Augustin d’Hippone. Une œuvre née d’une vie - Augustin d’Hippone. Une œuvre née d’une vie - numelyo - bibliothèque numérique de Lyon
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    Augustin d’Hippone. Une œuvre née d’une vie

    De la vie d’Augustin d’Hippone, « saint Augustin », nous connaissons surtout une scène, la conversion dans le jardin de Milan, et un titre, les Confessions. Pourtant, ses œuvres remplissent des rayonnages entiers de bibliothèque ; largement diffusées, elles ont exercé sur la pensée occidentale une influence durable et profonde. Impossible de les comprendre sans les lier à la vie de celui qui fut tour à tour manichéen, sceptique et chrétien, amant passionné et défenseur impitoyable de la vérité, et tout à la fois moine et évêque, brillant orateur et défenseur des pauvres, ami fidèle et inlassable polémiste. Nous vous invitons à un voyage à la découverte d’Augustin et de son œuvre, à travers les riches collections de la Bibliothèque municipale de Lyon.

    Les sources “officielles” de la biographie d’Augustin : les Confessions et la Vie écrite par Possidius

    En 397, Augustin d’Hippone compose l’un des best-sellers de la littérature mondiale, ses Confessions ; quelques années après sa mort, l’un de ses amis, Possidius, rédige sa première biographie : de quoi protéger la vie d’Augustin de la légende pendant plusieurs siècles.

    Portrait de Saint Augustin, par André Thévet, 1504-1592 (BmL F16THE000183).

    Cette gravure taille-douce et burin est remarquable par la double impression de vérité et de mystère qu’elle dégage. Augustin, représenté de trois-quart, sans auréole, est attelé à la rédaction d’un ouvrage. Mais son regard, tourné vers le haut, indique une réalité inconnue située en-dehors de l’image, vers laquelle il entraîne malgré lui le regard du spectateur.

    Les Confessions sont assurément l’œuvre la plus connue d’Augustin. Elles restent cependant enveloppées de mystères. Pourquoi Augustin, évêque depuis deux ans, a-t-il commencé à les rédiger en 397 ? À la demande d’un ami ? Pour se défendre des accusations d’hérésie portées contre lui ? Et d’où cette œuvre tire-t-elle son unité alors qu’elle est composée de deux parties en apparence distinctes qui déstabilisent souvent le lecteur (un récit “autobiographique” dans les livres 1 à 10 et un commentaire des premiers chapitres de la Genèse dans les livres 11 à 13) ?

    Le titre – Confessions – indique le but que leur auteur assignait à cet ouvrage à bien des égards unique dans la littérature mondiale. Pour le lecteur latin, le mot confessio évoque une triple réalité : l’aveu des fautes devant un tribunal (confessio peccatorum), la profession de foi des martyrs (confessio fidei) et la louange adressée à Dieu (confessio laudis). Donc, même si elles paraissent n’être qu’une biographie, les Confessions s’apparentent davantage aux ouvrages “protreptiques” : elles intègrent une dimension de propagande, telle qu’elle existait à l'époque dans certains manuels de philosophie : ilsi cherchaient à convertir leurs lecteurs à la philosophie.

    Les multiples manuscrits, les innombrables éditions et traductions attestent du succès que ce dialogue avec les lecteurs a obtenu au cours des siècles. La BmL conserve cinquante éditions des Confessions imprimées avant 1800. La plupart sont ornées d’un frontispice, c’est-à-dire d’une gravure remplaçant la page de titre pour faire la publicité de l’ouvrage. En voici quelques exemples.

    D. Aurelii Augustini Confessionum libri tredecim, Paris 1634, Thomas Blaise (BmL, rés 357483). Reliure 17e siècle en maroquin fauve à semi de fleurs de lis ; au centre dans un ovale de feuillage entre 4 fleurs de lis, dans les angles et au dos chiffre P S.

    Le plat inférieur de la reliure représente le baptême du Christ. (BmL SJ D 268/20)

    D. Aurelii Augustini, Confessionum libri tredecim..., Cologne, 1642, Arnold Mylius (BmL SJ D 268/20). Reliure peau de truie, XVIIe s., avec des fermoirs, à décor estampé à froid présentant une Nativité sur le plat supérieur.

    Divi Aurelii Augustini, Confessionum libri XIII, Anvers, 1650, Balthasar Moretus (BmL, 328752).

    S. Aurel. Augustini Confessionum Libri X…, Cologne, 1646, Jost Kalckhoven (BmL, SJ D 268/5).

    Les Confessions de Saint Augustin…, Paris, 1642, Veuve de Jean Camusat (BmL, SJ D 268/32). Un lecteur a coloré de rouge la gravure.

    D. Aurelii Augustini, Libri XIII Confessionum…, Lyon, 1646, Pierre et Claude Rigaud (BmL, Rés 813273).

    C’est aussi la seule œuvre augustinienne dont la Bibliothèque conserve de minuscules volumes, au format in-32, que l’on pouvait emporter aisément avec soi pour une lecture privée.

    D. Aurelii Augustini Libri XIII confessionum..., Lyon, 1660, Henricus Sommalius (BmL, SJ D 268/18). L'exemplaire a appartenu à un religieux augustin, frère Gélase Champyre.

