Louis Pradel, Jacques Soustelle et Charles Béraudier.

    Fidèle témoin du lancement de la revue littéraire lyonnaise Résonances, elle fixe sur la pellicule les dîners au restaurant Morateur auxquels la revue invite chaque semaine les artistes et célébrités locales ou de passage à Lyon : plus de 450 photos, conservées à la Bibliothèque Municipale de Lyon, saisies de 1955 à 1957, dans l’instant d’un discours, d’une conversation, d’une dégustation ou d’une remise de prix. Elle s’attache à retenir le caractère le moins officiel possible, toujours à l’affût de clins d’œil. Elle réalise également des portraits des peintres lyonnais Pierre Combet-Descombes, Jacques Truphémus, des écrivains Jacques Réverzy, Louis Calaferte, Gabriel Chevalier, Annie Salager, Jacques Seghers, des critiques littéraires Régis Neyret, Jean-Jacques Lerrant et bien d’autres...

    De 1956 à 1960, Marcelle Vallet est également photographe de plateau le samedi, à la télévision de Lyon, pour l’émission Merci d’être venu de Maurice Montans. Elle capte le reflet de l’actualité d’une époque caractérisée à Lyon par le passage des vedettes : Yves Montant, Ingrid Bergman, Denise Grey, Bernard Blier, Françoise Sagan…qu’elle immortalise en créant l'agence France Reportages.

    …et des marginaux

    Durant cette période Marcelle Vallet s’intéresse également à ceux qui sont derrière les plateaux de l’actualité : régisseurs, machinistes, puis à tous ceux, anonymes, qui sont à côté ou en marge de la vie commune. Elle nous laisse ainsi des images témoins sur les clochards, les gitans, les gens du cirque et les bidonvilles de la banlieue lyonnaise des années 1960. Son regard se tourne naturellement vers les visages, les clichés sur les sans-abri, comme on nomme aujourd’hui ceux qui n’ont plus de domicile ou de vie fixée, en sont une illustration. A travers l’œil d’une photographe, derrière les situations difficiles, les états d’abandon et d’oubli, il nous est donné de voir, d’approcher des regards et des personnalités, le temps d’une photographie.

    Elle saisit également les chineurs et les brocanteurs, de tout genre et de toute espèce, déambulant « dans ce curieux carrefour des objets perdus et retrouvés » exposés au ras du sol du marché aux puces de la place Rivière, au Tonkin. Attachée à ce haut lieu des puces lyonnaises, ce microcosme pittoresque et misérable, Marcelle Vallet a réalisé pendant 20 ans des centaines d’images prises sur le vif.

    Pionnière de l'éducation de la photographie à l’école

    Parallèlement à son activité de photographe, Marcelle Vallet crée, en 1956, la section lyonnaise du Ciné Photo Club de l'Education nationale. Elle organise dans le cadre des activités de l'UFOLEA (Union française des œuvres laïques d'éducation artistique) des concours de photographie dans les établissements secondaires du Rhône. Le jury est alors présidé par Albert Précy, fondateur de Gens d'images et rédacteur de la revue Point de vue et images du monde.

    Loin de la ville, Marcelle Vallet s'est installée à Villeurbanne puis à Bron, toujours près du boulevard de ceinture, la campagne à cette époque. Elle y met en pratique et développe l'enseignement de la photographie à l'école. Elle fait, notamment, équiper d'appareils photographiques les deux classes dont elle a la charge. La hiérarchie est réticente mais la jeune institutrice cherche à faire découvrir aux enfants la richesse de la nature qui les entoure, à leur apprendre à regarder.

