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    Un « trafalgar de couleur et de rigolade » à domicile. La collection d’affiches du mystérieux M. Legendre

    Dans une lettre datée du 19 mai 1908 adressée au maire de Lyon Edouard Herriot, le directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon Richard Cantinelli souligne l’importance du don effectué par M. Legendre, une fort belle et nombreuse collection d’affiches. La valeur marchande de ces affiches est encore, pour beaucoup d’entre elles, assez élevée, et il est telle lithographie de Carrière dont le prix ne pourra qu’augmenter d’année en année. Le bibliothécaire encourage par conséquent le premier magistrat de la ville à rédiger une lettre de remerciement à l’attention de M. Legendre.

    Le 2 rue Auguste-Comte, demeure d’Anthelme Legendre au moment de la donation

    Mais qui était M. Legendre ? De récentes recherches ont enfin pu établir l’identité précise de ce généreux donateur dont on a longtemps ignoré jusqu’au prénom [note]. Fils aîné d’un ancien notaire prénommé Charles Antoine (1827-1907) et de Catherine Françoise Anginieur (1830-1903), Anthelme Legendre (1863-1939) est qualifié de rentier par l’annuaire de Lyon au moment du don de sa collection. Résidant au 2, rue Auguste Comte dans le 2e arrondissement en compagnie de son père, il déménage peu après la mort de ce dernier, vraisemblablement au 34, quai de la Charité (actuel quai Gailleton). L’aisance financière due à la fortune paternelle lui a offert les moyens de former un bel ensemble de 724 pièces, ce qui s’apparente très honorablement à une collection moyenne de l’époque, estimée à 500-600 affiches par l’amateur anglais William S. Rogers dans son ouvrage A book of the poster.

    Malgré ces précieuses et récentes découvertes, Anthelme Legendre demeure un personnage mystérieux. Il est cependant possible de tenter d’en dresser un portrait en filigrane à travers sa collection.

    Un collectionneur au goût influencé par la critique

    D’un point de vue qualitatif, l’amateur lyonnais n’est pas en reste. Ne comportant aucune marque de provenance, les affiches de Legendre peuvent néanmoins être repérées dans le fonds de la BmL à leurs auteurs, dont un grand nombre est cité par Richard Cantinelli (Chéret, Steinlen, Toulouse-Lautrec, Bonnard, Grasset, Willette, Grün, Valloton, Georges de Feure, Dudley Hardy, Aubrey Beardsley, John Rhead, la série du Salon des Cent…) et leur date antérieure à 1908.

    La place de Chéret, le « roi de l’affiche » unanimement loué par les critiques spécialisés comme Octave Uzanne ou Jules Adeline, y est écrasante, avec 122 pièces. Ce nombre important doit cependant être considéré avec prudence car l’érudit et collectionneur Eugène Vial, futur conservateur du Musée Gadagne de Lyon et ami d’Anthelme Legendre, a lui-même fait don d’affiches de Jules Chéret à la Bibliothèque municipale de Lyon [note], sans qu’il soit pour autant possible de les distinguer de celles de son confrère en affichomanie. Aucune de ces pièces ne portent en effet de marques de provenance, et il nous faut regretter que ne nous soit pas parvenue de liste détaillée de ces dons. Vial donne seulement la liste, dans un cahier manuscrit, des affiches de Chéret qu’il garda en sa possession.

    Si l’on retranche toutefois des quelques mille trois cent affiches que compte actuellement la collection de la Bibliothèque municipale de Lyon, les pièces acquises lors de la constitution du Fonds de la Guerre de 1914-1918 ou ultérieurement par achats ou dons, on obtient à peu de chose près le noyau initial correspondant aux 724 pièces de Legendre citées par Cantinelli. Cette considération doit nous inciter à penser que le don Vial a dû être quantitativement mineur, et que la très grande majorité des affiches de Chéret conservées à la BmL provient de la collection Legendre, ce dernier devant sans doute être rattaché à la catégorie des « Chérolâtres », plaisamment évoquée par Uzanne en 1891.