    S. Aurelii Augustini... vita auctore S. Possidio..., , Ausgburg, 1768, Veith frères (BmL, SJ D 276/10).

    Monique pointe le doigt vers les fonts baptismaux, en bas à droite ; son fils fait de même, demandant le baptême. Celui-ci, selon une coutume répandue à l’époque, ne lui a pas été accordé immédiatement : on attendait que l’adolescence soit passée.

    La Bibliothèque municipale de Lyon conserve aussi quelques exemplaires de la Vie d’Augustin par Possidius. Des onglets en papier (ancêtres des « post-it ») ont été collés sur l’un d’eux pour marquer certaines pages. Mis bout à bout, ils dessinent ce qui constitue le portrait d’un évêque modèle aux yeux de ce lecteur.

    Une jeunesse sulfureuse ?

    Né en 354 à Thagaste (actuelle Souk Ahras, Algérie) d’une mère chrétienne, Monique, et d’un père païen, Patricius, Augustin fut élevé dans la foi chrétienne. Tel est le sens de l’image qui ouvre la série des frères Klauber. Les auteurs de vies illustrées accordent en général peu d’importance à la jeunesse d’Augustin (celle de Bolswert commence avec la conversion). Cette planche porte donc un motif iconographique neuf. Les graveurs y ont représenté à la fois des faits historiques de l’enfance d’Augustin et la “prédiction” de ce qu’il deviendra ; elle se lit, chronologiquement, de bas en haut.

    Augustin apprend de sa mère le nom du christ, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.02) Source : Confessions III, 4. 8. 27

    On lit en haut : « Aurelius Augustinus est né à Thagaste en Numidie le 13 novembre de l’an du Seigneur 354 ; il a gardé profondément enraciné en lui le nom de Jésus que sa mère Monique lui avait inculqué ».

    Élevé à Thagaste, il achèva à l’âge de quinze ans les cours accessibles dans sa région natale et attendit durant une année que Romanianus, un ami de la famille, finance ses études à Carthage, la capitale de l’Afrique romaine. Ambitieuse, sa mère Monique refusa d’envisager alors le mariage qui aurait fermé à son brillant rejeton les portes d’une carrière universitaire. De sa seizième année passée dans l’oisiveté nous sont parvenus le récit rétrospectif des Confessions sur le vol des poires, les réflexions sur la gratuité du mal et la description de la puissance des désirs charnels qui l’habitaient.

    Les Confessions décrivent l’état d’esprit du jeune provincial arrivé à Carthage à dix-sept ans pour y poursuivre ses études de rhétorique. Dans l’original latin (dicté et non écrit, comme toutes les œuvres de cette époque), les sonorités [r], [c], [g] évoquent le crépitement du feu et le bouillonnement de la chaudière… et un jeu de mots, introduisible en français, rapproche entre Carthago (Carthage) et sartago (la chaudière).

    Je vins à Carthage, et la chaudière des amours honteuses crépitait autour de moi. Je n’aimais pas encore et j’aimais à aimer ; et par une indigence secrète, je m’en voulais de n’être pas encore assez indigent. Je cherchais un objet à mon amour, aimant à aimer.

    Veni Carthaginem, et circumstrepebat me undique sartago flagitiosorum amorum. Nondum amabam et amare amabam et secretiore indigentia oderam me minus indigentem. Quaerebam quid amarem, amans amare.

    (Confessions III, 1)

    Cette passion s’incarna dans la personne d’une concubine dont le nom reste le secret de l’histoire. Augustin l’aima et lui fut fidèle ; il en eut un fils, Adéodat, dont il s’occupa jusqu’à sa mort prématurée en 389.

    Cette étape du cheminement d’Augustin est inscrite au centre de l’image, sur les quatre livres ouverts : celui du haut est l’Hortensius et sur les pages blanches des trois autres, on lit : « Sans ce nom [du Christ], nulle œuvre, fût-elle bien rédigée, ne me ravissait entièrement. » (Confessions III, 8)

    La phrase inscrite au bas de l’image explicite cette affirmation : « Ce Nom de mon Sauveur, ton Fils, mon cœur d’enfant l’avait pieusement bu et il l’avait gardé. » (Confessions III, 8)

    Dans le médaillon situé au-dessus de Monique, deux personnages sont foudroyés par des éclairs, images de la grâce, à côté d’un baptistère.

    La femme nimbée par le triangle rayonnant, est une allégorie de la foi. Elle désigne Augustin en disant : « Il me sera un vase d’élection pour porter mon nom. (Ac 6) »

    La lecture d’un traité aujourd’hui perdu de Cicéron, l’Hortensius, éveilla dans le jeune homme de dix-huit ans l’amour de la sagesse. Formé dans la foi chrétienne, il se dirigea vers la Bible pour y trouver la Sagesse qu’il désirait. Mais il referma le livre aussi rapidement qu’il l’avait ouvert : l’ancienne traduction latine des Ecritures exprimait en un mauvais latin des vérités qui lui paraissaient absolument incompatibles avec sa représentation de Dieu. Il se tourna alors vers les manichéens qui prétendaient expliquer rationnellement le monde et l’origine du mal à partir de la lutte entre deux principes, l’un bon et l’autre mauvais.