    Les enfants deviennent l'un des sujets de prédilection de la photographe. Elle les saisit dans leur réalité quotidienne, spontanés, sans artifices et les yeux grands ouverts sur le monde qu'ils découvrent, parfois douloureusement. Marcelle Vallet photographie ainsi ses jeunes élèves en classe ou en ballade, les gosses gitans, les gamins du bidonville du Chaâba, les gones qui jouent dans les rues, ceux qui «s'affairent», place Rivière, au cœur de la faune du marché aux puces. La photographe enseignante illustrera à plusieurs reprises les Congrès thématiques de l'éducation préscolaire. 400 négatifs dont 374 en noir et blanc, 200 tirages dont une trentaine en couleurs et une quarantaine de diapositives sur le thème de l'enfance sont archivés dans le fonds Marcelle Vallet. Des expositions et des publications viendront récompenser le dynamisme et le talent d'un personnage hors du commun, en avance sur son époque, qui continua d'enseigner jusqu'en 1967, au cours complémentaire Jean Zay à Villeurbanne.

    Enfances buissonnières

    Les photographies de Marcelle Vallet expriment ce qu’elle est en un instant : enseignante, dit Albert Plécy, dans la revue Point de vue images du monde, en commentant huit clichés que Marcelle Vallet a présentés au Salon permanent de la Photographie en 1960. Marcelle Vallet, déjà présidente du Ciné photo club de l’Education nationale à Lyon, déclare à l’époque : "Je suis de plus en plus convaincue que la photographie a une valeur pédagogique extraordinaire. Elle apprend aux enfants à regarder, à observer, à cadrer un paysage. Elle donne l’occasion de développer le sens artistique, surtout elle donne le goût puis la passion du beau… Découvrir toujours, même dans la laideur qui souvent nous entoure, ce qui est beau, n’est-ce pas merveilleux ?".

    L’éducatrice Marcelle Vallet croit que l’enfant a droit à l’enfance. La photographe saisit ses jeunes élèves en classe ou en balade, elle photographie les gosses tsiganes ou manouches, les gamins du bidonville du Chaâba, les gones qui jouent dans les rues, ceux qui s’affairent place Rivière, au cœur de la faune du marché aux puces.

    Instantanés de la vie, instantanés d’enfance, les images d’enfances buissonnières de Marcelle Vallet, qui s’organisent et se déroulent au fil des saisons sont intemporelles.

    Marcelle Vallet a enseigné dans le quartier Saint-Jean à Villeurbanne, chemin du Marais, en classe de petite maternelle. "C’était une école déshéritée, nous dit-elle, où personne ne voulait venir enseigner et c’est pourquoi j’ai eu le poste facilement. Je suis arrivée à l’école sans idées préconçues, je n’avais jamais enseigné en maternelle, or c’est un enseignement tout à fait spécial. J’ai eu tout à apprendre et ce sont les enfants qui m’ont appris en quelque sorte. L’environnement était plaisant puisque c’était la campagne. Avec les enfants nous nous sommes beaucoup promenés et nous apprenions ensemble, sur le vif. J’ai eu de grandes satisfactions avec les enfants, longtemps après quelquefois ; je leur disais de ne pas s’ennuyer dans la vie, il y a tellement de choses à voir".

    Les puces de la place Rivière

    Histoire de Puces

    A la fin du XIXe siècle, les Hospices civils de Lyon, propriétaires des terrains de la Cité Tête-d’Or aux frontières de la ville, confient à l’urbaniste Rivière – homonyme du commandant de l’Indochine qui donne son nom à la place – la réalisation d’un nouveau quartier doté de voies d’une largeur inhabituelle pour l’époque. Un quartier est né, le Tonquin, avec ses rues aux noms exotiques qui évoquent fièrement les conquêtes coloniales de la France : rue d’Hanoï, rue Son-Tay, rue du Tonquin, rue du Niger, dont certaines ont perduré jusqu’à nos jours. Cédée à la commune de Villeurbanne, la place Rivière n’est encore en 1914 qu’un immense cratère occasionnellement traversé par les cuirassiers de la Part-Dieu se rendant au Grand-Camp. Le trou n’est rebouché qu’en 1921.

