Histoires d’usines : La TASE et la Rhodia - Histoires d’usines : La TASE et la Rhodia - numelyo - bibliothèque numérique de Lyon
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    Histoires d’usines / La TASE et la Rhodia

    Quoiqu’issues du même groupe – les Gillet puis Rhône-Poulenc – et produisant toutes les deux fibres textiles qui concurrençaient la soie, quoique disparues au même moment, ces deux usines ont laissé des traces mémorielles différentes. Elles témoignent de deux cultures d’entreprises, et c’est précisément ce qui a intéressé l’équipe de RESPIRA.

    La Bibliothèque municipale de Lyon mène depuis plusieurs années, avec de nombreux partenaires, un travail autour du patrimoine industriel. Elle s’est impliquée de 2014 à 2016 dans un projet de collecte de mémoires sur les territoires de deux usines qui ont récemment disparu, l’usine TASE (Textile Artificiel du Sud-Est) à Vaulx-en-Velin à l’est de Lyon, et l’usine Rhodiaceta, dans le 9e arrondissement de Lyon. Ce projet est baptisé RESPIRA pour « Recueil Et Sauvegarde du Patrimoine Industriel en Rhône-Alpes ».

    Ce dossier rend compte des premiers résultats de ce projet à l’été 2016.

    A l’origine, les Gillet et l’histoire de la soie artificielle

    François Gillet (1813-1895), est né à Bully dans le Beaujolais. Il travaille dans la ferme familiale, puis est engagé comme apprenti-teinturier par Didier Planut, teinturier en soie, rue des Trois-Maries, dans le quartier Saint-Jean à Lyon.

    Le château de la famille Gillet. Joseph Gillet, qui avait acquis le château, chargea l'architecte Rogniat d'opérer une restauration complète. Carte postale, Bully (Rhône). (BML, B01CP69210 001011).

    En 1851, François Gillet est maître teinturier, installé quai Pierre Scize, puis quai de Serin, actuel quai Joseph-Gillet, où son entreprise de teinture au noir se développe rapidement grâce à l’acquisition de machines à vapeur et de chaudières. Gillet n’est pas pionnier en ce domaine, car les premières demandes d’autorisation d’installation remontent à 1840 à la Guillotière, mais il est parmi les premiers. En 1855, la maison Gillet et Pierron (la famille de son épouse), participe à sa première exposition universelle à Paris, en compagnie du célèbre Guimet, sans rapporter de prix. La médaille d’or sera pour l’exposition universelle de 1867 (Paris).

    Dans les années 1860, François Gillet emploie 300 ouvriers, s’appropriant toutes les nouvelles applications mécaniques, achetant les immeubles voisins du 10 quai de Serin, implantant pour la première fois un atelier de teinturerie à Izieux, aujourd’hui un quartier de Saint-Chamond (Loire). Il associe son fils Joseph à l’entreprise en 1869.

    L’usine Gillet. Quai de Serin, sur la Saône, au début du XXe siècle, [ca 1910]. Fonds Jules Sylvestre. (BML, P0546 SA 19/17).

    Avec Joseph Gillet, l’entreprise se développe, diversifiant ses activités vers la couleur et d’autres traitements du textile (blanchiment, apprêt, moirage, impression), utilisant le coton, implantant d’autres usines en région lyonnaise et ailleurs, s’alliant avec d’autres teinturiers.

    A partir de 1902, les Gillet s’étaient engagés dans la filature de soie artificielle. Ils ne choisissent pas d’exploiter le procédé de Chardonnet (nitrocellulose issue du coton, éther et alcool éthylique), mais investissent d’abord dans le procédé allemand (coton et cuprammonium) en prenant des parts dans la société La Soie artificielle créée à Paris. Au même moment, une société concurrente, la Société française de la Viscose, se créée également à Paris, appliquant un procédé anglais, à partir de la cellulose du bois, dissoute à la soude et au sulfure de carbone. C’est dans cette seconde société que les descendants de Sadi Carnot, président de la République assassiné à Lyon en 1894, investissent.

