Le cheval en images / Piédestal des élites - Le cheval en images / Piédestal des élites - numelyo - bibliothèque numérique de Lyon
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    Le cheval en images / Piédestal des élites

    Retour au dossier Le cheval en images

    Livres anciens et gravures de la Bibliothèque municipale de Lyon disent combien, dans le monde occidental, le cheval est associé au pouvoir. En dépit de leur grande hétérogénéité, les estampes réunies dans ce dossier ont un point commun : toutes convient l’animal à seule fin de valoriser l’homme. Sur bois, sur cuivre ou sur pierre, au Moyen Âge ou au Second Empire, il est question de pouvoir politique, de domination des passions et de suprématie sociale.

    S’il est une chose universelle, ce doit être le sentiment de supériorité teinté de puissance éprouvé par tout homme juché sur un cheval. Le plus humble des caractères ne peut échapper à cette hauteur sur le monde que confère l’état de cavalier. Le christianisme l’avait bien compris, qui a cherché à compenser cette position par la modestie de la monture : l’âne, plutôt que le cheval, transporte Christ et saints en les préservant de la vanité. C’est que l’orgueil semble inévitablement attaché à l’animal dont la « conquête », pour reprendre le terme de Buffon, fait figure de défi sans cesse renouvelé. Le cheval, volontiers qualifié de « noble », est ainsi un instrument de valorisation et de distinction d’autant plus efficace qu’il est élégant, racé, impétueux ou tout au contraire, au bout du compte, parfaitement soumis. En ce sens, la représentation équestre est chargée d’un discours éminemment politique et social qui convoque les notions de domination, de prestige, de luxe… Toutes choses qui, en définitive, expriment le pouvoir.

    Le roi cavalier : représentation et exercice du pouvoir

    Le portrait équestre se trouve à la croisée de l’art et de la politique. Loin d’être une invention de l’époque moderne, ce genre s’inscrit dans une filiation prestigieuse où l’on retrouve les modèles gréco-romains d’Alexandre le Grand et de Marc-Aurèle. L’un est le cavalier tutélaire du célèbre Bucéphale, l’autre chevauche pour l’éternité une monture de bronze sur la place du Capitole ; tous deux sont des figures impériales de grande envergure. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’ils soient des sources d’inspiration privilégiées pour les seigneurs européens de la Renaissance.

    Si la formule n’est pas nouvelle, la France lui offre une deuxième naissance à l’âge classique : le XVIIe siècle la perfectionne et la généralise à un point tel que l’on peut considérer la période comme l’apogée de la représentation équestre comme manifestation de pouvoir. Ce dessein est particulièrement sensible dans deux domaines : la statuaire et la médaille. Ces deux arts ont pour point commun leur publicité ; la statue est faite pour tous les regards et la médaille circule. Par essence, ces œuvres sont politiques. Le message qu’elles délivrent est celui d’un régime monarchique qui s’impose dans l’espace, s’inscrit dans le temps, s’affirme aux yeux de tous. Il s’agit de célébrer et de sacraliser la personne royale, qui ajoute aux vertus aristocratiques la puissance du législateur. Le roi cavalier est à la fois un chef de guerre et l’autorité d’où émane le bon gouvernement.

    La statue équestre donne à comprendre ces notions abstraites en les traduisant en impressions : monumentalité, solennité, centralité. C’est à Marie de Médicis que revient l’initiative d’avoir fait sortir l’effigie royale des résidences princières pour investir l’espace public français lorsqu’elle fit ériger la statue de son époux Henri IV sur le Pont-Neuf, en plein cœur de Paris.

    Israël Silvestre, La statue de Henry IV et l’Isle du Palais, eau-forte, XVIIe siècle (BmL, F17SIL004163)

    Commandée par Marie de Médicis dès 1604 ou 1605, la statue d’Henri IV ne fut inaugurée qu’en 1614, soit plusieurs années après la mort de ce dernier. Louis XIII fut le premier roi de France à voir son effigie équestre érigée de son vivant, en 1639 sur la place Royale.

    Il fallut néanmoins attendre le règne de Louis XIV pour que le phénomène connaisse une ampleur sans précédent ; les artistes français s’emparèrent alors d’un art qui était, dans un premier temps, resté très italien. Ils devinrent surtout les ouvriers de sa généralisation, à la faveur d’une politique savamment orchestrée par des ministres conscients de l’impact de ces représentations équestres. C’est ainsi qu’après les villes de Grenoble, de Toulouse et de Marseille, qu’à la suite des états provinciaux de Bretagne et du Languedoc, les consuls de Lyon décidèrent à leur tour, en 1686, l’érection d’une statue équestre « à la gloire de Louis le Grand ».

