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    Les "artes moriendi" ou l’art du bien mourir à l’époque moderne

    Page d'introduction :

    "Car il convient tous mourir une fois..."

    Page en lien :

    La danse macabre ou danse des morts

    Au XIIIe siècle, l’apparition du purgatoire, associé à l’idée de jugement des âmes, permet le développement d’une spiritualité nouvelle, fondée sur le salut et le rachat. La mort est alors appréhendée comme un moment crucial qu’il faut bien préparer. Du XVe au XIXe siècle, le genre littéraire du bien mourir fait florès, à travers des textes variés.

    L’Ars moriendi primitif (XVe siècle - début du XVIe siècle)

    « Scientia bene moriendi » (la science du bien mourir) : l’expression apparaît pour la première fois sous la plume de Jean Gerson, elle constitue le titre de la troisième partie de son Opusculum tripartitum (1404). Le théologien et prédicateur offre au public le premier manuel du bien mourir. Les lecteurs - curés et fidèles - peuvent y trouver des exhortations à se préparer à la mort et des questions sur les dispositions de l’âme. L’auteur leur propose également des prières pour demander le pardon de leurs fautes et des recommandations pour bien recevoir les derniers sacrements.

    La Bibliothèque municipale de Lyon conserve un exemplaire de l’Opusculum, en latin et en français, probablement imprimé à Lyon, vers 1508. Le texte est précédé d’un mandement de l’archevêque de Lyon qui en recommande l’usage. (BmL, Res inc 586, f. 1 à f.4 en latin et en français)

    Jean de Gerson, Linstruction des curez pour instruire le simple peuple..., Lyon ?, 1508 ? (BmL, Res inc 586)

    Jean de Gerson, Linstruction des curez pour instruire le simple peuple..., Lyon ?, 1508 ? (BmL, Res inc 586, verso de la page de titre)

    L’ouvrage a d’abord appartenu à un certain Antoine Gérard, avant de passer entre les mains du prêtre François Perrin. Une mention de don porte le témoignage de sa transmission, de Jean Perrin à Marbosius, en 1544. Enfin, l’ex-libris des Jésuites du Collège de la Trinité de Lyon atteste que l’Opusculum tripartitum a rejoint les rayonnages du Collège de la Trinité en 1609.

    Quelques années plus tard, l’ouvrage de Gerson inspire deux textes anonymes, l’Ars moriendi et le Tractatus artis bene moriendi, qui livrent des recommandations à l’égard du mourant et de ses accompagnants. Le message est simple : la mort est une épreuve, à laquelle les fidèles sont tenus de se préparer. L’agonie est envisagée comme un combat entre des démons et des anges qui luttent pour s’approprier l’âme du défunt.

    Ces livrets s’enrichissent d’illustrations, qui assurent leur succès et leur diffusion dans toute l’Europe. Le texte de l’Ars moriendi est associé à une série de gravures représentant un homme sur son lit de mort. Le mourant assiste au combat entre le bien et le mal : les cinq tentations du diable - l’avarice, la vanité, l’impatience, le désespoir et le détournement de la foi - s’opposent aux cinq sages conseils de l’ange.

    L'ars moriendi. La lutte contre la tentation de vaine gloire, (© Paragone)

    L’Ars moriendi incite le mourant - et ses proches - à redoubler de foi pour sauver son âme et obtenir le salut éternel. Il promeut le recours aux intercesseurs et aux sacrements, renforçant ainsi le rôle d’encadrement de l’Église jusque dans les derniers instants.

    L’Ars moriendi connaît un grand succès jusque dans les années 1500, où la courbe de production s’effondre. Le genre ne s’éteint pas pour autant : à l’orée du XVIe siècle, les artes moriendi renaissent de leurs cendres, au travers de nombreux traités qui sont autant de variations de l’Ars moriendi primitif.

    L'humanisme et l’art de bien vivre et de bien mourir (XVIe siècle)

    Alors que l’Ars moriendi du XVe siècle se focalise sur le moment de l’agonie, les traités du XVIe siècle introduisent un nouveau modèle, influencé par le mouvement humaniste. On se dirige désormais vers l’art de bien vivre pour se disposer à une bonne mort.