    La partie supérieure de l’estampe annonce pourtant déjà la “conversion” d’Augustin à la foi de son enfance. Monique, affligée par la conversion de son fils au manichéisme, pleura longuement, au point que les larmes constituent son principal attribut iconographique.

    D. Aurelii Augustini Confessionum libri tredecim, Paris 1634, Thomas Blaise (BmL, rés 357483). Une estampe représentant Monique en pleurs orne cet exemplaire des Confessions.

    Monique chercha consolation auprès d’un évêque, qui la renvoya de manière un peu expéditive : « Va-t’en ! Aussi vrai que tu es en vie, il est impossible que le fils de ces larmes périsse ! » (Conf. III, 21).

    Derrière l’évêque, une ruche qui fait d’Ambroise le consolateur de Monique : les abeilles sont l’attribut habituel de l’évêque de Milan ; on raconte que son père aurait vu voler des abeilles sur les lèvres du bébé, présage de sa future éloquence. Faire d’Ambroise le consolateur de Monique est évidemment une erreur, qui remonte au moins au temps de saint Bonaventure (XIIIe siècle).

    Cette petite scène traitée en grisaille évoque un songe de Monique. Avec son fils, elle tient en équilibre sur une règle de bois qui évoque la règle de foi ; les paroles qu’elle aurait entendues, présage de la conversion à venir de son fils, sont inscrites à gauche : « Là où tu es, il sera aussi. (Conf. III, 20) ».

    Monique est consolée par un évêque, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.03) Source : Confessions III, 12. 21. 26. Les motifs des pleurs de Monique sont évoqués dans l’ovale, à droite.

    Les murailles situent la scène à Carthage. Augustin tient la main d’un élégant Manichéen, à droite. On lit : « Ils disaient “vérité”, mais c’étaient des mensonges (Conf. III, 10) ». À gauche, un petit Cupidon aux yeux bandés, l’arc à la main gauche, évoque l’attirance d’Augustin pour l’amour charnel ; au-dessus de lui, une femme au sein nu provoque Augustin. L’inscription précise : « Je me ruais dans les liens de l’amour où je désirais être pris (Conf. III, 1) ».

    Août 386, Milan : la conversion

    En 384, Augustin quitta Carthage pour Rome : les étudiants africains étaient trop tapageurs. Mais ceux de Rome étaient mauvais payeurs… Il finit par obtenir, grâce à un ami manichéen, une chaire officielle de rhétorique à Milan (Italie du Nord), qui était à l’époque la capitale de l’empire. C’est là qu’eut lieu l’étape centrale de son cheminement intellectuel et personnel : sa conversion, en août 386.

    La conversion dans le jardin de Milan, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.04) Source : Confessions, VIII, 12. 29. L’image, composée comme une scène de théâtre avec coulisses et décor – un paysage irréel, orné de deux jeunes femmes du type des vanités et d’un jeune moine assis – est inspirée des fresquistes bavarois. Elle synthétise avec fidélité le récit du livre VIII des Confessions.

    Augustin était particulièrement inquiet en arrivant à Milan. Les manichéens n’avaient pas pu satisfaire sa soif de vérité et il s’était tourné un temps vers la doctrine sceptique des philosophes Académiciens.

    Les sermons de l’évêque Ambroise, brillant orateur qu’il était allé écouter pour la beauté de sa langue, éclairèrent de manière inattendue ses deux pierres d’achoppement intellectuelles : Ambroise interprétait au sens “figuré” les récits bibliques inacceptables au sens propre et, dans la tradition philosophique néoplatonicienne, il considérait le mal comme une absence d’être. Les obstacles intellectuels à la conversion d’Augustin au christianisme furent alors levés.

    Restait son attachement aux plaisirs de la chair. Jeune, il priait ainsi : « Seigneur, donnez-moi la continence… mais pas maintenant ! (Conf. VIII, 17) » L’estampe reprend la célèbre altercation des Confessions (VII) entre deux allégories de la Volupté et de la Continence qui précéda sa conversion.

    Cupidon l’interroge : « Tu penses pouvoir vivre sans elles ? ».

    Allongé, Augustin écoute deux jolies femmes représentées en buste derrière lui dire, l’une : « Alors, tu vas nous renvoyer ? », et l’autre : « Et à partir de maintenant, cela ne te sera plus permis, plus jamais ? » (Conf. VIII, 26).

    Continence, sous les traits d’une femme légère entourée de rayons, lui montre une troupe d’adolescents, des lys à la main, en l’interrogeant : « Tu ne pourras pas ce qu’ont pu ces garçons et ces filles ? (Conf. VIII, 26) ». Ces derniers, les “enfants de Continence”, crient à Augustin : « Tolle, lege ! Prends, lis ! »

    Perché au sommet d’un if en pot, un corbeau croasse : « Cras ! Demain ! » en l’incitant à remettre à plus tard sa conversion. « Jusqu’à quand ? Jusqu’à quand ? Demain… Demain ? Pourquoi pas maintenant ? (Conf. VIII, 28) », lui répond Augustin.