    Pendant près d’un demi-siècle, les Puces s’invitent en ce lieu, chaque dimanche matin, pour permettre aux riverains d’améliorer un ordinaire très modeste. Mais le 8 mars 1974, la modernisation du quartier et les promoteurs mettent un terme définitif au marché historique de la place Rivière qui déménage pour le quartier de la Feyssine, de l’autre côté du boulevard Laurent-Bonnevay, où il va demeurer une vingtaine d’années. Après une nouvelle installation de courte durée dans le quartier de Vaise, sur la commune de Lyon, les Puces retrouvent enfin Villeurbanne en 1995… et le quartier dit de "Saint-Jean", fréquenté à une autre époque par Marcelle Vallet, mais pour d’autres raisons.

    Les "Dimanche de la brocante"

    Pendant cinquante ans, le pittoresque et les bonnes affaires attirent sur la place Rivière la foule des chineurs et des puciers. Dans chacune des allées poussiéreuses, amateurs, collectionneurs, amoureux de vieilleries, maniaques de l’occasion ou de l’objet rare, se retrouvent dans un capharnaüm qui redonne une âme aux objets dépareillés, usés, brisés. Ici, un seul mot d’ordre qui tient presque lieu de tradition : rien de neuf, que de l’occasion !

    En résidence dans un quartier pauvre, les Puces réunissent sans complexe le bourgeois endimanché, les immigrés et les déshérités en quête d’objets vitaux à petit prix. Plus que les objets – Christ portant sa croix, buste de Molière, caisse de clous rouillés –, Marcelle Vallet photographie en priorité les gens. C’est ainsi que l’on retrouve les figures pittoresques qui animent le quartier ces matins-là, comme René Nonin, "le roi des vipères". Toutefois, à de rares exceptions près, le marché aux Puces n’a pas été décrit, ni par la photographe, ni par d’autres. Au début du XXe siècle, le journaliste lyonnais Petrus Sambardier donne cependant une description du marché de la place du Pont qui peut correspondre à celui du Tonkin : un "carrefour animé, souvent grouillant, où se parlaient toutes les langues d’Europe, d’Afrique et du Dauphiné, où l’on rencontrait tous les costumes, qui avait l’air à la fois de quelque quartier populaire de Paris, d’un vieux faubourg lyonnais et d’un port méditerranéen".

    Le bidonville du Chaâba

    Le Chaâba, bidonville de la banlieue lyonnaise dans les années 1950

    Le Chaâba est un bidonville situé sur les bords du Rhône, à Villeurbanne, dans le quartier des Buers. A un kilomètre de la ville, c’est un ensemble de constructions légères, édifiées avec des planches en bois et de la tôle ondulée, sur un terrain boueux, entouré de remblais, jouxtant une décharge publique.

    "Dans la langue de ses habitants, le Chaâba est un peu le synonyme de «gourbi»", explique Azouz Begag qui a passé son enfance dans le bidonville, "certains appellent leur villa La Gentilhommière, nous, nous appelions notre endroit le Chaâba pour dire « quel taudis ! »" Les familles du Chaâba sont originaires d’El Ouricia en Algérie. Elles ont, comme beaucoup d’autres, fui la guerre ou la pauvreté et cédé aux tentations d’une économie française en pleine expansion. Arrivés en France pour servir de main-d’œuvre sur les chantiers de construction, les travailleurs immigrés vivent dans la misère.

    Les régions parisienne, lyonnaise, lilloise et la Moselle métallurgique sont alors les principaux pôles régionaux d’immigration. Dans une interview accordée à la revue Urbanisme, Azouz Begag précise : "Mon père n’est pas venu ici en 1949 pour venir en France, il est venu en ville, là où il y avait du travail [...]".

    Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le paysage de l’habitat dans les grandes agglomérations est particulièrement sinistré. L’immigration nord-africaine s’accroît. Une évolution que ne contrarient ni la guerre d'Algérie, ni le climat d'hostilité et de racisme qui les accueille. L’absence de politique de logement, l’insuffisance des foyers d’accueil et la cherté des hôtels meublés rejettent les familles d’immigrés à la périphérie des villes. C’est l’explosion des bidonvilles ou "baraques". Dans son roman, Le Gone du Chaâba, Azouz Begag raconte la marginalité du bidonville, la précarité de son habitat et l’indigence matérielle dont souffrent ses habitants. Son récit dépeint également une communauté qui reproduit l’ordre spatial des "casbahs" et les traditions religieuses. Pourtant, la poste ne passe pas et les taxis, les pompiers ne pénètrent pas dans le bidonville. En revanche, les fonctionnaires viennent pour s’informer, pour numéroter et ficher les baraques, pour faire appliquer les décisions... Les conseillers sociaux qui s’y aventurent sont accompagnés de policiers. En 1994, Marcelle Vallet qui a fait toute une série de photographies sur le Chaâba se souvient : "Les arabes sont des gens très fiers et ils ne l’étaient pas du tout d’habiter dans ces baraques de tôle ondulée. Il faut dire aussi que la plupart des hommes qui vivaient là, relégués dans le bidonville, étaient des employés municipaux."

    Le Chaâba disparaît...

    Un matin neigeux de décembre 1960, le Chaâba, "[...] ce bidonville au bout du monde où vivent encore pêle-mêle des gens de toutes les races dans toutes sortes d’abris de fortune", est rasé au bulldozer. La presse est invitée à suivre l’opération, en présence du préfet Sicard et des habitants.

    La communauté du Chaâba quitte brutalement le bidonville et va s’installer dans des appartements à Lyon ou dans des H.L.M., comme ceux de la rue Anatole-France à Vaux-en-Velin. Aujourd’hui, seule la maison en béton est toujours debout. Mais avec l’eau courante, l'électricité et la télévision, ce n’est plus que le fantôme du Chaâba.Une nouvelle page de l’histoire des immigrés en terre française se tourne, elle ne sera pas moins amère. Une bonne partie des enfants du Chaâba ont connu la prison. Azouz Begag : "Quand le mécanisme de l’exclusion est si bien rodé et que l’on s’en sort, cela ne peut s’expliquer que par un concours de circonstances favorables."

    Autour de la culture tsigane

    Liberté, indépendance et nomadisme

    Les Tsiganes, partis d'Inde entre le Xe et le XIIe siècle, ont successivement parcouru l'Iran, la Perse, l'Arménie, l'Egypte ou la Grèce avant d’être conduis à travers toute l'Europe par l'intermédiaire de l'Empire byzantin. Ils s'installent pour la première fois dans le département de l'Ain, à Châtillon-sur-Chalaronne, au début du XVe siècle.

    "Nous sommes connus sous les noms d’Egyptiens ou de Bohémiens, car on ne s’accorde pas sur nos titres, et je vous assure que nous sommes là-dessus fort indifférents", déclare à l’Abbé Prévost un vieillard qui conduit une tribu nomade le long du Rhône dans les années 1730. De nombreuses appellations désignent en effet cette population en fonction des pays qu'elle traverse : Bohémiens, Ciganos, Egitanos, Egyptiens, Gitans, Gypsis, Manouches, Romanichels, Sinti, Yéniches, Zigeuner, Zingari, etc.

    L'expression "gens du voyage" ou "Tsiganes" est alors utilisée de façon générique pour désigner un ensemble de groupes d'origines géographiques diverses, comme les Gitans – andalous ou catalans ayant marqué la musique flamenco –, les Manouches d'influence germanique ou les Roms issus d’Europe centrale et orientale, trois des principales communautés qui coexistent aujourd'hui encore en France. Actuellement, la plupart des Tsiganes sont sédentaires.

    Une culture en mouvement

    Traditionnellement, les Tsiganes exercent des petits métiers leur permettant de recevoir une contrepartie en nature dans les villes et villages traversés. Forgerons, chaudronniers, brocanteurs, dresseurs d’animaux, vanniers, diseuses de bonne aventure ou voyantes ont ainsi nourri l’imagerie populaire.