    Chaque société grandit. Les Gillet installent une usine à Izieux (Saint-Chamond, Loire) à côté de la teinturerie, appliquant le procédé allemand. Cette implantation est stratégique car les textiles artificiels servent à fabriquer de la passementerie dans la région de Saint-Etienne. En 1907, les Gillet prennent le contrôle du groupe de la Soie artificielle, tandis que les Carnot, famille alliée aux parfumeurs Chiris, renforcent leur emprise sur la Française de la Viscose.

    En 1911, les deux groupes créent le Comptoir des textiles artificiels (le CTA), un bureau de vente avec un centre d’études techniques qui favorise le partage des savoir-faire, au bénéfice de Gillet, qui abandonne le procédé allemand pour la viscose en 1916. Le rôle du CTA est également de réguler la concurrence entre producteurs. A partir de 1911, les adhérents au CTA implantent de nouvelles sociétés. Par exemple, en 1913 la Société de la soie artificielle de la Voulte, qui deviendra la Soie Artificielle du Sud-Est, fera construire à partir de 1922 à Vaulx-en-Velin la plus grande usine française de soie artificielle, la SASE (Soie Artificielle du Sud-Est).

    D’autres procédés sont expérimentés : en 1922 est créée la Société pour la fabrication pour la soie Rodiaseta, en partenariat avec la Société Chimique des Usines du Rhône qui deviendra Rhône-Poulenc en 1928, avec Edmond Gillet comme administrateur en 1929. De l’acétate de cellulose est produite à partir d’un vernis mis au point par l’entreprise chimique pour enduire les ailes d’avion. Le CTA assure également la commercialisation de ce fil, que fabrique l’usine de Lyon-Vaise, construite en 1924.

    En 1936, les Gillet, avec l'usine Gillet-Thaon, sont à la tête du principal groupe de traitement textile en France.

    Vue aérienne du quartier de Gorge-de-Loup en 1944. Fonds Vos photos, projet RESPIRA.

    Le groupe Gillet à la Libération

    Pendant la Seconde Guerre mondiale, Rhodiaceta à Lyon-Vaise, TASE à Vaulx-en-Velin, Soie Artificielle à Izieux et TASE à la Voulte-sur-Rhône, ont produit pour la société franco-allemande Rhône-Poulenc-IG Farben, fondée en 1927. « Les deux dernières, tout au moins, fabriquent des toiles pour parachute et sont particulièrement protégées à ce titre par les Allemands. » [note]. L’usine de la TASE était classée « 5 », travaillant pour l’effort de guerre nazi, et subit quelques sabotages en 1943. « Une chose est sûre », nous dit Annie-Lacroix-Riz, « C’est en participant à la fête de l’économie de guerre allemande que les élites financières françaises d’enrichirent, en livrant non seulement des stricts produits de guerre… mais tout ce que fabriquait encore l’industrie de consommation… » [note]

    A la Libération, aucun dirigeant du groupe Gillet n’est arrêté. A la Voulte-sur-Rhône, la CGT de l’usine TASE avait demandé sa mise sous séquestre, accusant les dirigeants « d’avoir livré à l’Allemagne les procédés de fabrication pour les fils à haute résistance… et - en échange de la fourniture de pâte de cellulose – d’avoir pris l’engagement de fabriquer des fils destinés au câblage des pneumatiques dont la totalité servait à la machine de guerre allemande [note] ». Mais toute poursuite est abandonnée, car l’enjeu est autant de faire tourner les usines que de sanctionner les dirigeants en place.

    Libération de Lyon, 3 septembre 1944. Fonds Vos photos.

    En revanche, en 1940, un groupe allemand de textile artificiel avait pris une participation de 33% dans une société du groupe Gillet, France-Rayonne, pour exploiter une nouvelle usine de fibranne installée à Roanne. La participation allemande est mise sous séquestre. En 1945, le PDG Ennemond Bizot est arrêté, ainsi que l’administrateur Cusin et tous deux sont inculpés de commerce avec l’ennemi. L’affaire est classée trois ans plus tard, sans épuration judiciaire et sans épuration professionnelle, mais avec des amendes pour « profits illicites ». Hervé Joly conclut cet épisode sur l’idée qu’il reste « de cette non-épuration une image un peu troublée pour les familles, avec des soupçons assez vagues de compromission ou d’enrichissement régulièrement repris par des adversaires politiques. Là encore, l’absence de procès judiciaire ne s’avère pas un bénéfice à long terme. »

    L’usine Rhodiaceta à Vaise. Georges Vermard, 1970. Fonds Georges Vermard.