    D’après les Confessions, Augustin, au moment de sa conversion, était assis dans un jardin, sous un figuier. Situer cette scène dans un tel lieu – qui est vraisemblablement réaliste – relève aussi d’un choix littéraire et symbolique. Le jardin, hortus en latin, est un homonyme d’ortus, la naissance ; il évoque à la fois le jardin d’Eden et le lieu de la résurrection du Christ. Le figuier, dont Adam et Ève se sont ceints après la Chute, est aussi l’arbre sous lequel se trouvait Nathanaël quand le Christ l’appela à devenir son disciple (Jn 1, 50). Le lieu présente donc symboliquement la conversion d’Augustin comme une renaissance.

    Claude Mellan (1598-1688), Saint Augustin, (BmL, F17MEL002168). Le figuier est reconnaissable à ses feuilles, à droite.

    Obéissant à des voix d’enfants venues du jardin voisin qui chantaient « Prends ! Lis ! », Augustin ouvrit le livre des Écritures et y lit : « Ne vivez pas dans les beuveries. Revêtez Jésus-Christ (Rm 13, 14) ». Soudainement converti, il revint alors vers son ami Alypius qui poursuivit la lecture de l’Épître aux Romains : « Celui qui est faible dans la foi, accueillez-le (Rm 14, 1) » et suivit immédiatement Augustin dans l’adhésion à la nouvelle foi. Nous sommes en août 386.

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 03) Au premier plan, Augustin, assis sous un figuier, écoute la voix des anges qui lui disent : « Tolle, lege ! Prends, lis ! » Il est appuyé sur la Bible, ouverte au passage qui, d’après le récit des Confessions, causa sa conversion (Rm 13, 13-14). Au second plan, dans le jardin à la française, un paon, symbole de renaissance. À droite, Augustin, déjà converti, fait lire la Bible à son ami Alypius, qui se convertit à son tour. Au fond, dans le palazzo renaissance, Monique prie (Augustin attribua sa conversion à la prière incessante de sa mère).

    Augustin vécut sa conversion comme l’adhésion à la véritable philosophie. Les philosophies antiques visaient la sagesse ; pour les chrétiens, la véritable Sagesse, c’était le Christ, en tant que Dieu. Mais ils considéraient que les philosophies ne permettaient pas d’atteindre la sagesse qu’elles professaient, alors que le Christ, en devenant homme, avait ouvert la voie qui menait à la véritable Sagesse. En lui, Augustin estima avoir trouvé la Patrie qu’il désirait atteindre et la Voie pour y parvenir.

    Durant les quelques mois (automne et hiver 386-387) où il se retira avec des amis à Cassiciacum, dans la campagne milanaise, il mena la vie rêvée des philosophes antiques, faite d’otium, de temps libre permettant la réflexion commune. De cette période, nous conservons des œuvres philosophiques qui prennent la forme du dialogue, traditionnelle depuis Platon : Contre les Académiciens, La vie heureuse, L'ordre... et les étonnants Soliloques, dialogues intérieurs entre Augustin et sa raison.

    Soliloques et Soliloques… ou Augustin après Augustin

    Rien ne ressemble moins à des Soliloques que… des Soliloques ! Le titre du dialogue philosophique d’Augustin a été attribué à une compilation médiévale de sermons qui devint un best-steller de la littérature spirituelle jusqu’au XIXe siècle. Ces pseudo-Soliloques bénéficièrent d’une diffusion beaucoup plus large que les véritables Soliloques. Ils furent souvent accompagnés de deux autres florilèges, eux aussi homonymes d’œuvres véritables, les Méditations et le Manuel. Ils ne représentent pourtant qu’une infime partie des œuvres innombrables qui circulèrent au cours des siècles sous le nom d’Augustin sans que celui-ci n’en ait jamais rédigé une ligne. Mais il les avait souvent inspirées : sa lointaine autorité suffisait à les lui attribuer.

    Les soliloques de Saint Augustin, mis en vers françois, avec le latin..., Paris 1696, Jean Couterot (BmL, SJ D 272/206). L'exemplaire a appartenu à la résidence des Missionnaires jésuites (Laval, Mayenne), à la Maison Saint-Louis (Jersey, GB) et à la Bibliothèque jésuite des Fontaines (Chantilly, Oise).

    Augustin revient à Milan au début du carême 387. Il s’y prépare alors au baptême qu’il reçoit finalement à Pâques, des mains de l’évêque Ambroise. Il a 32 ans.

    Des symboles relatifs à la conversion complètent la scène historique, par exemple un cerf, image traditionnelle du catéchumène qui désire l’eau du baptême, en référence au Psaume 41, 2 : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive ».

    Le baptême d’Augustin, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.05) Source : Confessions, IX, 6. 14. La pièce, avec ses boiseries, ses draperies et ses fenêtres à petits carreaux ressemble plus à un salon du XVIIIe siècle qu’à une église du IVe. La figure d’Ambroise, identifiable à la crosse et aux abeilles, domine la scène. Il verse l’eau du baptême sur la tête d’Augustin, agenouillé sur les marches et entouré de son ami Alypius et de son fils Adéodat. L’une des deux femmes est vraisemblablement Monique.

