Le cheval en images / Compagnon de fortune - Le cheval en images / Compagnon de fortune - numelyo - bibliothèque numérique de Lyon
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    Le cheval en images / Compagnon de fortune

    Retour au dossier Le cheval en images

    La majorité des chevaux que l’on rencontre dans les estampes et livres anciens de la Bibliothèque municipale de Lyon ne sont pas représentés pour eux-mêmes mais sont au contraire saisis dans l’accomplissement de leur rôle utilitaire. Sur le champ de bataille ou dans les champs de blé, en ville ou sur les routes, on les découvre étroitement liés aux hommes dont ils partagent à la fois les tâches quotidiennes et le destin.

    Contrairement à un grand nombre d’animaux, la vocation nourricière du cheval est anecdotique. C’est un autre but que l’homme poursuivait en le domestiquant, celui de s’adjoindre une enviable force de travail. Sa vitesse d’abord, sa puissance ensuite, ne pouvaient qu’éveiller l’intérêt de notre espèce bipède. L’entière soumission du cheval et de ses capacités aux besoins de l’activité humaine se voit jusque dans la manière de désigner l’animal : c’est avant tout par le travail que l’on définit le cheval et c’est par son usage qu’on le nomme. Ainsi les appellations « cheval de selle » et « cheval de trait » furent forgées pour distinguer les deux principales utilisations qui pouvaient être faites de l’équidé. À leur tour, à force de sélection, ces termes forgèrent des physiques bien distincts, pleinement adaptés à leur emploi.

    Dans un monde où l’énergie animale constituait la principale force motrice, le cheval devint omniprésent. Sa polyvalence explique un tel essor. Aux côtés des hommes il fut soldat, messager, employé des pompes funèbres, laboureur, ouvrier. Cette proximité au quotidien, dans l’effort, entraîna des rapports aussi resserrés que complexes. Tantôt compagnon tantôt souffre-douleur, qu’il fût arme ou outil, il était le partenaire obligé de ceux dont il partageait bien souvent le triste sort. Reflet de l’orgueil des puissants, le cheval exprime tout autant la misère des besogneux.

    Il suscita chez eux une large palette d’attitudes allant de la camaraderie à la tyrannie. Soustrait à sa nature, il connut un asservissement que ne font pas oublier les gestes tendres et les soins minutieux dont il fut également l’objet. Indéniables, ces moments de communion ont eux aussi été portraiturés et résultent d’un rapport privilégié imputable à la nécessité de travailler ensemble.

    Le théâtre de la guerre

    Giulio Bonasone (1510 ?-1576 ?), Camillo Orsini dirige ses troupes lors d’une bataille, eau-forte et burin, XVIe siècle (BmL, I16BON004710)

    La première fonction que fait émerger dans les esprits l’évocation utilitaire du cheval dans le monde occidental concerne l’art de la guerre. Lorsque l’on pense aux services rendus par cet animal aux sociétés humaines, la figure du chevalier – combattant médiéval auquel il est allé jusqu’à donner son nom – n’est jamais très loin. De fait, nous sommes les héritiers d’une culture qui puise au roman courtois, à l’idéal chevaleresque, et qui a très largement usé de l’équidé pour servir un discours d’héroïsation dans une abondante iconographie.

    Gérard Audran (1640-1703) d’après Jacques Courtois dit Le Bourguignon (1621-1676), La bataille d’Antioche, eau-forte, XVIIe siècle (BmL, F17AUD009944)

    Nous sommes d’autant plus empreints de ces représentations épiques du cheval au combat que l’art de dépeindre les batailles figurait au sommet de la hiérarchie des genres grâce à son appartenance à la très gratifiante peinture d’Histoire. Quoique la charge de cavalerie revête une forte dimension symbolique dans la mythologie militaire, les artistes ont plus volontiers choisi d’immortaliser le moment de la mêlée qui est l’occasion de concevoir des compositions ambitieuses.