    A. Leclerc, Dessein géométral de la machine qui a servi pour l’élévation et le placement de la statue équestre du Roy sur le noyau de son pied destal (…), eau-forte et burin, après 1713 (BmL, Coste 548)

    Jean et Benoît I Audran, Monument à la gloire de Louis le Grand, burin et eau-forte, première moitié du XVIIIe siècle (BmL, F17AUD004967)

    Décidée en 1686, la réalisation de cette statue de Louis XIV fut confiée, à l’instar de celle qui venait tout juste d’être inaugurée place des Victoires à Paris, à Martin Van den Bogaert - un Hollandais autrement connu sous le patronyme Desjardins qui travailla sous les directives de Jules Hardouin-Mansart. Rapidement exécutée et fondue, la statue ne fut pourtant pas érigée avant 1713. Il avait certes fallu la transporter par mer depuis Paris, via Rouen et Toulon, ce qui prit un an. Il semblerait surtout que l’on ait attendu un apaisement des difficultés de la fin du règne. De fait, l’heure n’était plus, comme au tournant de l’année 1685, à la glorification d’un roi au faîte de sa puissance. La paix d’Utrecht permit de renouer avec un certain esprit de célébration et d’inaugurer solennellement le monument. Celui-ci fut détruit en 1792, mais non sans avoir au préalable servi de modèle à de multiples manifestations d’un genre désormais parfaitement répandu et familier.

    L’art de la médaille, peut-être encore davantage que la statuaire, célèbre le pouvoir. Par nature, il évoque le droit seigneurial puis régalien de frapper monnaie. De fait, des caractéristiques formelles très semblables rapprochent les deux domaines. Une différence fondamentale les distingue toutefois : longtemps, et contrairement à la monnaie, la médaille est restée libre. C’est avec Louis XIV qu’elle tend à devenir un monopole royal – dans les faits, sinon en droit. La création, en 1663, de ce qui deviendra en 1701 l’« Académie royale des inscriptions et médailles » témoigne de ce passage à un art officiel. L’institution préside à la composition des devises accompagnant les grands épisodes militaires, culturels et politiques coulés dans le métal. Ce faisant, elle travaille pour la gloire du roi et à sa postérité. Là encore, l’innovation résidait essentiellement dans la généralisation programmée : les médailles n’étaient plus des objets esthétiques isolés mais devaient au contraire former une « histoire métallique ». L’effet apologétique est manifeste, et il fut encore accentué par la décision de publier cette imagerie sous la forme d’un recueil imprimé et commenté : les Medailles sur les principaux evenements du regne de Louis le Grand. Il s’agit là de la seconde distinction notable entre médailles et monnaies : alors que ces dernières sont définies par leur valeur d’échange, les premières ont une visée purement commémorative, aux vertus propagandistes non dissimulées. L’entreprise s’inscrivit dans un schéma très traditionnel : l’avers des médailles porte une effigie du roi, tandis que des scènes allégoriques ornent le revers.

    Sébastien Leclerc (1637-1714), La libéralité du roi en ses voyages, eau-forte, début du XVIIIe siècle (BmL, F17LEC005900)

    Sébastien Leclerc (1637-1714), Prise de Dole, eau-forte, début du XVIIIe siècle (BmL, F17LEC005898)

    Ainsi que l’indique la devise latine, ce motif de médaille gravé par Sébastien Leclerc illustre la seconde prise de Dole (1674). Celle-ci fait suite à une première conquête provisoire de la ville (1668) et précède le rattachement définitif de la Franche-Comté au royaume de France consacré par le traité de Nimègue en 1678. Louis XIV, bâton de commandement et couronne en main, y figure en pleine puissance. Le cheval, monté d’une main légère et pourtant docilement rassemblé dans l’allure du passage, la tête canoniquement placée (chanfrein à la verticale), sert à mettre en exergue le parfait contrôle exercé par son royal cavalier. Vêtu à la romaine, ce dernier s’inscrit en toute conscience dans la filiation impériale. Il n’est pas anodin de remarquer à ce sujet que le caractère typographique qui fut spécifiquement inventé pour l’édition des Médailles sur les principaux evenements du regne de Louis Le Grand fut nommé le « romain du roi ». Quoique de grande qualité, cette estampe n’est intégrée à aucune des éditions de l’ouvrage ; l’épisode y est décrit sous les mêmes traits, mais d’une autre main. La médaille qui illustre la générosité d’un Louis XIV suivant à cheval une allégorie de l’abondance, se vit réserver un sort identique.