    La composition du Te Deum

    Au moment où Augustin remontait de la cuve baptismale, Ambroise se serait exclamé : « Te Deum laudamus ! À toi, Dieu, notre louange ! », et Augustin aurait répondu : « Te Dominum confitemur ! Nous t’acclamons, tu es Seigneur ! ». Ainsi l’ancienne hymne chrétienne du Te Deum pouvait-elle se réclamer d’une prestigieuse autorité. La légende concernant ce dialogue parfaitement fictif remonte à un traité sur la Prédestination rédigé par Hincmar, évêque à Reims au IXe siècle (PL 125, c. 290).

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 04) La légende mentionne le chant alterné du Te Deum après le baptême d’Augustin.

    Texte du "Te Deum" en écriture gothique (BnF, Latin 13233, f. 64rv, Breviarium ad usum Parisiense, Paris, XIIIe siècle).

    La mort de Monique, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.09) Source : Confessions IX, 11. 27. 28. Monique, auréolée, est allongée sur un lit. Ses dernières paroles sont inscrites l’une sur la pierre devant elle, l’autre sur un livre à droite : « Laissez mon corps où vous voulez ; qu’il ne vous trouble ni ne vous inquiète. Je vous demande seulement de vous souvenir de moi à l’autel du Seigneur, partout où vous serez. (Conf. XI, 27) ». La scène est construite sur une antithèse entre le registre terrestre, dominée par la Mort et les pleurs, et la joie qui éclate dans le registre céleste.

    Après son baptême à Milan, Augustin décide de regagner sa ville natale de Thagaste, en Afrique. L’hiver l’obligea à s’arrêter en chemin, dans la ville portuaire d’Ostie, près de Rome, en attendant la reprise de la navigation au printemps. Monique y mourut fin 387.

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 07) La scène représentée sur cette planche, assez sombre, n’est guère éclairée que par le décor de draperies et le registre céleste. Augustin, de dos, tient à la main un livre de prières ; sur la table de droite sont regroupés les objets liturgiques utilisés pour les derniers moments. À travers la fenêtre, le voilier évoque le prochain retour d’Augustin en Afrique.

    « Évêque malgré lui, mais pasteur jusqu’au bout »

    À Thagaste, Augustin poursuivit avec quelques amis la vie monastique commencée en Italie du Nord ; elle représentait pour lui l’idéal du bonheur. Sa réputation, pourtant, commençait à se répandre en Afrique. Il évitait donc soigneusement de se rendre dans les cités voisines dont il savait que le siège épiscopal était vacant : Ambroise, par exemple, n’avait-il pas été choisi contre son gré pour assumer la charge d’évêque, sur simple acclamation populaire ?

    Appelé dans la cité portuaire d’Hippone par un homme qui désirait devenir moine, et espérant y trouver un lieu plus vaste que le domaine familial pour y installer son monastère, Augustin s’y rendit en toute confiance : l’évêque du lieu, Valère, était bien en vie, même si son âge avancé et son origine grecque lui causaient des difficultés pour prêcher. Alors que Valère les exposait en chaire et désirait un prêtre pour le seconder, la foule se saisit d’Augustin et demanda à grands cris son ordination.

    La scène a rarement été représentée de manière aussi émouvante que sur cette estampe : le nombre des personnages, leurs gestes, les ombres et les lumières la rendent particulièrement dramatique.

    Augustin ordonné prêtre malgré lui, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.10) Source : Possidius, Vie d’Augustin IV.

    Un homme, à gauche, pointe l’évêque du doigt tout en repoussant Augustin ; à droite, un mendiant s’élance pour le retenir ; en bas, un enfant s’accroche à son vêtement. Augustin, vêtu en ermite, est saisi en plein mouvement de retrait, alors qu’il descend les marches de l’église. Il tourne vers Valère un regard effrayé : « Tu ordonnes de me perdre, Valère, mon Père ? (Lettre 21, 3) » Celui-ci, de sa chaire, domine le tumulte ; on lit sur l’auréole : « Sur mes serviteurs et sur mes servantes, je répandrai mon esprit. (Joël 3, 2) ».

    Augustin aurait, selon Possidius, pleuré au moment de son ordination. Attribuant ses larmes à un froissement d’amour-propre déçu de devoir se contenter du sacerdoce, on le consola : il deviendrait évêque ! Nul ne comprit alors qu’elles étaient dues à sa crainte devant les périls liés au gouvernement de l’Église qui lui incombait.

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 10) La tristesse d’Augustin se lit sur ses traits et la légende rappelle qu’il pleura.

    En 391, après quelques mois consacrés à l’étude des Écritures, Augustin commençait sa vie sacerdotale. Quelques années plus tard, vers 395, Augustin fut consacré évêque, encore une fois, « malgré lui ». Son évêque Valère craignait que les sbires d’une cité voisine ne l’enlèvent pour le consacrer évêque là-bas. Il demanda donc au primat de Carthage la permission de l’ordonner de son vivant. Augustin céda difficilement à ce qu’il considérait comme une entorse à la tradition des Églises africaines.

    Une place laissée vide parmi des convives attablés évoque une parabole évangélique : « Qui s’abaisse sera élevé. (Lc 14, 12) » : une place de choix est réservée à Augustin au banquet céleste du fait de son humilité.