    Jan Van Huchtenburg (1647-1733) d’après Adam Van der Meulen (1632-1690), L’engagement de la cavalerie, eau-forte et pointe sèche, XVIIe siècle (BmL, N17HUC000091)

    Jacques-Philippe Le Bas (1707-1783) d’après Pierre-Charles Canot (1710-1777), La bataille de Lutzen, eau-forte, 1748 (BmL, F18LEB007761)

    L’impression générale de chaos, dans les œuvres de cette nature, le dispute souvent au sentiment d’horreur caché dans les détails. Ainsi, le cheval de guerre n’est pas seulement campé en faire-valoir de l’héroïsme, mettant en exergue son cavalier. Il est également un instrument du pathos : les mutilations et blessures dont on l’inflige provoquent l’effroi du spectateur tout en préservant ce dernier de l’éprouvante confrontation avec le spectacle de la mort violente d’un condisciple.

    Antonio Tempesta (1555-1630), Josué faisant brûler les chars et couper les jambes des chevaux de ses ennemis, eau-forte, 1613 (BmL, I16TEM007587)

    Détail du Siège de Vienne, gravure au burin de Dirk Volkertszoon Coornhert (1522-1590) d’après Maarten van Heemskerck (1498-1574) appartenant à la série des Campagnes militaires de l’empereur Charles V, XVIe siècle (BmL, N16COO000913)

    Détail de la Conquête de Tunis, gravure au burin de Dirk Volkertszoon Coornhert (1522-1590) d’après Maarten van Heemskerck (1498-1574) appartenant à la série des Campagnes militaires de l’empereur Charles V, XVIe siècle (BmL, N16COO000911)


    Gravure en taille-douce extraite de Jacobus Lydius, Syntagma sacrum de re militari, Dordrecht, 1698 (BmL, 317144)

    La contribution du cheval aux guerres humaines ne se cantonne pas au rôle joué dans la cavalerie. L’introduction des armes à feu requiert la constitution de trains d’artillerie qui multiplient sa présence sur les champs de bataille. Les nécessités du ravitaillement font largement appel à lui. On assiste du même coup à une diversification des équidés utilisés. L’armée offre un excellent exemple de la définition du cheval selon l’emploi qui en est fait car elle met au point une taxonomie entièrement fondée sur l’arme à laquelle il doit servir : « cheval de chasseurs », « cheval de hussards », « cheval de cavalerie lourde », « cheval d’artillerie », etc.

    Stefano Della Bella (1610-1664), Un canon tiré par un attelage, eau-forte, 1644 (BmL, I17DEL009133)

    Stefano Della Bella (1610-1664), Un charretier endormi à côté de son chariot, eau-forte, 1644 (BmL, I17DEL009137)

    De tradition immémoriale, les fonctions assumées par le cheval aux côtés de l’homme en guerre trouvent des prolongements jusque très avant dans notre Histoire. Durant le conflit de 1914-1918, ce ne sont pas moins de 1 140 000 équidés qui trouvèrent la mort.

    Campagne de 1914-1915. Enfouissement des chevaux après le combat. Carte postale issue du Fonds de la Guerre (BmL, Rés 454372, t. 1, fol. 146)

    Labour et labeur

    Parallèlement aux chevaux morts au champ d’honneur – et qui ne sont pas nécessairement, nous l’avons vu, de nobles destriers – il a existé une plèbe équine pour travailler aux côtés des plus humbles, à la ville comme à la campagne.

    Le cheval n’est pas associé au travail des champs en Occident avant une date assez avancée dans le Moyen Âge. Jusqu’au XIe siècle, le bœuf règne en seul maître de l’araire. On commence à lui substituer le cheval avec l’introduction de la charrue. Le phénomène ne gagne en ampleur que très progressivement : s’il est généralisé dans les régions fertiles à compter des XIVe-XVe siècles, il est minoritaire dans les régions méditerranéennes et il n’est pas rare d’assister à une répartition entre le bœuf et le cheval (quand il ne s’agit pas d’attelage mixtes !). La persistance de l’usage du bovidé s’explique par une plus grande docilité, un labour plus régulier et un moindre coût – mais il est plus lent.