    Figure majeure de l’humanisme chrétien, Érasme a médité durant toute sa vie sur la mort. Dans son De praeparatione ad mortem, paru à Bâle en 1534, il invite les fidèles à vivre en bon chrétien afin d’accéder au ciel en toute sérénité.

    Érasme s’élève contre les indulgences et les aumônes que prônaient les premiers artes moriendi. Alors que ces pratiques étaient destinées au rachat de l’âme, possible jusqu’à l’ultime instant, l’humanisme met l’accent sur le salut individuel, fondé sur la foi et les oeuvres, la volonté et le mérite. Le traité d’Érasme est traduit en français en 1537.

    Érasme, Epistolae aliquot seriis de rebus Erasmo Roterod..., Anvers, 1534 (BmL, SJ X 677/51)

    Érasme, Des. Erasmi Roterodami liber cum primis pius, de praeparatione ad mortem..., Lyon, 1539 (BmL, Rés 807703)

    Érasme, De Praeparatione ad mortem..., Lyon, 1541 (BmL, B 509916)

    Cette édition est très annotée

    Érasme, D. E. Roterodami Liber cum primis pius, de praeparatione ad mortem, 1537 (BmL, SJ X 663/117, 3 pp. 8-9)

    D’autres ouvrages illustrent le ton personnel que prennent les artes moriendi à cette époque.

    Jean Raulin, Doctrinale mortis..., Paris, 1531 (BmL, Rés 331289)

    Le Doctrinale mortis (1518) est l’oeuvre d’un prédicateur humaniste, Jean Raulin. La pensée de la mort (« memoria mortis ») doit guider la vie, tel est le message dispensé par le moine bénédictin, qui recourt à la métaphore maritime : « la mort est le port vers lequel nous devons sans cesse regarder ; sinon, la vie ne sera que naufrage. » (traduction de Jean-Marie Le Gall).

    Jean Raulin, Doctrinale mortis venerandi patris..., Lyon, 1519 (BmL, Rés B 509687)

    Josse Clichtove est l’un des premiers réfutateurs de Luther. Dans son De doctrina moriendi, paru en 1538, le théologien flamand « insiste sur la possibilité que l’homme a, en lui, de surpasser sa condition pécheresse par une expérience spirituelle de pénitence et d’ascétisme. » (Denis Crouzet, 1990).

    Josse Clichtove, De Doctrina moriendi..., Paris, 1538 (BmL, Rés 389818)

    Josse Clichtove, De Doctrina moriendi..., Paris, 1538 (BmL, Rés 389818 f. 159 v.)

    Certains auteurs proposent des compilations sur la science du bien vivre et du bien mourir. Ils se basent sur les textes des auteurs anciens, grecs et latins. Ainsi, dans les Excellens traitez et discours de la vie et de la mort, Philippe de Mornay livre aux lecteurs des réflexions de Platon, Cicéron, Sénèque, Saint Cyprien et Saint Ambroise.

    Philippe de Mornay, Excellens traitez et discours de la vie et de la mort, 1585 (BmL, 803370)

    Philippe de Mornay, Excellens traitez et discours de la vie et de la mort, 1585 (BmL, 803370 pp. 46-47)

    Le bien mourir dans la littérature de piété du XVIIe siècle

    Barnabé Saladin, Le sage pedagogue ou l'Ange gardien instruisant Philange en l'art de bien vivre et de bien mourir..., Lille, 1692 (BmL, SJ A 408/344)

    Jean Crasset, La douce et sainte mort, Paris, 1681 (BmL, 334965)

    Charles Drelincourt, Les Consolations de l'âme fidèle contre les frayeurs de la mort..., Paris, 1662 (BmL, 336270)

    Étienne Binet, Consolation, et resiouissance pour les malades et personnes affligées, Lyon, 1656 (BmL, Chomarat A 7417)

    François de La Mothe Le Vayer, Opuscules ou petits traictez ..., Paris, 1644 (BmL, SJ B 293/26)

    Au XVIIe siècle, la courbe de la production d’ouvrages de piété connaît une spectaculaire progression. Le thème de la mort prospère au sein de cette littérature, se déclinant sous diverses formes : méditations sur la mort, préparations à la mort et manuels à l’usage des malades constituent les principales catégories.