    Académie royale des Inscriptions et Médailles, Medailles sur les principaux evenements du regne de Louis le Grand avec des explications historiques, Paris, 1702 (BmL, Rés 22027)

    Académie royale des Inscriptions et Médailles, Medailles sur les principaux evenements du regne de Louis le Grand avec des explications historiques, Paris, 1702 (BmL, Rés 22027)


    Ces deux médailles furent celles retenues pour la première édition des Medailles sur les principaux evenements du regne de Louis le Grand, un luxueux in plano ayant vu le jour en 1702 après des années de minutieuse préparation. Il fut suivi quelques mois plus tard d’une édition plus modeste au format in quarto et, en 1723, d’une seconde édition corrigée.

    Jean Picart (actif à Paris entre 1620 et 1670), Portrait de Louis XIII à cheval, burin, vers 1630 (BmL, Boite portraits Louis)

    Jacques Callot (1592-1635), Portrait du prince de Phalsbourg, eau-forte, 1624 (BmL, F17CAL002402)

    La figure du roi cavalier s’est imposée comme un motif et, comme tel, a donné naissance à des conventions de représentation : le répertoire des attitudes était assez restreint, pour ne pas dire figé. L’imitation de certains modèles, a fortiori leur copie fidèle, permet de mieux comprendre les jeux de filiation et d’émulation à l’œuvre non seulement chez les artistes mais également parmi les grands personnages qu’ils immortalisent. Deux estampes de la collection permettent d’ailleurs de constater qu’il n’existe pas de barrière infranchissable entre le roi d’une part et les autres puissants d’autre part. Tous se trouvent aux prises avec la même notion de pouvoir ; leur position dans le portrait équestre est donc ressemblante au même titre que leur position dans la société présente des similitudes. Louis XIII et sa monture gravés par Jean Picart vers 1630 apparaissent ainsi comme une exacte citation de la gravure de Jacques Callot dépeignant le prince de Phalsbourg à cheval (voir le dossier Le roi et le prince : copies cavalières dans la collection d’estampes).

    Lithographie d’après Denis-Auguste-Marie Raffet (1804-1860), 1793 (BmL, F19RAF009977)

    Les principes de la Révolution ne pouvaient que difficilement s’accommoder des codes du portrait équestre dont la fonction était précisément de symboliser une hiérarchie. L’épopée se passe pourtant difficilement du cheval et on ressentit le besoin de faire figurer le précieux animal aux côtés de ce représentant du peuple. Ainsi, on empruntait à la tradition l’attribut équin comme instrument de valorisation mais on introduisait une différence notable : il n’est plus question de roi cavalier, le républicain est descendu de sa monture. Car l’égalité va à pied.

    Raison cavalière

    Les allures toutes en mouvement, situées quelque part entre le cabré et le galop, n’ont jamais complètement disparu de l’iconographie. Que l’on songe au Napoléon franchissant le Grand-Saint-Bernard par Jacques-Louis David ! Le dynamisme de ces représentations suggère la fougue du cheval et présente donc le grand mérite de donner à voir l’habileté de l’homme qui chevauche. Ces attitudes furent pourtant concurrencées par un autre registre : souvent, on leur préféra l’expression d’une parfaite maîtrise et l’harmonie se dégageant d’un couple dont la monture est parfaitement soumise (« mise », tout simplement, dans le jargon cavalier).

    Eau-forte d’après Harguiniez (1738 ?-18.. ?) en illustration de : Dupaty de Clam, La science et l’art de l’équitation démontrés d’après la nature, Paris, 1776, planche VI (BmL, 150056)

    Les moyens diffèrent mais le message est le même : il évoque le pouvoir de l’Homme en général, et de l’homme portraituré en particulier, sur les êtres et les choses. On touche là à l’essence politique de l’équitation, ce que Paul Morand exprime à la perfection lorsqu’il écrit :

    « L’assiette du cavalier, faite de fixité et de liant, est l’image même de l’idéal politique, c’est-à-dire une domination d’autrui qui commence par la maîtrise de soi ».