    Le Distrait, gravure au burin par Pierre Woeiriot de Bouzey (1532-1596?) en illustration de : Georgette de Montenay, Emblemes ou Devises chrestiennes, Lyon, 1571 (BmL, Rés 357165)

    L’implication du cheval dans l’agriculture médiévale a alimenté des débats passionnés. En 1931 parut l’ouvrage du commandant Lefebvre des Noëttes justifiant l’existence de l’esclavage antique par l’ignorance du collier d’épaules, qui passait pour être une révolution technique médiévale. Si ses thèses ont depuis été contredites, il n’en demeure pas moins significatif que la notion de travail équin ait été associée à celle du labeur de l’humain exploité.

    Nicolas Schenker (1760-1848) d’après Jacques-Laurent Agasse (1767-1849), La charrette de foin, eau-forte, 1798-1800 (BmL, S19SCH009949)

    Dans l’imaginaire contemporain, l’idée du cheval au travail fait avant tout ressurgir le souvenir du cheval de trait au champ. Rien d’étonnant à cela, lorsque l’on songe que son déclin définitif ne remonte qu’aux années 1950. L’image, quoique surannée, est donc restée familière. La présence massive du cheval en milieu urbain suscite peut-être davantage un sentiment d’étrangeté. Le Paris du début du XXe siècle comptait pourtant encore plus de 50 000 chevaux.

    Lithographie d’après Théodore Géricault (1791-1824), Le cheval du plâtrier, 1822 (BmL, ENBAL002f11)

    Quant au contexte industriel, il nous remémore immédiatement la figure si frappante du cheval de mine, dont le dernier dans le Nord-Pas-de-Calais n’est remonté à la surface qu’en 1976. Mais on ne saurait le réduire à cette seule expression et l’iconographie présente une multiplicité de situations où le cheval est combiné à divers éléments d’ingénierie. Il en constitue alors le moteur et il apparaît évident, dans ces usages, que le cheval se résume à une simple mécanique. On touche ici à la conception de l’animal-machine telle que définie par Descartes, dans l’une de ses manifestations les plus achevées.

    Gravure en taille-douce extraite de Agostino Ramelli, Le diverse et artificiose machine…, Paris, 1588 (BmL, Rés 22838)

    Jost Amman (1539-1591), Le fabricant d’huile, gravure sur bois, 1568 (BmL, A16AMM000348)

    Gravure sur bois extraite de Georgius Agricola, De re metallica, Bâle, 1556 (BmL, Rés 130931)

    Par monts et par vaux

    La part la plus considérable du travail fourni par les équidés concerne le domaine des transports. Il s’agit d’un sujet foisonnant qui recouvre sans l’ombre d’un doute les réalités les plus hétérogènes. L’écart est grand en effet entre le roulage des marchandises, effectué au pas par de lourds attelages, et le service des malles-poste qui, seul, jouit du privilège du galop pour transporter courrier et personnes.

    Dancker Danckerts (1634-1666) d’après Philips Wouwerman (1619-1668), Le déchargement des marchandises sur le rivage, eau-forte, 1650-1666 (BmL, N17DAN010017)

    François Bellay (1790-1858?), Le chariot attelé, eau-forte, XIXe siècle, (BmL, F19BEL009954)

    Lithographie représentant une voiture à quatre chevaux conduits par un postillon, XIXe siècle (BmL, F19ENG009945)

    Il faut encore distinguer les communications entre villes, assurées par des entreprises de messageries, et le transport urbain. Au sein de celui-ci, les différences entre voitures privées, voitures publiques et voitures de transport en commun sont notables. Rien de comparable, non plus, entre l’entretien d’un équipage luxueux par un particulier et la rationalisation mise en place par la Compagnie générale des omnibus.

    Affiche des Messageries royales sous la Restauration (1815-1830) (BmL, Rés 6540, fol. 98). Don Bonafous.