    Les textiles artificiels sont intégralement cédés à Rhône-Poulenc en 1961. A partir de 1962, l’activité textile se dégrade en France de manière générale : mévente des tissus imprimés de coton en raison des changements de la mode, perte des débouchés coloniaux, concurrence des pays nouvellement indépendants, croissance des synthétiques. Les pertes surviennent à partir de 1971. Coup de grâce : en octobre 1973, se produit le premier choc pétrolier. À l'occasion de la guerre du Kippour (conflit entre certains pays arabes et Israël), les pays de l'OPEP multiplient par quatre le prix du pétrole. Au cœur de la crise économique mondiale, les deux usines de la SASE, devenue TASE (Textile Artificiel du Sud-Est) en 1935, et Rhodiaceta à Lyon-Vaise, ferment à la fin des années 1970. Enfin, la production de viscose disparait dans les années 2000, avec la fermeture de la dernière des usines de la Soie artificielle d’origine Gillet, fondée en 1903, à Givet dans les Ardennes.

    Les usines Gillet en 1971 sur les quais de Saône. René Dejean, 1971. Fonds Vos photos. (BML, P0747 002 00130).

    La TASE, Textile Artificiel du Sud-Est, partiellement sauvegardée

    La cité ouvrière TASE en 1990. Claude Essertel, 1990. Fonds Lyon Figaro.

    Usine TASE, sortie des ouvriers. Fonds Vos photos, projet RESPIRA. S.d.

    En famille à la Cité de la Tase (Vaulx-en-Velin). Fonds Vos photos, projet RESPIRA. S.d.

    Eglise Saint Joseph (la Poudrette), cité ouvrière TASE. Nicolas Daum, 2015. Fonds Vos photos

    Restaurant la Boule en soie, cité ouvrière TASE. Nicolas Daum, 2015. Fonds Vos photos.

    Cité TASE à Vaulx-en-Velin. Claude Essertel, 1990. Fonds Lyon Figaro.

    L’usine SASE, Soie Artificiel du Sud-Est, devenue TASE, Textile artificiel du Sud-Est a démarré en 1925 à Vaulx-en-Velin, sur des terres agricoles.

    A Vaulx-en-Velin, ce sont plus de 1 000 paysans en 1873 qui produisent des légumineuses vendues essentiellement à Lyon. Au début du 20e siècle, on trouve des champs de blé, de seigle, d'avoine, de trèfle et de luzerne. On dénombre également quelques vaches qui paissent sur les îles, des chevaux et des mulets. Mais au total, il s'agit surtout d'une polyculture de subsistance. La surface agricole utile est de 1784 ha au début du 20e siècle, soit la quasi- totalité de la superficie de la commune. Après la guerre de 1914-1918, l'on note un net accroissement de la population : de 1 315 en 1916, la commune passe à 3 754 en 1926, et l’usine SASE y contribue évidemment.

    La SASE/TASE produisit :

    • De la rayonne, surnommée « soie artificielle », utilisée dans les tissus féminins et l’ameublement.
    • De la fibranne, fibres courtes associées par torsion, par exemple pour du fil à tricoter, r de 1935 à 1949.
    • Des fils industriels, très solides, utilisés pour renforcer des pneumatiques, à partir de 1951, à base de rayonne puis de nylon en 1958.

    Le personnel

    L'usine employa entre 2000 et 3000 personnes. Les premiers ouvriers sont des Pieds-noirs, Espagnols, Italiens venus des usines du Péage-de-Roussillon, des jeunes femmes de l’usine Bonnet de Jujurieux et des petites entreprises familiales de la Loire et de l’Isère.