    Paul Morand, Anthologie de la littérature équestre, Paris, 1966, p. 10 (BmL, B 009137)

    La formule, loin d’être une simple métaphore, révèle l’un des ressorts profonds de la relation entre l’homme et le cheval : fondée sur la rencontre entre deux volontés, elle fait jaillir la notion d’autorité. Elle confronte le cavalier à l’exercice du pouvoir, et aux limites de ce pouvoir. La raison pour laquelle l’équitation se devait de prendre une grande part dans l’éducation d’un prince réside dans ces vertus initiatiques. Les gouverneurs ne s’y sont pas trompés qui, tel le duc de Montausier pour le Grand Dauphin, accordaient à cet apprentissage une place de premier plan :

    « Un ancien philosophe disait que, de toutes les choses qu’on enseignait aux enfants des rois, ils n’apprenaient rien de mieux que de monter à cheval ; parce qu’ils voulaient y réussir, il fallait qu’ils s’y attachassent : les chevaux n’étant ni flatteurs ni complaisants, ils jettent un prince à terre aussi rudement qu’un palefrenier »

    Epître de Montausier au Dauphin, cité dans Charles Dreyss, Mémoires de Louis XIV pour l’instruction du Dauphin, 1860, t. I, p. ccvii (BmL, SJ IF 238/11)

    Gravure anonyme d’après une estampe de Léonard Gaultier (1561?-1635?) publiée en 1610, Portrait de Louis XIII à cheval, burin (BmL, Boite portraits Louis)

    Le meilleur témoignage que l’on puisse avoir de cet enseignement nous est fourni par la vie et l’œuvre de l’écuyer Antoine de Pluvinel, sous-gouverneur du futur Louis XIII après avoir servi Henri III et Henri IV. Formé en Italie, notamment à Naples, il fonda à Paris la première académie d’équitation où la jeunesse noble venait apprendre non seulement l’art du manège mais aussi la danse, les mathématiques, le dessin, la musique… Dans le Maneige royal, publié à titre posthume en 1623, la démonstration gravée le dispute à la leçon équestre. C’est en effet à l’artiste Crispijn de Passe que l’on doit la parution de ce chef d’œuvre resté inachevé à la mort de Pluvinel. Jugeant toutefois que les préceptes du maître avaient été trahis par un texte approximatif, René Menou de Charnizay, disciple et ami de Pluvinel, en publia dès 1625 une seconde édition fortement remaniée sous le titre Instruction du Roy en l’exercice de monter à cheval.

    Gravure au burin par Crispijn de Passe (1593-1670) en illustration de : Antoine de Pluvinel, Maneige royal, Paris, 1623 (BmL, Rés 31118)

    Gravure au burin par Crispijn de Passe (1593-1670) en illustration de : Antoine de Pluvinel, Maneige royal, Paris, 1623 (BmL, Rés 31118)

    Dans cette estampe peu conventionnelle représentant un moment éloigné de l’apparat, Cripijn de Passe offre une incursion dans le quotidien du futur roi Louis XIII. L’encadrement gravé, avec ses empreintes de sabots, participe grandement de ce point de vue privilégié : tandis que Pluvinel met le pied à l’étrier au monarque – quel symbole – le spectateur se trouve dans le sable du manège, intégré à la scène, de plain-pied avec les protagonistes.

    Theodorus van Kessel (1620?-16..) d’après Abraham van Diepenbeeck (1596-1675), eau-forte, vers 1657. Quinzième planche illustrant : William Cavendish, duc de Newcastle (1592-1676), Méthode et invention nouvelle pour dresser les chevaux, Londres, 1737 (BmL, Rés 30955)

    Ainsi, l’équitation guide l’apprentissage de l’autorité pour les jeunes garçons appelés à régner. Plus généralement, elle se doit d’intégrer l’éducation de tout honnête homme car elle symbolise la domination des passions. Parce qu’il met en présence la raison humaine et la sensibilité équine, faite d’émotivité et d’impulsivité, l’art équestre peut apparaître comme une victoire de la culture sur la nature. Fragile, ce succès doit se renouveler à chaque instant et constitue une vibrante métaphore pour le jeune cavalier. Croupades, cabrioles et pirouettes n’ont d’autre intérêt que de présenter une force brute magnifiée par la main de l’homme, une puissance sauvage savamment canalisée par le génie humain.

    Stefano Della Bella (1610-1664), Divers exercices de cavalerie, eau-forte, 1642 (BmL, I17DEL009214)

    Les airs relevés sont emblématiques d’une équitation savante telle qu’elle fut codifiée à partir de la Renaissance. Ils nous sont parvenus inchangés et rien ne distingue la levade et la cabriole figurées sur cette estampe du XVIIe siècle des exercices de Haute Ecole qui peuvent être observés aujourd’hui à Saumur, Vienne ou Jérez.