    Edward Penfield, Harper’s nov’b’, fin du XIXe ou début du XXe siècle (BmL, AffP0132)

    Photographie de Jules Sylvestre (1859-1936), Calèche à Perrache devant le pont du chemin de fer, début du XXe siècle (BmL, P0546 06747)


    L’apogée du transport à cheval se situe aux alentours de 1840 pour les liaisons entre les villes. À partir de cette date, le train entame sa concurrence irréversible. En milieu urbain et notamment à Paris, ce n’est pas avant 1900 que le cheval amorce son recul face à l’automobile.

    Les Français peints par eux-mêmes, Paris, 1840 (BmL, 155405, t. II, p. 97)

    Daniel Ramée, La locomotion : histoire des chars, carrosses, omnibus et voitures de tous genres, Paris, 1856 (BmL, 397968)

    Daniel Ramée, La locomotion : histoire des chars, carrosses, omnibus et voitures de tous genres, Paris, 1856 (BmL, 397968)


    Il ne disparut pas pour autant, en tous les cas jamais complètement, et on le retrouva même associé aux autres modes de transport : sur les chemins de halage, pour les marchandises transitant par voie d’eau, ou au milieu des rails, à la manœuvre des wagons.

    Le transport hippomobile marqua de son empreinte la société et le paysage français. Les relais ponctuant les chemins de la Poste aux chevaux furent autant de jalons sur le territoire. Ces voies elles-mêmes déterminèrent bien souvent des axes qui perdurent. Des figures telles que celles du cocher, du postillon, du maître de poste, aujourd’hui abolies, imprègnent notre culture et sont attachées pour toujours à cet animal.

    Stefano Della Bella (1610-1664), Le coup de vent dans la forêt, eau-forte, 1646 (BmL, F17DEL009162)

    A la vie à la mort

    Dans certaines œuvres, le cheval accomplit son service tandis que les éléments se déchaînent contre montures et cavaliers. Bourrasques et tempêtes de neige sont alors autant d’occasions de montrer l’homme et l’animal unis, pris dans une même tourmente. Ces représentations, loin de le ravaler au simple rang d’ustensile, élèvent l’équidé en soulignant son statut de compagnon dévoué dans l’adversité.

    Œuvre de Gustave Doré (1832-1883), cette gravure sur bois de bout inaugure le récit des aventures du Baron de Münchhusen dans l’ouvrage de Théophile Gautier (1836-1904) édité à Paris, chez Furne Jouvet, en 1866 (BmL SJ B 578/60)

    Détail de Aer, eau-forte de Stefano Della Bella (1610-1664) pour la série des Quatre éléments, 1646 (BmL, F17DEL009149)


    Détail de La bataille gaignée, planche de Peeter Clouwet (1629-1670) d’après Abraham van Diepenbeeck (1596-1675) en illustration de : William Cavendish, duc de Newcastle (1592-1676), Méthode et invention nouvelle pour dresser les chevaux, Londres, 1737 (BmL, Rés 30955)

    Cette vision atteint son paroxysme dans les cas les plus funestes où les destinées sont liées jusque dans la mort. Comme pour les scènes de bataille, le recours au cheval est alors un procédé emphatique pour dire la détresse humaine.

    « Le terrible accident de Givors » fit la Une du Progrès illustré le dimanche 4 octobre 1891 (BmL, 5752)

    Le Torrent et la rivière, gravure de Gustave Doré illustrant les Fables de Jean de La Fontaine (BmL, SJ B 220/118)

    Ce rôle est assumé même dans des moments moins cruciaux. Tel un double éloquent, l’équidé reflète constamment la fortune ou l’infortune de ceux qui le côtoient : les difficultés, la maladie, la vieillesse le frappent également de leur sceau et font de lui une métaphore de la condition terrestre.

