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Bibliothèque municipale de Lyon | Ville de Lyon

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L’école lyonnaise de poésie

Dans la première moitié du XVIe siècle, Lyon est une ville cosmopolite qui rayonne culturellement et économiquement. Sa position géographique en fait le point de départ des expéditions vers l’Italie, tandis que ses quatre foires annuelles attirent des marchands de toutes nations. Cette situation favorise les échanges commerciaux et intellectuels, et les notables lyonnais se font volontiers mécènes. Lyon vit alors un âge doré auquel mettront fin les guerres de religion et la peste à partir de 1560.

L’influence italienne

C’est dans ce contexte qu’émerge un groupe de poètes marqué par des courants de pensée venus d’Italie. D’une part, la redécouverte de Platon – traduit et commenté par l’italien Marsile Ficin au XVe siècle – leur inspire une conception mystique de l’amour, sentiment menant à la connaissance et au bien. Ils admirent d’autre part Pétrarque, poète italien du XIVe siècle, auteur d’un Canzoniere dans lequel il chante son ardente passion pour Laure en utilisant pour la première fois la forme du sonnet. Maurice Scève, Pernette du Guillet et Louise Labé sont les représentants les plus importants de cette nouvelle école poétique.

Maurice Scève

Né entre 1501 et 1511 dans une riche famille, Maurice Scève est la figure centrale des poètes lyonnais. Sa première publication en 1535 est une traduction d’un roman espagnol paru à la fin du XVe siècle, écrit par Juan de Flores comme la suite d’une nouvelle italienne de Boccace (1). Peu après, il remporte un concours de blasons lancé par Clément Marot en écrivant le « Blason du sourcil ». Mais la gloire ne vient pour Maurice Scève qu’en 1544, lorsque parait Délie object de plus haulte vertu, recueil de dizains amoureux d’inspiration pétrarquiste et néo-platonicienne. Pour la première fois en France, les poèmes sont associés à des emblèmes, c’est-à-dire à des gravures comportant une inscription que le texte versifié se charge souvent d’éclairer. La Saulsaye, publiée en 1547, est un dialogue de bergers vantant la vie solitaire et les charmes de la nature. Le style humble de cette églogue rompt avec l’hermétisme de Délie. En 1548, Maurice Scève se fait poète officiel puisqu’il est chargé d’organiser les fêtes données à l’occasion de l’entrée d’Henri II à Lyon. L’usage étant alors de publier des livrets faisant le récit des entrées des souverains dans leurs villes, Maurice Scève en fait paraître un en 1549. Peu de temps avant de mourir, en 1562, il compose Microcosme, une épopée des progrès de l’humanité depuis la chute d’Adam.

(1) L’exemplaire de La Deplourable fin de Flamete de Maurice Scève conservé à la Bibliothèque Municipale de Lyon a une reliure en parchemin très serrée et très fragile, qui rend impossible toute numérisation correcte de l’ouvrage. Celui-ci peut néanmoins être consulté en salle du fonds ancien.

Plutôt seront Rhône et Saône disjoints,

Que d'avec toi mon cœur se désassemble :

Plutôt seront l'un et l'autre mont joints,

Qu'avecques nous aucun discord s'assemble :

Plutôt verrons et toi et moi ensemble

Le Rhône aller contremont lentement,

Saône monter très violentement,

Que ce mien feu, tant soit peu, diminue,

Ni que ma foi décroisse aucunement.

Car ferme amour sans eux est plus que nue.

(Maurice Scève, Délie, dizain XVII, orthographe modernisée)

Pernette du Guillet

Née en 1520 d’une famille noble, femme belle et cultivée, Pernette du Guillet fut à la fois disciple et inspiratrice de Maurice Scève. C’est en elle que la critique a pu reconnaître la Délie chantée par ce dernier. Pernette du Guillet meurt en 1545 et c’est Antoine du Moulin, travaillant alors pour l’imprimeur-libraire Jean de Tournes, qui publie de façon posthume les feuillets épars de la jeune femme. Son œuvre, centrée sur le thème de l’amour, associe de façon inédite et personnelle les influences italiennes du pétrarquisme et du néo-platonisme, avec les traditions françaises de l’amour courtois – hérité du Moyen-âge – et du badinage – ce ton léger, plaisant et spirituel propre à Clément Marot.