    • Des Arméniens, déjà installés à Décines, ayant fui le génocide de 1915, des Polonais à la fin de la Grande Guerre, des Russes à la suite de la Révolution de 1917
    • Des Italiens fuyant le régime fasciste à partir de 1922.
    • Des Hongrois, suite à la fermeture de leur usine de viscose de Sàr Vàr en 1929.
    • Des Espagnols en 1936, fuyant leur pays en guerre.
    • Des Indochinois du Nord, démobilisés au début de 1930-1940.
    • Des Nord-Africains, Algériens dans les années 1950 puis Marocains dans les années 1960.
    • Des Portugais, appelés par des parents déjà installés.
    • Des Yougoslaves vers 1970.
    En 1931, les étrangers représentent 48% de la population à Vaulx-en-Velin et 55% à Décines.

    Toits de l'usine TASE à Vaulx-en-Velin. Jeris Castelbou 2012. Fonds Vos photos (BML, P0796 001 00009).

    Elle eut plusieurs moments très difficiles. En 1931, la crise mondiale conduisit à la fermeture d’une unité, avec un tiers de licenciements. En avril 1936, où elle fit face à 58 jours de débrayage qui se terminèrent lors des accords de Matignon. En 1951, où la crise mondiale frappe la production de rayonne, qui a doublé depuis 1939, entrainant des licenciements. En 1967, avec une baisse très importante de la production et surtout en 1968 : sous l’impulsion des travailleurs, la CGT appelle dans un premier temps à une grève de 24 h reconductible. Le 13 mai, l’usine est occupée et la municipalité de Vaulx-en-Velin se solidarise avec les grévistes. Suite aux accords de Grenelle le 25 mai, des augmentations de salaires sont obtenues (+8%) et les jours de grèves sont indemnisés à 50%.

    Enfin, en 1975, le premier « accord multifribres » acte une réduction de 15% de la production de textile artificiel d’ici 1981 : sont invoqués par la direction de Rhône-Poulenc : la crise, la récession économique, la concurrence internationale, l’absence de compétitivité. Le Plan textile approuvé par le CA en 1977 prévoit la suppression de 6 000 emplois sur les 13 600 de la branche textile de Rhône-Poulenc. La Direction, pour faciliter la fermeture des ateliers propose des primes de départ volontaire, mise à la retraite anticipée, mutations : l’ensemble de ces mesures a raison de la détermination des travailleurs. L’annonce de la fermeture définitive survient en 1978 sans plus d’action des salariés.

    De la TASE, il reste aujourd’hui certains bâtiments industriels, dont les grands bureaux occupés par Technip France et entre autres, les Petites Cités et les Grandes Cités. Les logements étaient réservés et concédés comme accessoires au contrat de travail, avec une indemnité mensuelle. En cas de renvoi ou départ volontaire de l’usine, la concession prennait fin.

    Les Cités

    • Les Petites Cités ou Cités des Jardins : dès 1924, entre 64 et 97 maisons, selon les sources, ont été construites sur 11 hectares, comprenant entre 289 et 297 logements, sans salle d’eau (obligatoire à partir de 1936), 2 appartements par maison ; occupées à l’origine par le tout venant, familles ouvrières espagnoles, italiennes, elles servirent ensuite de logement pour les ingénieurs et les cadres ; 13 maisons supplémentaires furent construites dans les années 1950 ; 3 lavoirs à disposition, détruits après la guerre pour faire place à des garages, le dernier, sur la placette devant la Boule en soie, ayant disparu en 1960.
    • Les « Petites Cités », rue Alfred de Musset. Antoine Cusin, 2014. Fonds Vos photos. (BML, P0757 004 00015).

    • Les Grandes Cités ou 20 immeubles sur 9 hectares, comportant, en 1970, 491 logements, 4 étages sur rez-de-chaussée. Le 4e étage était réservé à des logements de 2 à 3 pièces pour célibataires et ménages sans enfant, toilettes sur le palier ; 2 lavoirs, qui furent démantelés, au rez-de-chaussée du 45 et du 89; une coopérative était installée au 45 et le rez-de-chaussée du 47 était occupé par 3 magasins, boulangerie, boucherie, alimentation ; 8 bâtiments furent détruits après la fermeture de l’usine.