    Georg Christoph Friedrich Oberkogler (1774-1856), Le vieux cheval, eau-forte (BmL, A19OBE010188)

    Le paradoxe du couteau

    Gravure de Aegidius II Sadeler (1570 ?-1629) d’après Marcus Gheeraerts (vers 1520-vers 1600) en illustration des Fables d’Esope, Paris, P. Aubouyn, 1689 (BmL, Rés 357244)

    L’image de violence ci-dessus dépeint un cheval tentant de se soustraire aux coups d’un homme, excédé par le spectacle de l’âne tombé sous le poids de son fardeau. Elle dit autant du vécu animal que des difficultés humaines. C’est une dimension supplémentaire qu’introduit ici la gravure par rapport à la fable d’Esope qu’elle illustre, intitulée D’un cheval et d’un âne. Cette scène trouve un écho un siècle et demi plus tard avec l’adoption de la loi Grammont, en 1850, qui condamne les coups portés en public. Motivée par de nouvelles sensibilités et fruit d’une empathie croissante pour les nombreux chevaux œuvrant dans les rues parisiennes, cette mesure répond également à une volonté de moralisation d’une classe laborieuse dont les comportements inquiètent la bourgeoisie au-delà de la question du bien-être animal.

    Ce sont les mêmes préoccupations, concernant dans le même temps le cheval et les couches les plus pauvres de la société, que l’on retrouve à l’origine de l’effort de promotion de l’hippophagie. Alors que la consommation de viande chevaline fut longtemps l’objet d’un fort interdit, d’abord religieux puis culturel, on assista en France dans la première moitié du XIXe siècle à un phénomène visant à encourager son intégration dans l’alimentation humaine. Cette démarche philanthrope entendait ainsi compenser la dégradation des conditions de vie des plus humbles et l’insuffisance du cheptel bovin. Elle répondait également – et cela peut dérouter les esprits contemporains – à une logique de protection des bêtes : la possibilité de vendre un cheval aux abattoirs quand il ne pouvait plus travailler correctement devait le prémunir d’une fin de vie plus misérable, en lui rendant une certaine valeur financière. Il s’agissait selon les défenseurs – au premier rang desquels, la Société protectrice des animaux fondée en 1845 – d’offrir une alternative bienfaitrice aux chevaux mourant d’épuisement directement dans la rue, entre les brancards, ou à ceux qui dépérissaient chez l’équarisseur en attendant le coup fatal pour être transformés en charbon d’os.

    Victor Adam (1801-1866), Vie d’un cheval, lithographie, XIXe siècle (BmL, F19ADA009947)

    C’est précisément ce lent dépérissement qui est retracé par Victor Adam dans une série de vignettes lithographiques formant un cycle narratif intitulé « Vie d’un cheval ». On y voit dépeints les différents usages de l’équidé, entre l’insouciance qui caractérise le poulain et l’horreur d’une carcasse emportée par un tombereau suivi par un cheval décharné. La succession des emplois occupés ne forme qu’une longue dégradation, de l’hippodrome au champ de bataille, du tilbury au cabriolet de place. Si le trait est grossi (que de milieux traversés !), il ne fait nul doute que cette image répondait à une certaine réalité, en particulier pour ce qui concerne la déchéance progressive des chevaux d’attelage.

    L’hippophagie donc, était vue comme une solution favorable pour les animaux. Il fallait néanmoins convaincre les classes défavorisées – les principales concernées par cette initiative – qui n’entendaient pas voir leur régime alimentaire ainsi bouleversé. Pour cela rien de mieux, pensèrent les élites, que de donner le spectacle de leur propre conviction. C’est ainsi qu’un grand banquet fut organisé en février 1856. Pour faire la démonstration des bienfaits de la viande chevaline, 132 convives parmi les plus influents dégustèrent un menu exclusivement hippophage. La presse se fit naturellement le relais de cette expérience hautement médiatique, que dans l’ensemble elle salua. Le crayon d’un Daumier, néanmoins, se fit plus critique dans une série de dix planches intitulée Les Hippophages, parues dans Le Charivari entre mars et octobre 1856.