    Une bougie allumée placée « sur un candélabre (Lc 11, 33) » rappelle une comparaison de Possidius : Augustin a été, pour l’Église, une lampe placée en évidence pour éclairer tous ceux qui habitaient la maison.

    Augustin consacré évêque, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.12) Source : Possidius, Vita Augustini, VIII, 3-26.

    La gravure représente de manière extrêmement classique cette consécration. L’évêque Mégale impose la mitre sur la tête d’Augustin agenouillé ; son mécontentement ne paraît pas. À droite, les deux évêques portent au nombre réglementaire de trois le nombre des consécrateurs. Dans le ciel, le Père, nimbé du triangle trinitaire, affirme le choix d’Augustin par ces mots : « Je t’ai choisi comme prêtre. (1 S 2, 28) »

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 13).

    Évêque malgré lui, il resta ensuite pasteur jusqu’au bout, selon l’expression d’André Mandouze, l’un des grands spécialistes d’Augustin au XXe siècle. Il assuma toutes les tâches liées à la charge épiscopale : entre autres, la prédication et la lutte contre les “hérésies”. Augustin est le plus souvent représenté en évêque, avec deux attributs épiscopaux plus tardifs, la mitre et la crosse, comme sur ces deux enluminures ornant des manuscrits de la BmL.

    Saint Augustin en évêque, tenant un livre, Missel franciscain, XVe siècle (BmL, Ms 514 f. 298, détail 53x57).

    Saint Augustin portant la mitre et la crosse, Breviari d'amor, Matfre Ermengaud, XIVe siècle (BmL, Ms 1351, f. 75v, détail 33x62).

    Moine, envers et contre tout

    Augustin, après sa conversion, suivit la voie ouverte en Orient par le moine Antoine qui l’avait stimulé par son exemple : il devint moine ou, pour s’exprimer en ses propres termes, “serviteur de Dieu”. Il revêtit alors un vêtement noir, très simple, qu’il garda toute sa vie. Plusieurs de ses amis se groupèrent autour de lui.

    Des maisons basses aux toits pointus et les silhouettes de trois ermites évoquent la vie monastique qu’il mena après son baptême, d’abord à Cassiciacum, puis dans sa ville natale de Thagaste.

    Vêture d’Augustin, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.06) Source : Pseudo-Augustin, Sermo ad fratres in heremo XXVI ; Pseudo-Ambroise, Sermo de baptismo et Conversione Augustini

    Comme d'autres, cette image se lit de bas en haut. Les symboles de la vie laïque d’Augustin ont été jetés à terre au premier plan : sa toge, un livre et sa férule de professeur. Après sa conversion, au moment de se consacrer à Dieu, il abandonna en effet son métier de professeur de rhétorique. Mais que le vêtement lui ait été remis par Ambroise, comme le raconte sur cette estampe, cela relève de la légende.

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 05). Au premier plan, Augustin reçoit l’habit monastique ; ses vêtements profanes gisent devant lui. Au fond, le graveur a représenté la conversation entre Monique et son fils qui se termina par « l’extase d’Ostie ».

    En 397, à Hippone, Augustin dota ses monastères d’une Règle. Elle reprenait l’idéal des premières communautés chrétiennes où chacun mettait en commun avec les autres tout ce qu’il possédait.

    Dans le registre céleste, le Christ, assis sur un arc-en-ciel au milieu des nuées, bénit l’entreprise augustinienne par cette phrase, qui se termine dans le cartouche central : « Paix à ceux qui suivront cette règle. (Ga 6, 16) » Un ange montre Augustin du doigt, en disant : « Le père à ses enfants montrera ta volonté. (Is 38, 19) ».

    Les trois moines et les trois moniales qui entourent Augustin veulent représenter la descendance monastique d’Augustin.

    Augustin donne sa « Règle » aux moines, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.11) Source : Possidius, Vita Augustini, V, 3.

    Les premiers mots de la Règle se détachent nettement au centre de l’image : « Avant tout, frères très chers, aimons Dieu, et ensuite notre prochain. » Alors que le monachisme oriental insistait surtout sur l’ascèse extérieure, la Règle d’Augustin met l’accent sur deux autres réalités : la vie communautaire où la charité peut être concrètement mise en pratique et l’intériorité qui donne son âme au comportement extérieur. La charité qu’elle prescrit renferme aussi une part de critique sociale : dans la société fortement inégalitaire de son temps, elle place tous les moines sur un pied d’égalité.

    Saint Augustin remettant la règle de son ordre, S. Augustini Regula et guillelmi durandi instructiones presbyterorum par Guillaume Durand, Italie, 14e siècle (©Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Communauté, ms. 0158, f. 1).

    L’exemple d’Augustin fut suivi et, de son vivant, la vie monastique se diffusa dans toute l’Afrique. Il l’envisageait à la fois comme un haut idéal de vie évangélique qui récapitulait une sorte de consécration à la Sagesse que vivaient les anciens philosophes, et comme un moyen efficace de redonner de la vigueur à l’Église d’Afrique. Nombreux furent les évêques africains qui sortirent des pépinières de vie chrétienne que formaient ses monastères.

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 11). La lumière joue dans les plis des vêtements des ermites auxquels Augustin donne sa Règle. À travers la baie, on distingue le monastère en construction ; l’activité des ouvriers contraste fortement avec la solennité de la scène principale.