    William Cavendish, duc de Newcastle (1592-1676), Méthode et invention nouvelle pour dresser les chevaux, Londres, 1737 (BmL, Rés 30955)

    Gravure sur bois illustrant : Cesare Fiaschi, Traicte de la maniere de bien embrider, manier, et ferrer les chevaux…, Paris, 1564 (BmL, Rés 317380)

    Planche au burin non signée, peut-être de la main de Jacob Heyden (1573-1645), illustrant : Pierre de La Noüe (15..-16..), La Cavalerie françoise et italienne ou l’art de bien dresser les chevaux…, Lyon, 1620, p. 73 (BmL, 158140)

    Planche au burin non signée, peut-être de la main de Jacob Heyden (1573-1645), illustrant : Pierre de La Noüe (15..-16..), La Cavalerie françoise et italienne ou l’art de bien dresser les chevaux…, Lyon, 1620, p. 49 (BmL, 158140)

    C’est ainsi que l’on aboutit à un art paradoxal, qui force à la modestie autant qu’il pousse à l’hybris. Avec le grand seigneur et célèbre écuyer Guillaume Cavendish, marquis puis duc de Newcastle, foin d’humilité ! Celui-ci n’hésite pas à illustrer sa Méthode et invention nouvelle pour dresser les chevaux d’une planche où le règne des équidés, en une position fort peu académique, rend hommage à sa gloire. Il se fait ainsi représenter en une véritable apothéose, accompagné de vers non moins flatteurs :

    « Il monte avec la main, les éperons, et gaule / le Cheval de pegase qui volle en capriole ; / Il monte si haut qu’il touche de sa teste les Cieux / Et par ses merveilles ravit en extases les Dieux. / Les Chevaux corruptibles qui là bas sur terre sont / En Courbettes, demi-airs, terre à terre vont / Avec humilité, soumission et bassesse, / l’adorer comme Dieu, et auteur de leur adresse »

    Peeter Clouwet (1629-1670) d’après Abraham van Diepenbeeck (1596-1675), burin et eau-forte, vers 1657. Quatrième planche illustrant : William Cavendish, duc de Newcastle (1592-1676), Méthode et invention nouvelle pour dresser les chevaux, Londres, 1737 (BmL, Rés 30955)

    Plus encore que dans le sable des manèges, le dessein qui vise à soumettre le cheval aux lois de la raison apparaît de manière éclatante dans les traités équestres, un genre florissant depuis la Renaissance. Dans ces pages, théorisation et géométrisation œuvrent de concert pour ériger en science un art empirique que l’on souhaite à tout prix dompter. Les efforts déployés en ce sens peuvent ainsi passer pour le reflet d’une insatiable recherche de maîtrise de l’homme sur la nature – sa nature ?

    Gravure au burin et à la pointe sèche par Crispijn de Passe (1593-1670) en illustration de : Antoine de Pluvinel, Maneige royal, Paris, 1623 (BmL, Rés 31118)

    Triomphes et carrousels : chevaux de gloire et de faste

    Sollicité de manière individuelle pour symboliser la notion de pouvoir en mettant en scène la relation cavalier/monture, le cheval est également convoqué dans sa dimension collective afin d’honorer un individu ou un événement. Les représentations d’entrées royales et de carrousels, par exemple, sont autant d’occasions de rencontrer une iconographie équine. Il est d’ailleurs à noter qu’il importe peu, alors, que le cheval soit monté ou non : sa présence, sa plastique seules suffisent à incarner un faste largement souligné par le luxe du harnachement. Et c’est dans la multitude que cet effet de magnificence s’incarne le mieux : les équidés viennent alors en nombre se joindre à la foule du cortège.

    Gravure au burin d’après Maarten van Heemskerck, Un cortège de femmes danse et chante à la gloire de David, XVIe siècle (BmL, N16HEE003632)

    Sébastien Leclerc (1637-1714), L’entrée d’Alexandre dans Babylone, 1706 (BmL, F17LEC005658). Détail

    L’entrée du Roy et de la Royne dans sa ville de Lyon, Lyon, 1624 (BmL, Rés 116172)

    Monument éphémère élevé à l’occasion de l’entrée du roi Louis XIII à Lyon en 1624. Les quatre chevaux, symbolisant les saisons, sont ceux d’Apollon qui, juché sur un lion, représente le souverain : le socle porte en inscription l’anagramme « Louys de Bourbon le juste, seul obey du robuste Lyon ».