    Ces traités - en français pour la plupart - s’adressent à un large public, composé de prêtres, de religieux et de fidèles - malades et mourants mais également bienportants. Leur contenu emprunte à plusieurs genres : sermons, explications, méditations, exhortations, prières, entretiens...

    Le carme Jean de Jésus-Marie et le jésuite Robert Bellarmin prolongent le mouvement initié par les humanistes.

    Le premier publie en 1609 l’Arte di ben morire..., traduit en français en 1612 sous le titre L’art d’aimer Dieu, l’art de bien vivre et bien mourir. L’ouvrage commence par une réflexion sur la brièveté de la vie et « l’estime que l’on doit faire de la bonne mort ». L’auteur livre ensuite des préceptes généraux (avoir la mémoire continuelle de la mort, vivre avec Dieu comme avec un juge, ne point faire de péchés mortels, vivre chaque jour comme si c’était le dernier...), puis des préceptes à destination des malades (mettre ses affaires en ordre, recevoir le saint viatique, invoquer les saints, résister aux tentations contre la foi, de désespoir, d’orgueil..). Jean de Jésus-Marie envisage enfin tous les types de mort (la mort soudaine, la mort douloureuse, la mort à la guerre...).

    Dans le De arte bene moriendi (1620), Robert Bellarmin donne comme règle aux fidèles de « méditer souvent et sérieusement le fait que l’on devra rendre compte à Dieu de ses propres actions ». L’auteur recommande « de chercher à ne pas accumuler de richesses sur cette terre, mais à vivre simplement et avec charité pour obtenir les biens du ciel. »

    Jean de Jésus-Marie, L'art d'aimer Dieu. L'art de bien vivre, et l'art de bien mourir..., Paris, 1612 (BmL, 802935)

    Jean de Jésus-Marie, L'art d'aimer Dieu. L'art de bien vivre, et l'art de bien mourir, Paris, 1612 (BmL, 802935)

    Robert Bellarmin, De arte bene moriendi, Cologne, 1634 (BmL, 802646)

    Parmi les best-sellers de la littérature du bien mourir du Grand Siècle, citons aussi la Douce et sainte mort, ouvrage écrit par le père jésuite Jean Crasset, L’avant-coureur de l’éternité du jésuite Jérémie Drexel, ou encore Les Consolations de l'âme fidèle contre les frayeurs de la mort, par le pasteur réformé Charles Drelincourt. Les titres se multiplient.

    Jérémie Drexel, L'Avant-coureur de l'eternité messager de la mort..., Lyon, 1669 (BmL, 333991)

    Jérémie Drexel, L'Avant-coureur de l'eternité messager de la mort..., Lyon, 1669 (BmL, 333991, p. 90)

    Jérémie Drexel, L'Avant-coureur de l'eternité messager de la mort..., Lyon, 1669 (BmL, 333991, p. 210)

    Jérémie Drexel, L'Avant-coureur de l'eternité messager de la mort..., Lyon, 1669 (BmL, 333991)

    Jérémie Drexel, L'Avant-coureur de l'eternité messager de la mort..., Lyon, 1669 (BmL, 333991, gravure en fin de table des chapitres)

    Les XVe, XVIe et XVIIe siècles sont donc trois siècles de prospérité pour l’art du bien mourir. Tous ces ouvrages visent un même but : apprendre aux fidèles à mourir en vrai chrétien. Aux XVIIIe et au XIXe siècles, si la mort ne s’affiche plus dans le titre des livres, elle ne disparaît pas pour autant : nombreux sont les ouvrages de piété qui abordent le sujet, distillé parmi d’autres thèmes. La littérature du bien mourir a encore de beaux jours devant elle...

    Auteur du dossier : Juliette Pinçon

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Juliette Pinçon, Les artes moriendi ou l’art du bien mourir à l’époque moderne, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2015-01-19T14:13:41Z, modifié le 2015-04-01T07:23:01Z, consulté le 2018-11-16 01:53:42. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:BML_00GOO01001THM0001ars_moriendi_3

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