    Cette collection reflète également la domiciliation provinciale de son propriétaire. Beaucoup d’affiches de spectacles parisiens dont la diffusion était cantonnée à la capitale en sont absentes, hormis celles, certes bien représentées, signées par les grands noms du genre.

    De manière générale, Anthelme Legendre semble accorder sa confiance à la critique quant à ses choix d’acquisition. Il ne possède ainsi aucune affiche d’Alfred Choubrac, illustrateur pourtant prolifique mais dont la réception dans la littérature spécialisée est plus que tiède. Il en va de même pour Mucha, qui divise l’opinion au tournant du siècle. Encensé par les uns, notamment la revue La Plume, il est voué aux gémonies par les autres, en particulier l’équipe de L’Estampe et l’Affiche. De fait, on ne retrouve qu’une affiche du maître tchèque dans la collection Legendre.

    Alphonse Mucha, Salon des Cent, 1896 (AffP0013)

    A la recherche de l’oiseau rare

    Legendre, comme ses confrères en affichomanie, semble succomber au plaisir de la quête de l’affiche rare comme en témoignent les cinq épreuves avant la lettre figurant dans sa collection. Elles correspondent à des tirages de la seule lithographie encore dépourvue du texte devant l’accompagner. Cet état intermédiaire, à valeur d’essai pour l’artiste et l’imprimeur, rare par nature dans la mesure où il n’en existait qu’un nombre fort réduit, excitait les convoitises des collectionneurs toujours prêts à acquérir un « merle blanc ». Ce nombre de cinq épreuves avant la lettre peut paraître peu élevé mais il faut le mettre en corrélation avec les prix du marché, qui eux ne l’étaient pas.

    Exemple d'épreuve avant la lettre. Georges de Feure, Thermes liégeois casino (AffM0093)

    Comme nombre d’affichomaniaques, Legendre s’intéresse aux grands noms de la lithographie, et particulièrement à Eugène Grasset. L’artiste ayant produit peu d’affiches, ces dernières étaient très recherchées des amateurs. Or, on dénombre dans la collection de notre amateur lyonnais pas moins de dix pièces de la main du maître, chiffre plus qu’honorable, surtout quand on y trouve deux affiches ardemment convoitées par les affichomaniaques de l’époque.

    La Jeanne d’Arc de Grasset que possède Legendre est en effet un objet de désir pour tout collectionneur averti. Commandée en 1889 au peintre suisse que Sarah Bernhardt admirait particulièrement, une première version est livrée l’année suivante, figurant un portrait en pied du personnage principal. L’ombrageuse actrice ne s’y trouvant guère à son avantage, elle demande alors à Grasset de retoucher son visage, ce qui est fait dans une seconde version aux traits plus idéalisés, correspondant davantage à la représentation classique de l’héroïne d’Orléans. Plusieurs exemplaires de la première version ont cependant été imprimés et vont devenir un objet de convoitises pour tous les amateurs d’affiches. Le critique Jules Adeline, revenant sur cette anecdote, ne peut qu’attiser l’engouement des amateurs et chasseurs de rareté : Existe-t-il des épreuves de premier état avec la première tête ? En tout cas, elles nous sont inconnues, mais à coup sûr elles doivent être bien peu nombreuses. C’est pourtant un exemplaire de ce tirage rare que Legendre parvient à se procurer. A noter que le second état, officiel et plus commun, ne figure pas dans la collection de l’amateur lyonnais, comme s’il s’en était désintéressé.