    Chaque logement disposait d’un jardin de 80 à 120 m², fermé pour les Grandes Cités, avec tonneau de récupération d’eau de pluie et abri de jardin. Un règlement strict interdisait les démolitions, modifications, élevages d’animaux, et imposait des règles d’hygiène strictes. L’eau et l’électricité étaient concédées selon une redevance mensuelle.

    Les « Grandes Cités ». Nicolas Daum. 2014. Fonds Vos photos. (BML, P0732 049 00003).

    L’occupation des Grandes Cités par la Garde républicaine reste dans les mémoires : en 1936, la Direction de l’usine demande au Ministère de l’intérieur la protection du site. Le Ministère envoie le 4e escadron de la 6e légion de la Garde républicaine. Le chômage explose partout et 500 membres du personnel de la TASE sont licenciés, dont une centaine habitant les Grandes Cités. 160 logements sont attribués aux Gardes républicains, les officiers étant logés dans 4 villas de la rue Maxime Teyssier. La cohabitation, qui dura jusqu’en 1966, ne fut pas simple.

    Légion de garde républicaine mobile, Vaulx-en-Velin, 1938. Vos photos, projet RESPIRA.

    Les écoles

    A l’ouverture de l’usine, avec 900 personnes, l’école intercommunale des Brosses (Vaulx-en-Velin et Bron) ne peut accueillir tous les enfants et une classe mixte supplémentaire est créée. Mais elle ne suffit pas et Gillet fait construire en 1926 dans la cité une école communale mixte de 4 classes, qu’elle loue à la commune pour 1 franc symbolique, assurant par ailleurs le logement des enseignants et les fournitures scolaires. Cette école qui deviendra la Fontaine, est dédiée aux garçons quand l’école de filles de la Poudrette ou Jeanne d’Arc – en face de la Maison de famille Jeanne d’Arc - est construite en 1928. La Fontaine ferme en 1953, à l’ouverture de l’école communale Amboise Croizat, rue Salengro. L’ancienne école devient en 1954 un foyer avec une salle associative pour les immigrés d’Afrique du nord et les Portugais. Ecole et tènement sont cédés à la ville de Vaulx-en-Velin en 1977, qui subventionne la création de locaux associatifs et syndicaux, d’ateliers culturels. Après trois tentatives d’incendie, le bâtiment est démoli en 1996.

    En 1925, une garderie est créée pour les enfants des mères qui travaillent à la TASE, installée à la Boule en soie jusqu’en 1926.

    Vaulx-en-Velin (Rhône). Quartier de la Poudrette. L'école des garçons. S.d. Vos photos, projet RESPIRA.

    L’Hôtel Jeanne d’Arc

    La Maison de famille Jeanne d’Arc complète le dispositif de logements. Elle était placée sous la surveillance des Sœurs de Saint-Sauveur de Niederbronn (Alsace). Cet hôtel propose 300 chambres et des locaux collectifs (bibliothèque, salle de couture, chapelle…) destinés à des jeunes filles à partir de 13 ans, travaillant à la TASE et dont le domicile familial était éloigné. En fonction de leurs aptitudes, les jeunes filles étaient initiées au finissage de la soie (dévidage, moulinage, flottage). Les sorties étaient interdites, sauf pour celles relativement proches de leur famille, et le temps libre consacré à des cours ménagers et la confection des trousseaux. La paye des jeunes filles passait par les sœurs qui prélevaient la pension et constituaient pour chaque pensionnaire une réserve qu’elle touchait à son départ. L’Hôtel ferme en 1933, devient une caserne, puis un hôpital militaire en 1939, en 1940 l’Ecole Polytechnique se repliant versl’arrière. En 1945, le bâtiment est vendu à l’Ecole Normale Nationale d’Apprentissage de Lyon.

    L’Hôtel Jeanne d’Arc. Antoine Cusin, 2014. Fonds Vos photos. (BML, P0757 004 00001).

    En l’absence de salle d’eau, des bains-douches sont construits en face de l’entrée de l’usine, à côté de l’infirmerie.