Par ce dizain clairement je m'accuse

De ne savoir tes vertus honorer,

Fors du vouloir, qui est bien maigre excuse :

Mais qui pourrait par écrit décorer

Ce qui de soi se peut faire adorer ?

Je ne dis pas, si j'avais ton pouvoir,

Qu'à m'acquitter ne fisse mon devoir,

À tout le moins du bien que tu m'avoues.

Prête-moi donc ton éloquent savoir

Pour te louer ainsi que tu me loues !

(Pernette du Guillet, Rymes, VI, orthographe modernisée)

Louise Labé

Celle que l’on surnomme la « Belle Cordière » naît entre 1516 et 1524 dans une famille d’artisans. Eduquée au couvent de la Déserte, alors situé dans l’actuel premier arrondissement de Lyon, elle apprend le latin et l’italien, et entre en contact avec les milieux humanistes. En 1554, Louise Labé rencontre Olivier de Magny, poète avec lequel elle engage un dialogue en vers semblable à celui de Maurice Scève avec Pernette du Guillet. Un an après, le 12 août 1555, paraissent ses Euvres chez Jean de Tournes. Elles comprennent une épître dédicatoire à Clémence de Bourges dans laquelle la poétesse valorise une amitié vertueuse, qui contraste avec l’érotisme développé ensuite dans les sonnets. Ceux-ci retracent – à la façon du Canzoniere de Pétrarque – un parcours amoureux, de la rencontre de l’être aimé au désespoir de ne pas être aimée en retour, et évoquent finalement le refuge que constitue l’écriture poétique où le désir peut s’exprimer librement. Figurent encore dans ces Euvres un conte mythologique burlesque, le Débat de Folie et d’Amour, ainsi que des élégies écrites à partir de modèles latins tel Ovide. La nouvelle Sappho, ainsi que son œuvre la présentait, s’éteint vers 1566 sans toutefois publier de nouveaux poèmes.

Baise m'encor, rebaise-moi et baise ;

Donne m'en un de tes plus savoureux,

Donne m'en un de tes plus amoureux :

Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j'apaise,

En t'en donnant dix autres doucereux.

Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,

Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.

Chacun en soi et son ami vivra.

Permets m'Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,

Et ne me puis donner contentement

Si hors de moi ne fais quelque saillie.

(Louise Labé, Euvres, sonnet XVIII, orthographe modernisée)

Une créature de papier ?

Un ouvrage récent de Mireille Huchon a relancé de façon polémique le débat récurrent sur l’existence réelle ou non d’une Louise Labé ayant écrit les Euvres qui portent son nom. Trois aspects majeurs de ce recueil invitent à reconsidérer l’identité réelle de l’auteur de ces poèmes amoureux, même si ce sont là des indices ou suspicions plutôt que les preuves avérées d’une supercherie littéraire :

- le contexte éditorial lyonnais du XVIe siècle fait la part belle à la plaisanterie et aux masques littéraires ;

- les différentes représentations de Louise Labé en courtisane et l’assimilation ultérieure de cette dernière à la « Belle Cordière », surnom d’une célèbre prostituée lyonnaise du XVIe siècle, appuient l’idée que toutes les louanges anonymes qui figurent à la fin des Euvres ne seraient qu’un jeu de la part de poètes facétieux ;

- de nombreuses intertextualités entre les poèmes de Louise Labé et des textes de collaborateurs de Jean de Tournes, dont Maurice Scève, laissent supposer que ce seraient ces derniers qui auraient écrit les Euvres, alors envisagées comme la parodie du pétrarquisme.

:: Voir Mireille Huchon, Louise Labé, une créature de papier, Genève, Droz, 2006.

:: Pour un résumé de l’ouvrage et du débat, voir l’article de Mary McKinley, « Louise Labé, "invention lyonnaise" et polémique internationale », Revue Critique, 737, octobre 2008 (« La France littéraire : légendes et histoires »), p. 748-754.

:: Voir le site de la Société Internationale pour l'Etude des Femmes de l'Ancien Régime, qui recense nombre d’articles publiés par les différents protagonistes du débat.

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