    Deuxième état de l'affiche d'Eugène Grasset, Jeanne d'Arc, 1894 (BnF, ENT DN-1 (GRASSET,Eugène/1)-ROUL)

    Premier état de l'affiche d'Eugène Grasset, Jeanne d'Arc, [1890] (BmL, AffM0110)

    Legendre parvient également à acquérir une autre lithographie créée en 1887 pour la Librairie Romantique de Monnier, devenue elle aussi un ardent objet de convoitise dans les dernières années du siècle finissant. Après la disparition de la librairie Monnier, survenue peu de temps après la conception de l’affiche, les exemplaires disponibles sont mis au pilon, provoquant un phénomène de rareté accentué par l’engouement dû à la beauté de la lithographie. Sa cote chez les marchands spécialisés passe ainsi de trois francs en 1891 à une quinzaine en 1896, somme alors considérable à l’époque. Le marchand parisien Edmond Sagot, commercialement intéressé par la promotion de l'œuvre, n’hésite pas à voir en elle un des chefs-d’œuvre de l’affiche contemporaine et la pièce maîtresse de Grasset, justifiant ainsi les prix du marché et... les folles dépenses des affichomaniaques.

    Eugène Grasset, Librairie romantique, [1887] (AffG0027)

    On trouve également dans la collection Legendre Chimères et grimaces, signée par Georges de Feure, annonçant un recueil de chansons de Xavier Privas accompagné de lithographies qui ne semble quant à lui ne jamais avoir vu le jour. L’affiche est signalée comme étant extrêmement rare par Ian Millman, l’un des spécialistes de l’œuvre de l’artiste symboliste.

    Georges de Feure, Chimères et grimaces, 1897 (AffM0090)

    Il convient enfin de signaler la présence dans la collection Legendre d’une affiche particulièrement prisée des amateurs : Moulin Rouge la Goulue de Toulouse-Lautrec, qui atteint sur le marché le prix exorbitant de vingt-cinq franc en 1896, contre deux à cinq francs en moyenne pour une affiche. La lithographie possédée par Legendre correspond à l’état B, avec le « M » et la mention « Bal » incomplets dans la bordure supérieure, décrit comme de toute rareté par Wolfgang Wittrock dans son catalogue complet des estampes de Toulouse-Lautrec (t. II, p. 756), lequel ne cite que quatre autres exemplaires connus en collection publique (en 1985).

    Henri de Toulouse-Lautrec, La Goulue, 1891 (AffG0042)

    En examinant attentivement l’affiche, on s’aperçoit qu’elle se compose très probablement de deux parties haute et basse provenant d’exemplaires différents coupés au niveau du milieu. En témoignent les différences de couleurs du papier, notamment dans la bordure et le jupon de la Goulue. Ce dernier avait été laissé blanc, en réserve, par Lautrec, qui comptait sur la couleur du papier de l’affiche pour attirer le regard du spectateur sur la danseuse et son mouvement en jouant d’un effet de lumière. Malgré ses nombreuses lacunes restaurées et sa nature sans doute composite, cet exemplaire achève de dresser le portrait d’un amateur averti, parfaitement au fait des désirs et convoitises partagés par ses homologues, et se donnant les moyens de les assouvir.

    Des modes d’acquisition variés

    L’étude des modes d’acquisition pratiqués par Legendre permet d’établir ses liens avec le marché parisien de l’affiche de collection. Douze affiches ont été achetées, comme en témoigne la présence de son cachet, chez le célèbre marchand spécialisé Edmond Sagot, évoqué quelques lignes plus haut. Très en estime auprès des meilleurs connaisseurs du temps, pionnier du marché de l’affiche, Sagot fait figure d’expert auquel s’en remettent de nombreux collectionneurs en quête d’une pièce introuvable ou de conseils de conservation. On retrouve parmi eux la fine fleur des amateurs, comme Georges Pochet, à l’origine du fonds d’affiches du Musée des Arts décoratifs de Paris, ou Gustave Dutailly, qui fit don de sa collection à la ville de Chaumont. Sagot est suffisamment célèbre dans le milieu de l’affiche pour commander à Jules Chéret, Gustave Marie ou Félix Vallotton des affiches, catalogues et cartes-adresse afin de promouvoir son activité. Legendre s’est ainsi procuré une belle lithographie à la manière de sanguine réalisée par Helleu pour le marchand parisien.