    Jacques Callot (1592-1635), L’entrée du roy à La Rochelle (BmL, F17CAL002766). Détail

    Gravure sur bois représentant un capitaine à cheval lors de l’entrée de Henri II à Lyon en septembre 1548. Maurice Scève, La magnificence de la superbe et triumphante entree de la noble et antique cité de Lyon faicte au treschrestien roy de France Henry deuxiesme de ce nom…, Lyon, 1549 (BmL, Rés 355882). Détail

    Cette impression pléthorique se dégage nettement des gravures d’Antoinette Bouzonnet-Stella, une artiste ayant vécu dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Ses eaux-fortes traduisent sur le papier les reliefs immaculés ornant la salle des Stucs dans le Palais du Té à Mantoue. Si l’identification de l’événement ne paraît plus aussi indubitable aujourd’hui, on a longtemps vu dans cette frise de la Renaissance mesurant plus de soixante mètres la représentation d’une entrée impériale. C’est en tous cas sous ce titre que parut le recueil qui détaille en vingt-cinq planches datées de 1675 cette longue cavalcade : l’entrée de l’Empereur Sigismond à Mantoue serait une commémoration de sa venue et de l’érection de la cité en marquisat en 1433. Certains y voient plus volontiers une démonstration militaire romaine. Toujours est-il que le cheval y est abondamment représenté et qu’il contribue grandement à faire de la scène un morceau triomphal.

    Eau-forte d’Antoinette Bouzonnet-Stella (1641-1676) d’après Giulio Romano (1499 ?-1546), L’entrée de l’Empereur Sigismond à Mantoue, Paris, 1675, planche 16 (BmL, Rés Est 28573)

    Eau-forte d’Antoinette Bouzonnet-Stella (1641-1676) d’après Giulio Romano (1499?-1546), L’entrée de l’Empereur Sigismond à Mantoue, Paris, 1675, planche 12 (BmL, Rés Est 28573)

    Un autre recueil d’estampes dans les collections de la Bibliothèque municipale de Lyon ne laisse quant à lui aucun doute concernant la nature de la procession immortalisée : en quelques soixante-deux planches gravées d’après les dessins de David Klöcker von Ehrenstrahl, le Certamen equestre donne à voir à la postérité les festivités s’étant tenues à Stockholm en décembre 1672. Parmi les réjouissances données à l’occasion de la majorité et de l’accession au trône de Charles XI de Suède, le carrousel tient le premier rang : hormis un petit nombre de planches dépeignant le feu d’artifice ou le banquet, il est presque exclusivement le seul sujet représenté. Là encore, les chevaux sont indifféremment montés ou tenus en main. Dans ce dernier cas, leur rôle de pur ornement est évident. A la richesse suggérée par la seule présence de ces animaux de luxe se surimpose l’exubérance des parures dispendieuses qu’ils arborent.

    Eau-forte de Georg Christoph Eimmart (1638-1705) pour : David Klöcker von Ehrenstrahl (1629-1698), Certamen equestre…, Stockholm, vers 1673 (BmL, Rés Est 105000). Détail de la planche 21 : le roi de Suède Charles XI.

    Eau-forte de Georg Christoph Eimmart (1638-1705) pour : David Klöcker von Ehrenstrahl (1629-1698), Certamen equestre…, Stockholm, vers 1673 (BmL, Rés Est 105000, planche 15)

    Eau-forte de Georg Christoph Eimmart (1638-1705) pour : David Klöcker von Ehrenstrahl (1629-1698), Certamen equestre…, Stockholm, vers 1673 (BmL, Rés Est 105000, planche 13)

    Eau-forte de Georg Christoph Eimmart (1638-1705) pour : David Klöcker von Ehrenstrahl (1629-1698), Certamen equestre…, Stockholm, vers 1673 (BmL, Rés Est 105000, planche 40)

    Impossible de ne pas voir dans cet événement, ainsi que dans le moyen d’en garder la mémoire, l’influence directe des pratiques louis-quatorziennes et plus particulièrement du carrousel donné à l’occasion de la naissance du Dauphin. La Bibliothèque municipale de Lyon possède plusieurs exemplaires de l’ouvrage Courses de testes et de bague faites par le Roy et par les princes et seigneurs de sa cour en l’année 1662, associant le texte de Charles Perrault aux planches signées Israël Silvestre et François Chauveau. On peut y admirer figurés avec force détails les quadrilles s’étant affrontés sous les traits de différentes nations : Romains, Perses, Turcs et Indiens côtoient de chimériques sauvages d’Amérique. Il fallut huit ans de travail pour que cet album soit achevé.