    « Prenez moi ça de confiance, ça sera tendre comme du poulet !...». Les Hippophages, série lithographique de Honoré Daumier (1808-1879) parue dans le Charivari en 1856 (BmL, Rés 31745, t. 18, f. 98)

    « Il est dans les meilleures conditions… c’est le vrai moment pour le manger… ! ». Les Hippophages, série lithographique de Honoré Daumier (1808-1879) parue dans le Charivari en 1856 (BmL, Rés 31745, t. 18, f. 101)


    « Un animal rempli de modestie et se fesant prier pour accepter l’honneur d’être transformé en viande de 1ère catégorie ». Les Hippophages, série lithographique de Honoré Daumier (1808-1879) parue dans le Charivari en 1856 (BmL, Rés 31745, t. 18, f. 95)

    Si l’homme conduit bien souvent son compagnon équin à la mort, ce n’est pas sans une certaine ironie que nous rappelons ici que l’inverse est vrai. Résurgence de leur fonction psychopompe, de noirs chevaux reçurent communément le devoir de tirer les corbillards conduisant notre espèce en sa dernière demeure.

    Photographie de Jules Sylvestre (1859-1936), Corbillard tiré par des chevaux (BmL, P0546 S 2458)

    Effort et réconfort

    Pierre de La Noüe, La Cavalerie françoise et italienne ou l’Art de bien dresser les chevaux selon les préceptes des bonnes écoles des deux nations, tant pour le plaisir de la carrière et des carozels que pour le service de la guerre, naïvement représentée en quatre tableaux, Lyon, Claude Morillon, 1620 (BmL, 158140)

    L’effort commun réunit l’homme et le cheval par les relations suivies qu’il engendre. Cette proximité, pourtant, ne va pas de soi. Une domestication plus récente que celle du chien, par exemple, et un tempérament craintif dû à sa position de proie à l’état naturel rendent l’animal d’une utilisation complexe. Elle exige notamment un apprivoisement plus ou moins aisé selon les conditions d’élevage et les individus ainsi qu’un long apprentissage, appelé débourrage, pour faire accepter à l’équidé des contraintes qui sont fort éloignées de sa nature.

    Pirro Antonio Ferraro, Cavallo frenato…, Naples, Antonio Pace, 1602 (BmL, Rés 27544)

    Cesare Fiaschi, Trattato del modo dell’imbrigliare, Maneggiare, & ferrare caualli, 1561 (BmL, Rés 801884)

    Les savoir-faire requis pour manier les chevaux s’étendent aux nombreux soins qu’ils réclament : pansage, ferrure, application de remèdes sont autant d’obligations qui créent l’opportunité d’établir un lien – de confiance ou non !

    Pietro de Crescenzi, Ruralia commoda, vers 1490-1495 (BmL, Rés Inc 884)

    Pietro de Crescenzi, Ruralia commoda, vers 1490-1495 (BmL, Rés Inc 884)

    La distribution ou, mieux, le partage de la nourriture constitue un parfait vecteur de complicité. L’iconographie n’a pas boudé la représentation de ces moments privilégiés.

    Nicolas Schenker (1760-1848) d’après Jacques-Laurent Agasse (1767-1849), Attelage au repos, eau-forte, 1798-1800 (BmL, F19SCH009948)

    Lithographie d’après Théodore Géricault (1791-1824), Garçon donnant l’avoine à un cheval dételé, 1822 (BmL, ENBAL002f17)

    Ainsi le travail de l’animal – qui est à dissocier de son exploitation – peut aussi aboutir à des situations d’harmonie qu’il n’est pas exagéré de considérer comme l’expression d’un sentiment réciproque d’amitié et de tendresse.

    Pietro de Crescenzi, De omnibus agriculturae partibus, & de Plantarum animaliumque natura & utilitate…, Bâle, 1548 (BmL, Rés 131374)

    Carle Vernet (1758-1836), Mameluck en repos, lithographie (BmL, F19VER009957)

    Ce sont ces instants qui justifient les efforts, innombrables, qu’ont déployé aussi bien les hommes de l’art et les scientifiques que les peintres, pour connaître et comprendre l’espèce équine.