    Mais plus encore, la musique est devenue une source de revenu complémentaire lorsqu’elle ne participe pas directement aux mariages, fêtes et baptêmes au sein de la communauté. On y joue de la clarinette et de la trompette, éventuellement de la viole, de la contrebasse ou du cymbalum, mais surtout du violon et de la guitare, instrument aisément transportable, popularisé en France par Django Reinhardt pour le jazz ou par Manitas de Plata pour le flamenco.

    Regroupées autour du patriarche, ces populations itinérantes maintiennent une forte cohésion du groupe familial. Il est le lieu de l’éducation, la base de l’économie et le siège de la justice que le plus ancien est chargé d’administrer.

    A la fin des années 1950, Marcelle Vallet est le témoin privilégié de rencontres entre le peuple gitan installé sur les bords du canal de Jonage, et le Père Chatard, dominicain au couvent de la rue Bugeaud. De ces séances naîtront quelques clichés mais surtout un livre, Zanko, chef tribal chez les Chalderash, recueil des coutumes, légendes et traditions transmises oralement depuis des siècles.

    Histoire(s) sur la Duchère

    La genèse du projet

    En 1954, on entreprend en France la construction de grands ensemble comme Sarcelles, sous forme de quartiers autonomes, de ville nouvelles, cherchant à inventer des collectivités locales d’un nouveau type… A cette époque, Vaise compte de nombreuses usines et 70% des ouvriers qui y travaillent n’habitent pas le quartier, "perdant" ainsi en heures de trajet l’équivalent de 15 jours de congé supplémentaire. Plus généralement, dans cette période d’après guerre, suite à l’exode rural, les logements manquent.

    Dès 1952, des architectes, des urbanistes et des sociologues rédigent un premier projet sur la Duchère, qui prendra corps en 1958. L’idée est de construire sur la colline de La Duchère, sur les 120 hectares dédiés au projet, "un ensemble harmonieux de 5 500 logements où 20 000 personnes trouveront leur place… un quartier aussi peuplé que Villefranche", titre le quotidien l’Echo Liberté.

    Le site doit donner à La Duchère son caractère, le dénivellé important d’un côté vers Vaise, de l’autre vers Ecully, la ceinture végétale qui l’isole, contribuant à faire de ce un quartier-commune, une petite cité autonome. C'est une nouvelle colline, une autre Croix-Rousse ou une autre Fourvière, avec une vue imprenable sur les deux "anciennes", sur la plaine de Vaise, sur les monts du lyonnais. La ville nouvelle sera divisée en sous-quartiers, en unités de vie, dont le peuplement serait différencié. Ils seront reliés au centre du Plateau, que les urbanismes imaginent comme un forum, avec les services publics, un grand centre commercial, un vaste espace de rencontre.

    La construction de La Duchère

    C’est l’architecte François Régis Cottin qui conçoit le plan d’ensemble de la Cité et réalise une grande partie des immeubles et équipements du Plateau, avec Franck Grimal. Une convention est signée entre la Ville de Lyon et la Société d’Equipement de la Région lyonnaise (SERL) créée le 17 février 1957. Elle est le maître d’œuvre, achetant les terrains et les équipant avant de les vendre aux constructeurs, assurant la réalisation des équipements généraux, économiques, sociaux et culturels de la nouvelle Cité.

    François Régis Cottin pense disposer d’une liberté rare : "A cette époque, on pensait donner une certaine forme à la vie avec l’architecture… en forçant par exemple les gens à passer par le même escalier, ou en donnant du poids à certains bâtiments… Je citerai l’exemple de l’église du Plateau, que j’ai mise au milieu du site, cela a d’ailleurs eu pour effet de faire hurler les Francs-Maçons".

    Mais la Duchère est avant tout une œuvre collective, le fruit des idées d’un groupe de bâtisseurs et d’hommes politiques, dans un contexte historique, socio-économique particulier, avec des contraintes administratives, des impératifs techniques, des incidents de parcours… Alors qu’Edouard Herriot émettait des réserves, Louis Pradel manifeste une forte volonté de réaliser l’opération, ceci dès 1957, engageant les dépenses nécessaires. Tout au long du projet, le Maire est très présent et rien d’important n’est fait sans son approbation, la Ville intervenant même dans le nom des groupes scolaires.