    Le duc de Guise en roi des Amériques. Taille-douce de François Chauveau en illustration de : Charles Perrault, Courses de testes et de bague faites par le roy et par les princes et seigneurs de sa cour en l’année 1662, 1670 (BmL, Rés 5081)

    Trompettes romaines. Taille-douce de François Chauveau en illustration de : Charles Perrault, Courses de testes et de bague faites par le roy et par les princes et seigneurs de sa cour en l’année 1662, 1670 (BmL, Rés 5081)

    Cheval de main et palefreniers romains. Taille-douce de François Chauveau en illustration de : Charles Perrault, Courses de testes et de bague faites par le roy et par les princes et seigneurs de sa cour en l’année 1662, 1670 (BmL, Rés 5081)

    Noblesse et aristocratie : le cheval comme distinction

    La raison d’être de ces démonstrations équestres repose dans le caractère distinctif du cheval, qui confère à ceux qui le montent (puis, par extension, à ceux qui le possèdent) un statut particulier – quelque part au-dessus de la mêlée.

    Ce rôle de différenciation apparait de manière éclatante dans deux planches extraites du Triomphe de l’empereur Maximilien Ier. Véritable monument gravé, cette procession allégorique est l’occasion de faire défiler la vénérable ascendance du souverain Habsbourg. Les statues funéraires des aïeux y sont mises en scène, surélevées par d’improbables chars, là où l’on aurait pu se contenter de les faire tirer par des bêtes attelées. Plus rien ne semble les rattacher au registre inférieur, celui où de simples piétons foulent la terre. Plus rien si ce n’est l’équidé, racine d’un singulier arbre généalogique. Dans ces estampes le cheval, au sens propre comme au sens figuré, soutient la noblesse.

    Hans Burgkmair (1473?-1559?), Le Triomphe de l'empereur Maximilien Ier, bois, 1516-1519 (BmL, A16BUR000435)

    Hans Burgkmair (1473?-1559?), Le Triomphe de l'empereur Maximilien Ier, bois, 1516-1519 (BmL, A16BUR000434)

    Attribut fondamental du second ordre, l’animal est indispensable à la plupart des activités définissant le mode de vie nobiliaire. Parmi celle-ci, la guerre arrive en tête : fonction essentielle des bellatores, elle devient inséparable du cheval à partir du moment où émerge la figure du chevalier.

    Dirk Volkertszoon Coornhert (1522-1590) d’après Maarten Van Heemskerck (1498-1574), François Ier fait prisonnier à la bataille de Pavie, 1556 (BmL, N16COO000912)

    Mais le tournoi et la chasse ne sont pas en reste, et associent l’équidé à ces temps forts de la sociabilité noble où le divertissement sert aussi à la démonstration de son rang. L’affirmation sociale passe notamment, sur le champ de bataille et en lice, par le déploiement des couleurs qui enveloppent montures et cavaliers. Ainsi revêtus d’une même étoffe, les corps humain et équin semblent fusionner pour réveiller l’ancestrale chimère du centaure.

    Gravure sur bois représentant une chasse à l’épervier dans : Pietro de Crescenzi, Le livre des prouffitz champestres et ruraulx, Lyon, 1539, p. 149 (BmL, Rés 131395)

    Gravure de Crispijn de Passe (1593-1670) en illustration de : Antoine de Pluvinel, Maneige royal, Paris, 1623 (BmL, Rés 31118)

    La Révolution n’a rien changé au caractère distinctif du cheval, et la vénerie constitue certainement la meilleure preuve de cette continuité. Assidu aux chasses d’Ancien Régime aux côtés des oiseaux de proie et des chiens courants, le cheval devient au XIXe siècle le symbole d’élites en quête de sens ou de légitimité.

    Chasse au lièvre. Gravure sur bois en illustration de : Jacques Du Fouilloux, La Venerie…, Paris, 1606, p. 67 (BmL, 341598)

    Dépouille de cheval servant d’appât pour chasser le loup. Gravure sur bois en illustration de : Jean de Clarmorgan, La chasse du loup, nécessaire à la maison rustique, Lyon, 1590, p. 18 (BmL, Rés 417211-2)

    Piqueurs sonnant de la trompe lors d’une chasse au cerf. Gravure sur bois en illustration de : Jacques Du Fouilloux, La Venerie…, Paris, 1606, p. 47 (BmL, 341598)

    La Mode. Revue des modes, Paris, 1840-1842 (BmL, Rés Est 377991, t. II, planche 119)

    Quoi de plus naturel en effet que de rechercher la noblesse au contact d’un animal dont on vante à présent les qualités de « pur-sang » grâce à une généalogie savamment maîtrisée ? Importé d’Angleterre, le stud-book est un registre national où sont consignées les naissances afin d’en prouver et d’en conserver le lignage. Le premier à voir le jour en France est ouvert en 1833. Venu d’Outre-Manche également, le spectacle des courses met à l’épreuve cette fine fleur de l’espèce chevaline.