    La chapelle Saint-Joseph de la Poudrette, en bois, accueille les fidèles jusque dans les années 1960. Elle fut démontée en 1967, et remplacée par l’église actuelle du même nom.

    L’actuelle église Saint-Joseph de la Poudrette. Nicolas Daum, 2015. Fonds vos photos.

    L’Union Sportive Vaulx, club omnisport subventionné par le Comité d’entreprise et la Direction de l’usine, eut une certaine notoriété. Jusque dans les années 1950, il a proposé : basketball féminin et masculin, football, culture physique, handball, ski, tennis. La Société bouliste La Boule en soie fondée en 1926, affiliée à la Fédération Nationale de Boulisme, occupa les locaux de l’actuel café-restaurant tenu par M. Larrivé dont le père travaillait à l’usine.

    Les colonies de vacances étaient organisées à la mer, la campagne ou la montagne. Par exemple en 1960, 189 enfants bénéficient de 5500 journées de plein air, dans les camps de la Voulte-Costebelle, aux Versous-Ardèche, en Haute-Loire (Monestier).

    Le projet urbain du Carré de Soie s’est beaucoup inspiré de la physionomie cet ensemble, qui, tout en ayant une activité industrielle, offrait des commerces et des lieux de détente à proximité des logements. La production de cette soie artificielle a également donné son nom au projet, marque de la volonté d’intégration de ce patrimoine dans le réaménagement des espaces industriels. En 2011, certaines parties de l’usine TASE ont été inscrites au titre des monuments historiques – les façades ouest et sud, les volumes du bâtiment, les grands bureaux en totalité, soit la partie est de l’aile conservée. Entretemps l’aile ouest avait été démolie. Aujourd’hui, le bâtiment de façade, l’aile est et peut-être les sheds, comme certaines associations l’espèrent, sont en passe d’accueillir de nouvelles activités économiques et culturelles.

    La Rhodiaceta, quasiment totalement détruite

    Société Rhodiaceta. Usine Acetate : ateliers des Conings. Editions Audin, s.d. Carte postale, projet RESPIRA.

    Usine Rhodiaceta de Lyon-Vaise (Rhône). Valentin Cuyl, 1960. Fonds Vos photos.

    Destruction de l'usine Rhodia Vaise. Jean-Marie Huron, 1987. Fonds Lyon Figaro.

    Brûlerie et chocolaterie Voisin, anciennement filature de soie artificielle dite la Rhodiaceta. Antoine Cusin, 2015. Fonds Vos photos.

    Société Rhodiaceta. Atelier d'ourdissage. Editions Audin, s.d. Carte postale, projet RESPIRA.

    Dès le milieu du 19e siècle et à la différence de Vaulx-en-Velin, le quartier de Vaise est déjà un quartier industriel, même si perdure des activités agricoles.

    Vestige agricole à Vaise, la Cressonnière. Un potager pédagogique y est géré par une association d’aide à l’insertion sociale d’adultes en difficulté (ADN Service). Ecolyo, 2010. Fonds Vos photos.

    Le site de la Rhodiaceta correspond d’ailleurs à l’ancien domaine de François Bini, dont il reste une villa de style florentin, et à la pépinière royale (Domaine de la Pépinière et du Faysant), passant de main en main jusqu’à sa vente par adjudication à la Société Brisac frères de Dijon qui la céda à la « Société pour la fabrication de la Soie Rhodanienne » en 1924. Les activités industrielles étaient favorisées par la présence de la Gare d’eau, creusée en 1828, une année après celle du quartier Perrache et qui sera comblée en 1967 lors de la construction du stade Boucaud. La construction du nouvel abattoir avait été acté en 1857, il fonctionnera jusqu’en 1924. A signaler aussi des tanneries qui disparaîtront en 1890, des brasseries, la chocolaterie Voisin en 1920, des ateliers métallurgiques, fonderies...

    Les Grands Moulins et la Gare d'eau de Vaise, Jules Sylvestre, [ca 1900]. Fonds Jules Sylvestre

    La Rhodiaceta dans les années 50. Valentin Cuyl, 1951 Fonds Vos photos, projet RESPIRA. (BML, P0980 001 00002).