    En revanche, la Ville n’a pas vraiment défini quel quartier elle voulait. Et la vie de quartier ne sera pas complètement celle que les urbanistes avaient rêvée et celle qu’ils avaient inscrite dans les volumes, elle est un compromis, même si les urbanistes sont le groupe le plus marquant du projet.

    La construction ne prendra que cinq ans : le 2 juin 1960, Pierre Sudreau, ministre de la construction pose la première pierre, et en mai 1962, on commence les premiers aménagements.

    La Duchère et les duchérois

    Quand les barres surgissent, elles évoquent pour les lyonnais l'Amérique et ses gratte-ciels. D'ailleurs les rues portent des numéros, la 8e, la 25e, la 31e, la 5e, la 22e... Louis Pradel, de retour d'un séjour à New York aurait fait un parallèle audacieux entre les deux villes, et aurait imposé cette dénomination new-yorkaise aux rues de la Duchère. Les lyonnais, qui qualifient les immeubles de "cages à poules" jurent de ne jamais y habiter.

    Les premiers Duchèrois sont soient des expulsés de leur quartier, sinistrés de la Croix-Rousse dont la colline glisse en1964, soit des relogés par leur employeur non loin de leur lieu de travail... ils n'ont pas choisi d'habiter là. Des gens, qui vivaient jusqu'à présent à l'horizontale, doivent désormais vivre à la verticale...

    La Duchère n'a pas été construire pour les rapatriés d'Algérie, même s'ils représentent 33% des ménages en 1965. Les accords d'Evian ont été signés le 18 mars 1962. Mais quand un million de rapatriés entre en métropole, La Duchère, qui est encore en chantier, a encore un potentiel de logements libres très importants. Louis Pradel réserve un tiers des logements aux rapatriés. Des liens solides existaient déjà entre Lyon et Oran, puisque les deux villes étaient jumelées. Le 14 juillet 1956 avait été scellé le "parrainage par la Ville de Lyon de la Ville d'Oran.

    L’Armée avait cédé le fort, construit entre 1844 et 1851, désaffecté en 1957. A leur arrivée, les rapatriés sont logés dans des conditions de confort précaire dans le fort, dans des boxes constitués de simples tentures suspendues, avec des châlits superposés, de petits réchauds, de maigres ampoules, sans eau courante, avec des wc de fortune à l'extérieur. Au fur et à mesure que les appartements sont à peu près habitables, les familles s'installent. Le premier bâtiment, celui de Balmont, est livré en 1962.

    Pour les pieds-noirs, la Duchère est le symbole de leur déracinement, des brumes lyonnaises, de leur dénuement. Les premiers duchérois regrettent les rues animées du centre ville, d'autres, qui ne voyaient jamais le soleil, apprécient la luminosité. Le confort des logements, apparaît, à l’époque, comme extraordinaire pour ceux qui venaient de quartiers insalubres, même si les appartements de la première grand barre sont été livrés sans chauffe-eau et les autres sans porte de placard. Les techniques d'industrialisation qui ont permis de construire très vite, à coût réduit, avec des éléments préfabriqués assemblés sur place comme un jeu de construction n'ont pas pris en compte l'isolation.

    Richesse du fonds

    D'autres séries thématiques, "Gens du cirque", "Scènes de la rue", "Hommes au travail", "Facteur cheval", "Mains", "Humour", "Bords de l'eau" … comptent également parmi la collection de photographies que Marcelle Vallet a déposée à la Bibliothèque municipale de Lyon. Elle a notamment photographié la restauration du Vieux Lyon dans les années 60. Ces clichés ont fait l'objet d'une exposition itinérante européenne Restauration et animation des quartiers anciens en 1966. Marcelle Vallet est décédée en 2000 à l'âge de 93 ans.

    :: Voir toutes les photographies de Marcelle Vallet.

    Logo Bibliothèque municipale de Lyon Logo Ville de Lyon