    Les modes parisiennes (BmL, Rés Est 132304, fol. 73)

    Bien qu’il soit essentiel à la position physique et symbolique de sa cavalière, le cheval est ici ravalé au simple rang d’accessoire pour lequel l’artiste n’a pas pris la peine de finir la mise en couleur.

    Vignette de Ledieu en illustration du Traité d’équitation de M. le Vicomte d’Aure (BmL, 132442)

    Les modes parisiennes (BmL, Rés Est 132304, fol. 71)

    Des forêts giboyeuses aux allées cavalières ceignant la capitale, on ne distingue plus guère l’aristocratie de la bourgeoisie : quelles que soient leurs origines, les élites s’unissent autour de chevaux racés. L’attelage de la demi-mondaine croise alors la jeune fille de bonne famille dans sa tenue d’amazone. La richesse se doit d’être hippomane et, mondain, le cheval finit par devenir un accessoire de mode.

    Les modes parisiennes (BmL, Rés Est 132304, fol. 70)

    La Mode. Revue des modes, Paris, 1835-1837 (BmL, Rés Est 377991, t. II, planche 105)

    La Mode. Revue des modes, Paris, 1838-1839 (BmL, Rés Est 377991, t. III, planche 56)

    La Mode. Revue des modes, Paris, 1835-1837 (BmL, Rés Est 377991, t. II, planche 100)

    La frontière, pourtant, ne fait que se déplacer : elle tend alors à séparer la haute société du reste du monde, celui qui va à pied ou partage le sort miséreux des bêtes de somme.

    Bibliographie

    • APPELBAUM Stanley, The Triumph of Maximilian : 137 woodcuts by Hans Burgkmair and others, Dover publications, 1964 (BmL, 163780)
    • BLOMAC Nicole de, La Gloire et le jeu : des hommes et des chevaux (1766-1866), Fayard, 1991 (BmL, K 43640)
    • CHAUDUN Nicolas, La Majesté des centaures : le portrait équestre dans la peinture occidentale, Actes Sud, 2006 (BmL, B 018843)
    • CLARE Lucien, La Quintaine, la course de bague et le jeu des têtes : étude historique et ethno-linguistique d’une famille de jeux équestres, Paris, 1983 (BmL, B 020651)
    • DOUCET Corinne, « Les académies équestres et l’éducation de la noblesse (XVIe-XVIIIe) siècle », dans Revue historique, 2003, n°628, p. 817-836 (à lire sur Cairn)
    • DOUCET Corinne, Les manèges : témoins de l’histoire équestre en France (XVIe-XIXe siècle), Paris, 2016 (BmL, DLA 56920)
    • GRANGE Yves, Le cheval oublié : essai sur les aspects socio-politiques de la relation de l’homme et du cheval en France (1614-1914), thèse de 3e cycle, science politique, sous la direction de François d’Arcy, Grenoble 2, 1981 (accessible en ligne)
    • MARTIN Michel, Les monuments équestres de Louis XIV : une grande entreprise de propagande monarchique, Picard, 1986 (BmL, 735.21 MAR)
    • MOSLEY James, « Médailles sur les principaux événements du règne de Louis le Grand (1702) : the making of the book » dans Bulletin du bibliophile, 2008, n°2, p. 296-350 (BmL, 950190)
    • MUSÉE DE LA CHASSE ET DE LA NATURE, À courre, à cor et à cri : images de la vénerie au XIXe siècle, Somogy éditions d’art, 1999 (BmL, B 070212)
    • RENAULD BEAUPÈRE Marie-Christine, Alfred de Dreux : le peintre du cheval, Caracole, 1988 (BmL, B 029144)
    • ROCHE Daniel et REYTIER Daniel dir., À cheval ! Écuyers, amazones & cavaliers du XIVe au XXIe siècle, Association pour l'Académie d'art équestre de Versailles, 2007 (BmL, 394.3 LOI)
    • SCHALK Ellery, « Les académies d’équitation » dans L’épée et le sang : une histoire du concept de noblesse (vers 1500-vers 1650), Seyssel, Champ vallon, 1996, p. 143-162 (BmL, K 105848)

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Amandine Souvré, Le cheval en images / Piédestal des élites, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2017-03-24T13:29:21Z, modifié le 2017-05-05T09:23:39Z, consulté le 2017-11-21 18:10:41. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001chevalpiedestal

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