    Paul-César Helleu, Ed. Sagot, estampes & affiches illustrées, 1898 (AffM0122)

    Les prix souvent élevés demandés par Sagot, ainsi que la rareté de certaines de ses pièces, témoignent de l’aisance financière de Legendre et de sa capacité à la mettre au service de sa passion. Parmi ses autres sources d’acquisition parisiennes figurent le grand rival de Sagot, A. Arnould, ainsi que Pierre Duffau, marchand d’art installé Galerie Vivienne, comme en font foi leurs cachets respectifs.

    Cachet de Pierre Dufau sur Charles Lapierre, Emilienne de Sére, 1890-1900 (AffM0125)

    Cachet d'A. Arnould sur William Bradley, The Chap-book, 1895 (AffP0047)

    Plus surprenantes sont les soixante-neuf affiches timbrées, parmi lesquelles une grande majorité de Chéret, ainsi que quelques Lautrec. La présence du timbre fiscal République française prouve qu’elles ont été placardées - ou du moins auraient-elles dû l’être - sur la voie publique avant d’être illégalement décollées. Certains collectionneurs n’hésitaient pas à recourir à ce mode d’acquisition inavouable pouvant engager leur responsabilité en matière de recel. Ils faisaient appel aux colleurs d’affiches ou allaient eux-mêmes se servir sur les murs aussitôt l’affiche apposée. Dans ce cas, il était en effet nécessaire d’intervenir tant que la colle n’était pas sèche pour ne pas risquer de déchirer le papier morceau par morceau. La pluie, en détrempant les placards, pouvait également devenir un précieux auxiliaire et fournissait à certains amateurs l’occasion de chasses nocturnes. Sa collection comptant soixante-neuf affiches de ce type, Legendre ne pouvait en ignorer la provenance douteuse. Sans doute était-ce là un moyen de se procurer à un prix moins élevé que celui du marché des pièces comptant parmi les plus rares. C’est le cas de La Goulue évoquée plus haut.

    Eugène Vial, collectionneur et ami de Legendre comme nous l’avons évoqué plus haut, s’approvisionnait entre autres par l’entremise de son ami Paul Mariéton, qui avait chargé le concierge de son immeuble parisien, un certain Léon, d’obtenir les lithographies convoitées auprès de l’afficheur opérant dans sa rue [note].

    Il est difficile d’imaginer le digne M. Legendre pratiquer lui-même et nuitamment le décollage d’affiches à la sauvette, et sans doute en faisait-il l’acquisition d’une manière analogue ou auprès de marchands peu scrupuleux chargeant quelques colleurs d’affiches de les récupérer sitôt apposées sur les palissades. Edmond Sagot lui-même, dont la réputation de probité générale ne semble pourtant pas devoir être remise en cause, lui avait procuré une affiche préalablement placardée, ou qui aurait dû l’être, et dont le timbre fiscal s’accompagne du cachet du marchand.

    Richard Riemerschmid, Exposition bavaroise, Nuremberg, 1896 (AffM0176)

    Cachet sur Jules-Alexandre Grün, La Boîte à Fursy, 1899 (AffM0120)

    Enfin, la présence dans la collection Legendre d’une affiche de Jules-Alexandre Grün, La boîte à Fursy, ne manque pas de faire sourire. Dans le coin droit en bas figure en effet un cachet directement lithographié mettant en garde les amateurs : Si ce cachet n’est pas en blanc cette affiche ne peut être ni DONNÉE ni VENDUE. Son possesseur sera poursuivi comme receleur.

    Jules-Alexandre Grün, La Boîte à Fursy, 1899 (AffM0120)

    De fait, ce genre d’avertissement ne faisait qu’attiser la convoitise des affichomaniaques car on retrouve ces pièces dans toutes les grandes collections de l’époque, comme celles de Georges Pochet ou de Gustave Dutailly, et en ce qui nous concerne, celle de Legendre.

    Toujours est-il que ces affiches, pour « mal acquises » qu’elles furent, se sont transformées en bien public et patrimonial permettant leur conservation et transmission, destin de loin préférable à celui qui leur était initialement promis.