    Devenu évêque, Augustin considéra qu’il était aussi de son devoir d’exercer la bienfaisance à l’égard de ceux qui passaient. Il créa à cette fin un monastère de clercs qui menaient la même vie de pauvreté, de fraternité et de sobriété que le monastère des frères, tout en bénéficiant d’une plus grande liberté de mouvement.

    Les “Chanoines de saint Augustin” se revendiquaient de cette seconde fondation.

    Au mur est inscrite la sentence qui ornait le réfectoire du monastère d’Hippone et qu’Augustin savait faire respecter énergiquement si besoin : « Que celui qui par sa médisance se plaît à déchirer la vie des absents, apprenne qu'il n'est pas digne de s'asseoir à cette table. »

    L’hospitalité à laquelle s’adonnaient les clercs est évoquée par le paysage à droite : devant les bâtiments épiscopaux, avec un clocher à bulbe caractéristique des églises de Bavière, un chanoine accueille un mendiant.

    Augustin donne une « Règle » aux chanoines, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.13) Quoique la vie des frères Klauber ait été commandée par des ermites, une image fut consacrée à l’évocation des chanoines. Augustin y est vêtu en chanoine (soutane, aube et mosette). Il désigne le livre de la Règle, ouvert sur la table, afin qu’on y lise les premiers mots : « Avant tout, frères très chers, aimons Dieu, et ensuite notre prochain. »

    Dans le registre céleste, la figure de Marthe évoque elle aussi la vie active des chanoines : « Marthe accaparée par les multiples occupations du service (Lc 10, 40) », contrairement à sa sœur Marie, représentée « assise aux pieds du Seigneur », occupée à écouter sa parole. L’allusion à cet épisode évangélique est unique dans l’iconographie augustinienne.

    La postérité de la Règle d’Augustin

    La mort d’Augustin coïncide avec l’invasion des Vandales qui imposèrent l’arianisme en Afrique ; elle sera suivie par celle des Arabes dans la seconde moitié du VIIe siècle. La plupart des chrétiens quittèrent la région et, à cette occasion, la Règle se répandit en Europe.

    Concurrencée au VIe siècle par la célèbre Règle de saint Benoît, elle était pourtant encore suivie dans certains monastères quand, en 1243, le pape Innocent IV fonda l’ordre des Ermites de Saint-Augustin. Partout en Europe, des communautés de chanoines suivaient par ailleurs la Règle augustinienne, qui correspondait parfaitement aux idéaux d’une réforme engagée par le pape Grégoire VII au XIe siècle. La Règle d’Augustin a donc marqué de sa présence tout le Moyen-Âge. Ermites et chanoines firent leur le patrimoine spirituel légué par l’évêque d’Hippone, au point qu’ils le considérèrent comme leur fondateur.

    Les ordres qui par la suite basèrent leurs propres Constitutions sur la Règle augustinienne furent très nombreux : c’est le cas des Dominicains, des Ursulines, des Pénitentes de Sainte Marie-Madeleine et des Filles de Saint-Louis par exemple.

    Regula beati Augustini episcopi. Constitutiones fratrum ordinis predicatorum, Lyon, 1515, Louis Martin (BmL, Rés 813062).

    La règle de saint Augustin et constitutions pour les religieuses de Sainte Ursule [au diocèse de Lyon], Lyon, 1673, Antoine Thomas (BmL, 802462).

    La Regles de Saint Augustin, et les constitutions particulieres pour les Soeurs penitentes de Sainte Marie-Magdeleine de Lyon, Lyon, 1666, Michel Goy (BmL, 802461).

    LReigle de sainct Augustin et constitutions pour les filles de St. Louys religieuses hospitalieres, Paris, 1639, Robert Sara (BmL, 802459).

    Augustin après Augustin...

    28 août 430 : Augustin meurt, alors que la ville d’Hippone est assiégée par les Vandales.

    Le sablier renversé indique que, pour lui, le temps s’est arrêté.

    Les tentes des Vandales qui assiègent Hippone depuis trois mois se laissent deviner.

    Bolswert, Iconographia magni Patris Aurelii Augustini..., Paris, 1624 (BmL, Rés est 319808, pl. 19).

    Mort d’Augustin, Vie de saint Augustin, Frères Klauber, XVIIIe siècle (BmL, Collection iconographique jésuite « Augustin », 23.17) Source : Possidius, Vie d’Augustin XXXI, 1-27. Au centre, Augustin, en habit d’ermites, entouré de moines et de clercs, vient de rendre l’âme. Dans le registre céleste, il est déjà monté en gloire et il présente au triangle divin son cœur enflammé en rappelant ce qu’il désirait au début des Confessions : « Qu’il repose en toi ! (Conf. I, 1) » Deux rayons traversent l’image, en direction d’un livre et d’un baptistère : ils symbolisent le travail d’Augustin au service de l’Église.

    Et après ? Augustin n’avait pas fait de carrière littéraire. Ses nombreux écrits avaient été suscités par des préoccupations pastorales ; il étaient adressés, sauf rares exceptions, à ses diocésains ou à l’Église d’Afrique.