    Bibliographie

    BARATAY Éric, Le point de vue animal, Paris, Éd. Du Seuil, 2012 (BmL, 909 SOC)

    BOGROS Denis, Les chevaux de la cavalerie française : de François Ier, 1515 à Clémenceau, 1918, La Roche-Rigault, PSR Editions, 2000 (consultable en ligne)

    BOISSEUIL Léa de, « Chevaux travaillés et chevaux qui travaillent : réflexions sur la notion de travail dans l’univers équestre », dans In Situ. Revue des patrimoines, 2015, n° 27 (consultable en ligne)

    BOUCHET-BRUN, L’utilisation civile du cheval à Paris de 1850 à 1914, thèse pour le diplôme d’archiviste paléographe, 1983

    BRUNEAU Roland, « Les équidés dans la Grande Guerre », Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine vétérinaire,‎ 2005, p. 20-33 (consultable en ligne)

    CHAPIER Georges, Histoire de la Poste à Lyon : des origines à 1876, Lyon, Éd. Tout-Lyon, 1965 (BmL, 6900 Q3 CHA)

    CHARBON Paul, Au temps des malles-poste et des diligences : histoire des transports publics et de poste du XVIIe au XIXe siècle, J. P. Gyss, 1979 (BmL, B 009308)

    CHAUVIRÉ Frédéric et FONCK Bertrand dir., L’âge d’or de la cavalerie : du Moyen Âge au XXe siècle, Paris, Gallimard, 2015 (BmL, 944 GUE)

    FAU Elise, « Le cheval dans le transport public au XIXe siècle à travers les collections du musée national de la Voiture et du Tourisme, Compiègne », dans In Situ. Revue des patrimoines, 2015, n°27 (consultable en ligne)

    HUBSCHER Hubscher, « Nourrir le peuple : l’hippophagie à Paris au XIXe siècle » in Élevage d’hier, élevage d’aujourd’hui, Mélanges d’Ethnozootechnie offerts à Bernard Denis, Rennes, PUR, 2004, p. 146 (BmL, DLA 53772)

    LIBOUREL Jean-Louis, Voitures hippomobiles : vocabulaire typologique et technique, Paris, Éd. du Patrimoine, 2005 (BmL, B069262)

    LIZET Bernadette, Le cheval dans la vie quotidienne : techniques et représentations du cheval de travail dans l’Europe industrielle, Paris, Berger-Levrault, 1982 (BmL, B 037761)

    MANE Perrine, Le travail à la campagne au Moyen Âge : étude iconographique, Paris, Picard, 2006 (940. 1 MAN)

    MIENCE Yvette, Histoire des postes du Rhône, Lyon, J. André, 1997 (BmL, 6900 Q MIE)

    MILHAUD Claude, 1914-1918, l’autre hécatombe : enquête sur la perte de 1 140 000 chevaux et mulets, Paris, 2017 (940.3 MIL)

    NOUGARET Jean, Histoire de la poste en Bourgogne des origines à 1793, Dijon, Académie des sciences, arts et belles-lettres, 1960 (BmL, A 488185)

    ROCHE Daniel dir., Voitures, chevaux et attelages du XVIe au XIXe, Paris, Association pour l'académie d'art équestre de Versailles, 2000 (BmL, B 069225)

    ROCHE Daniel dir., Le cheval et la guerre du XVe au XXe siècle, Paris, Association pour l'académie d'art équestre de Versailles, 2002

    SOUVRÉ Amandine, « Catégories équines : la race et le type », dans In Situ. Revue des patrimoines, 2015, n° 27, (consultable en ligne)

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Amandine Souvré, Le cheval en images / Compagnon de fortune, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2018-01-09T15:46:02Z, modifié le 2018-02-28T14:26:59Z, consulté le 2018-06-18 21:42:36. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001chevalcompagnon

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