    Une volonté de valorisation de la collection

    Legendre prête en 1897 une partie de sa collection pour une exposition organisée dans un grand atelier lyonnais par un groupe de jeunes amateurs nommé les « Essayistes ». On ne sait que peu de choses sur cette manifestation, pour laquelle 350 affiches sont prêtées par Legendre et Eugène Vial. Le catalogue initialement prévu ne verra malheureusement jamais le jour.

    Au-delà de cette exposition pour laquelle les pièces de Legendre avaient été sollicitées par les Essayistes, la libéralité de 1908 envers la ville de Lyon témoigne du souci du collectionneur de transmettre à la postérité un ensemble d’affiches remarquablement représentatif de la diversité des talents de l’époque.

    Il faudra cependant attendre l’année 2001 pour que soit catalogué le don Legendre, qui constitue le noyau fondateur de la collection d’affiches de la BmL, poursuivie ensuite par le Fonds de la Guerre et des acquisitions ultérieures, composées de dons et achats.

    Les affiches libres de droit d’auteur ont été numérisées dans le même temps et publiées dans la base numérisée Affiches, parmi les premières ressources numériques de la BmL. Elles sont désormais visibles dans Numelyo, accompagnées de leur notice et, pour un grand nombre d’entre elles, d’un commentaire replaçant l’oeuvre dans son contexte de création.

    Plus de cent ans après, ce don contribue à mettre en lumière ces œuvres ayant fait des trottoirs un musée en plein air.

    Jules Sylvestre (1859-1936), [Maison au Port-Sablé], [ca 1901] (P0546 S 88)

    Paul Signac, Sur l'émail d'un fond rythmique de mesures et d'angles, de tons et de teintes, Portrait de M. Félix Fénéon en 1890, Opus 217, 1890, New York, Museum of Modern art.

    © 2016 Artists Rights Society (ARS), New York / ADAGP, Paris

    Pour achever en couleurs ce parcours qui n’en est pas dénué, laissons la parole à Félix Fénéon, collectionneur, critique d’art anarchiste et dandy fin-de-siècle. Tout en singeant la gouaille des faubourgs, il laisse dans Le Père peinard du 30 avril 1893 un savoureux hommage aux affiches et à leurs amateurs dont Legendre faisait partie.

    J’ai pas ça à la bonne, - faire le jacques dans les salles d’exposition et se foutre des torticolis à force de zyeuter du linge sale dans des cadres d’or. Au lieu de ces couillonneries, on est dans la rue […] on reluque les affiches […] coloriées. Ça fait une exposition en plein air, tout le long de l’année et tout le long du chemin. […] et c’est de l’art, nom de dieu, et du plus chouette, du mélangé à la vie, de l’art sans mic-macs épateurs et à la portée des bons bougres. […] Un qui a un nom de dieu de culot, mille polochons, c'est Lautrec [...] Y en a pas deux comme lui pour piger la trombine des capitalos gagas attablés avec des filasses à la coule qui leur lèchent le museau pour les faire carmer. [...] C'est épatant de volonté, de toupet et de rosserie, et ça en bouche un coin aux gourdiflots qui voudraient becqueter rien que de la pâte de guimauve. [...] Et puis, j’ai une idée de derrière la caboche que je vais vous soumettre illico. Ces affiches sont chouettes... pourquoi ne pas s'en appuyer [sic] de temps en temps ? Quand elles sont en place depuis peu, ou quand il tombe de la lance [...] il y a mèche de les décoller, bon dieu... mais attention aux flics... Un Lautrec ou un Chéret à domicile, c'est ça qui éclaire, mille dieux ! ça fout dans la turne un trafalgar de couleur et de rigolade. Donc, à bon marché, on peut se procurer de la peinture plus hurf [sic] que les croûtes au jus de réglisse qui font la jubilation des trous du cul de la haute. Et maintenant, foutre ! Allons voir sur le zinc d'en face, la couleur d'une chopotte de picolo.

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    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Gérald Andres, Un « trafalgar de couleur et de rigolade » à domicile. La collection d’affiches du mystérieux M. Legendre, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2016-11-08T16:05:10Z, modifié le 2017-11-17T13:31:33Z, consulté le 2017-12-12 19:12:02. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001legendre

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