    L’usine Rhodiaseta entra en production de fil d’acétate de cellulose en 1928, juste avant la crise qui s’abattit sur l’industrie textile (1929-1932), et particulièrement sur l’acétate, en concurrence avec la viscose, moins chère à fabriquer, plus facile à teindre. On licencia du personnel et on baissa les salaires de 10%. Afin d’apporter des solutions aux problèmes techniques rencontrés par les tisseurs d’acétate, l’usine installa un « Service d’Applications » dont la mission était de répondre aux questions des clients, et qui mena des expérimentations sur des métiers à tisser et à tricoter.

    La Rhodiaseta prit le nom de Rhodiaceta en 1934, pour effacer l’allusion à la soie (seta en latin). A partir de 1939, elle s’intéresse au nylon, dont les licences d’exploitation lui sont cédées par Dupont de Nemours. Le nylon sort des ateliers en 1941. Les premiers bas nylon sont commercialisés en 1945, suivis de toute une lingerie.

    Le déclin s’amorce à partir de 1963 : les brevets de fabrication du nylon et du tergal, monopole de la Rhodia en Europe, passent dans le domaine public et la concurrence se développe. Rhodiaceta rejoint Rhône-Poulenc Textile en 1970. La Rhodiaceta à Vaise sera elle aussi « victime » du Plan textile à la fin des années 1970, le groupe Rhône-Poulenc redéployant ses activités vers la chimie, l’industrie pharmaceutique et investissant à l’étranger. Les ateliers d’acétate ferment en 1971. La majeure partie des bâtiments finissent de tomber en 1987.

    Conflit social à la Rhodiaceta. Manifestation du 21 mars 1967. Georges Vermard, 1967. Fonds Georges Vermard (BML, P0702 B06 22 322 00013).

    L’histoire de l’usine est marquée par un conflit social particulièrement dur en 1967. Dans un contexte de baisse mondiale de la consommation de textiles artificiels et synthétiques, la Direction rend public un plan de licenciement de janvier 1967 à juillet 1968 (les effectifs s’élèvent alors à 6000) : non remplacement des départs normaux, de 500 à 600 départs à la retraite, 300 à 400 personnels en retraite anticipée ; d’autres mesures de juillet 1968 à fin 1969 doivent concerner 1100 emplois. S’ajoutent à ces 2 100 suppressions d’emploi une réduction d’horaires et une baisse des primes dramatiques pour les travailleurs. Des manifestations ont lieu dans le centre de Lyon et des incidents se produisent à l’intérieur de l’usine. 92 ouvriers reçoivent une lettre de licenciement, dont 70 militants de la CGT responsables des équipes 4 X 8, pour dégradation des biens de l’usine. Le travail reprend le 20 décembre.

    Conflit social à la Rhodiaceta. Table ronde avec les syndicats. Georges Vermard, 1967. Fonds Georges Vermard.

    A la différence de l’usine TASE, les logements dédiés aux employés de l’usine étaient majoritairement dans la périphérie de Vaise, Caluire, l’Arbresle : un petit immeuble au 57 rue Sergent Michel Berthet, des appartements dans les HLM au 27 quai Clémenceau, un logement pour les mères célibataires à Saint-Rambert.

    La Rhodia de Vaise a employé jusqu’à 7400 personnes. Une partie du personnel a été reclassée à l’usine de Saint-Fons

    Il reste peu d’éléments de l’ensemble Rhodiaceta :

    • Le centre de recherche de l’usine est occupé aujourd’hui par la société Fiducial au 38 rue Sergent Michel Berthet.
    • La fabrique de chocolat Voisin occupe un autre bâtiment de l’usine au 20 de la rue Johannes Masset.
    • Il subsiste des jardins ouvriers au 80, Montée de l’Observance.
    • Un volant de machine à vapeur installé dans la nouvelle rue Cassin.

    Démolition. Jean-Pierre Richard, 1987. Fonds Vos photos, projet RESPIRA. (BML, P0978 001 00005).

    Bibliographie sélective

    Sur l'histoire industrielle

    Sur la Tase

    Sur l’usine Rhodiaceta

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