    Augustin écrivant à sa table de travail, Livre de prières de l'antipape Clément VII, Avignon, vers 1378-1383 (Bibliothèque municipale d'Avignon, cliché IRHT, Ms. 6733, f. 55).

    Augustin écrivant à sa table de travail, Livre de prières de l'antipape Clément VII, Avignon, vers 1378-1383 (Bibliothèque municipale d'Avignon, cliché IRHT, Ms. 6733, f. 55, détail).

    A sa mort, une infime partie de son œuvre avait passé la Méditerranée et il fallut attendre quatre siècles pour qu’il devienne le maître à penser de l’occident latin. Cependant, quelques années après sa mort, sans doute vers 442-445, la bibliothèque épiscopale d’Hippone fut transférée à Rome. Cela explique qu’un grand nombre d’œuvres “mineures” aient été conservées. Elles n’auraient probablement pas été recopiées sinon.

    Certains moments de l’histoire furent capitaux pour la transmission de l’œuvre et de la pensée d’Augustin. La réforme carolingienne, au IXe siècle, fit de l’augustinisme le principe d’unité théologique de l’empire de Charlemagne. Au XIIe siècle, des ordres religieux dont les constitutions reposaient sur la Règle d’Augustin se développèrent. Les premières œuvres complètes virent le jour avec le travail des humanistes et le développement de l’imprimerie ; à la fin du XVIIe siècle, les moines bénédictins de l’abbaye de Saint-Maur, les Mauristes, donnèrent à cette entreprise une orientation décisive pour les siècles suivants, du fait de leur travail critique et de leurs classifications rationnelles des textes.

    Adam et Ève (Rés 21470, t.01, p.3 détail).

    Job (Rés 21470, t.01, p.248 détail).

    La Bibliothèque municipale de Lyon conserve une vingtaine d’éditions des œuvres complètes. Parmi celles-ci, signalons ces exemplaires qui ont appartenu à Colbert. Ses armes sont estampées à chaud sur le maroquin rouge de la reliure. L’édition est due à Erasme ; l’imprimeur Froben, à Bâle, en a soigné la présentation par des initiales ornées avec des gravures sur bois, qui représentent des scènes bibliques ou antiques.

    D. Aurelii Augustini,... Omnium Operum primus [-decimus] tomus, Bâle, 1528-1529, Johann Froben (BmL, Rés 21470).

    Crassus (Rés 21470, t.01, p.169 détail).

    Mais l’œuvre d’Augustin n’a pas inspiré seulement des penseurs considéré comme “orthodoxes” par l’Église catholique. Certains volumes s’en font l’écho, par exemple cet exemplaire de La sainte virginité commenté par Claude Séguenot (1596-1676). Le commentaire fut censuré par la Faculté de Théologie de Paris dès sa parution en mars 1638 ; il valut cinq années de Bastille à son auteur, sur ordre de Richelieu. La BmL conserve un exemplaire de l’acte de censure et un lecteur a écrit à l’encre « error damnatus », « erreur condamnée » en marge d’un passage mentionné dans l’acte.

    De la sainte virginité, discours traduit de S. Augustin. Avec quelques remarques pour la clarté de la doctrine. Par Claude Seguenot prestre de l'oratoire, Paris, 1638, Jean Camusat (BmL, 328792 partie 2, p.18).

    Censura Sacrae Facultatis Theologiae Parisiensis, lata in Librum qui inscribitur, De la saincte virginité, Paris, 1638, Adrian Taupinart (BmL, Ms 1343, ff. 276–283).

    Des marques de censures plus anecdotiques et plus surprenantes s’invitent parfois dans les volumes… tel ce petit ange qu’un prude lecteur a « rhabillé » sur le frontispice de ces Confessions !

    Augustini Libri XIII Confessionum, Cologne, 1649, Henricus Sommalius (BmL, SJ D 268/19).

    Bibliographie sélective

    • J.-P. Bouhot, « La transmission d'Hippone à Rome des œuvres de saint Augustin », dans Du copiste au collectionneur. Mélanges d'histoire des textes et des bibliothèques en l'honneur d'A. Vernet (Bibliologia, 18), Turnhout 1998, p. 23-33.
    • P. Brown, La vie de saint Augustin, Paris 2001.
    • J. Courcelle – P. Courcelle, Iconographie de Saint Augustin, vol. 3 : Les cycles du XVIe et du XVIIe siècle, Paris 1972, p. 43-61 ; vol. 4 : Les cycles du XVIIIe siècle. 1 : L'Allemagne, Paris 1980, p. 82-101.
    • G. Madec, Portrait de saint Augustin, Paris 2008.
    • H.-I. Marrou, Saint Augustin et l'augustinisme, Paris 1955.
    • A. Trapè, Saint Augustin : l'homme, le pasteur, le mystique, Paris 1988.
    • T. Van Bavel (éd.), Saint Augustin, Bruxelles 2007.
    • P. Villemain, L'innommée de saint Augustin. Confessions de Numida, Paris 1957.

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Marie Pauliat, Augustin d’Hippone. Une œuvre née d’une vie, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2016-08-03T13:43:03Z, modifié le 2017-03-22T12:27:07Z, consulté le 2017-08-23 15:38:10. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001augustin_vie

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