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    Surveillance et répression de la presse anarchiste

    Le commissariat spécial près de la préfecture du Rhône (1870-1914)

    
			 (dimanche 09 décembre 1883)
		L'Emeute (dimanche 09 décembre 1883) Anarchiste violent voila comment le commissaire spécial près de la préfecture du Rhône, Philippe Perraudin qualifie Francois Vitre le nouveau gérant du journal anarchiste l'Emeute [note] dans son rapport en 1883 [note].

    Ceci nous indique qu'il existe un commissaire spécial près de la préfecture, que celui-ci produit des rapports sur les gérants de journaux, notamment les journaux anarchistes qui sont estimés dangereux. Il faut nous donc nous demander en quoi la surveillance des journaux et des journalistes, notamment anarchistes, est un moyen de surveiller la ville pour le commissaire spécial près de la préfecture ? Cette question n'est pas anodine car les journaux anarchistes ont été les plus surveillés, surtout lors de la vague d'attentats anarchistes à Lyon de 1882 à 1887. De plus cette question nous permet de saisir le rôle du commissaire spécial dans toute son étendue de la surveillance à la répression.

    Enfin, cette question est la croisée des chemins de deux historiographies relativement peu développées mais en renouvellement. En effet, si l'histoire de la police est relativement bien connue, notamment à Lyon [note], il n'y avait pas de travaux sur le commissariat près de la préfecture jusqu'à la communication de Florent Prieur. De même, si l'histoire du mouvement anarchiste a fait l'objet de recherches en France et à Lyon [note] avec les travaux de Jean Maitron, la presse anarchiste [note] et la surveillance des mouvements anarchistes lors de la vague d'attentats à Lyon ont eux peu été étudiées. Cependant, Vivien Bouhey vient de soutenir une thèse d'histoire sur les anarchistes contre la République qui s'oppose à l'historiographie traditionnelle selon laquelle les mouvements anarchistes sous la Troisième république étaient désorganisés. Sa thèse tend à montrer au contraire que ces mouvements anarchistes auraient été bien organisés [note]. Ce débat met nous pousse à aborder un autre versant du questionnement pour savoir si le commissaire spécial a dû lutter contre des journaux et des attentats qui sont le fait d'un seul et même groupe organisé ou non.

    Nous tenterons de répondre à ces questions en trois temps, d'abord en étudiant le fonctionnement du commissariat spécial, puis en analysant son action envers la presse anarchistes lors des attentats de 1882-1884, enfin nous nous interrogerons sur l'efficacité de ce commissariat.

    Un commissariat spécial omniprésent

    Alors que la préfecture républicaine du Rhône suit le mouvement de libéralisation par rapport au Second empire et à l'ordre moral, elle renforce son commissariat spécial qui a en charge, entre autre, la surveillance de la presse.

    La préfecture du Rhône comme les autres préfectures se voit retirer par la République un certain nombre d'outils de répression de la presse. Depuis, 1848 la censure n'existe plus, le timbre impôt contraignant sur chaque exemplaire de journal disparaît en 1870. L'autorisation préalable et la possibilité de suspension d'un journal héritées du Second empire disparaissent avec la fin de l'état de siège dans le Rhône en 1876. Le cautionnement c'est-à-dire la somme que devait verser un journal, diminue jusqu'à disparaître avec la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881. Cette loi sur la presse est fondatrice comme celle sur la liberté de réunion du 30 juin 1881. La loi sur la liberté de la presse ne conserve comme démarche qu'une simple déclaration préalable au parquet pour la parution d'un journal. Le changement n'est pas que législatif, l'administration de la préfecture devient républicaine ainsi parmi les successeurs du sinistre préfet Ducros de l'ordre moral on retrouve Jules Massicault, de 1882 à 1887, qui est un ancien journaliste du Progrès et opposant au Second empire [note] et à l'ordre moral.

    Toutefois, la préfecture, républicaine, du Rhône conserve une institution créée sous le second empire, le commissaire spécial près de la préfecture. Ce poste est crée par le décret préfectoral du 30 aout 1852 après de l'étatisation de la police de Lyon et est une spécificité lyonnaise. Ce commissaire spécial se rajoute au commissaire spécial de la sûreté puis au commissaire spécial des chemins de fer présent dans chaque département [note]. Ce poste de commissaire spécial est conservé sous l'ordre moral avec le commissaire Delmas mais encore sous la République républicaine avec par exemple le commissaire spécial Perraudin qui occupe ce poste de 1878 à 1885. D'ailleurs les commissaires spéciaux ont une forte longévité dans leur fonction, huit commissaires spéciaux près de la préfecture se sont succédés entre 1870 et 1914 alors que 15 secrétaires généraux pour la police [note] et 16 préfets ont défilé dans la même période. Ils ont tous occupés plusieurs postes de commissaire, quatre étaient déjà policier sous le Second Empire. Dans leurs rapports annuels les préfets se félicitent d'eux et ils gagnent 6 000 francs par an [note]. Surtout, le commissariat spécial près de la préfecture se développe en hommes et en moyens comme le montre ses comptes [note], notamment il possède ses propres archives [note]. A partir de 1895 deux commissaires spéciaux adjoints près de la préfecture sont attestés [note].

    Le commissariat spécial est une police politique qui surveille les partis politiques, les réunions et surtout la presse. Ainsi le commissaire spécial Bergeret reçoit l'instruction dès 1854 de se rendre chaque jour au bureau des postes dans le but de rechercher et saisir pamphlets, écrits, journaux, imprimés de toutes espèces etc. excitant à la haine et au mépris du gouvernement [note]. Cette surveillance passe par une enquête et un rapport quasi-systématique sur le gérant d'un journal après la déclaration préalable du titre. Ces rapports quasi-systématiques sont uniques en France et leur double est envoyé du ministère de l'intérieur et est conservé aux Archives nationales. Surtout, ces rapports se font de plus en plus nombreux et de plus en plus précis sur la période surtout après 1881.

    Le commissariat spécial et sa surveillance se développent donc pour pallier le recul des moyens autoritaires qui étaient à la disposition de la préfecture sous le Second empire et l'Ordre moral. Pourtant, le commissariat spécial ne se limite pas qu'à la surveillance il est ainsi au centre de la répression des anarchistes et de leurs journaux à Lyon en 1882-1884.

    Répression des anarchistes et de leurs journaux en 1882-1884.

    Le mouvement anarchiste renait à partir des années 1880 à Lyon qui devient l'un des foyers de l'anarchisme en France. Cette renaissance passe par la publication de journaux anarchistes. Mais ses journaux, outils de propagande, deviennent un moyen de surveillance et de condamnations pour le commissaire spécial alors que les attentats anarchistes se multiplient à Lyon.

    Le mouvement anarchiste avait été réprimé après la Commune et renaît avec l'amnistie des communards le 10 juillet 1880, et les différents congrès internationaux comme celui de Londres en 1881 ou celui de Genève en aout 1882. A ces deux congrès des anarchistes lyonnais représentent leurs compagnons car Lyon est devenu l'un des foyers de l'anarchisme. En effet, après l'échec de la tentative de Commune par Bakounine à Lyon le 28 septembre 1870 et sa fuite en Suisse [note] l'anarchisme avec renait avec le congrès ouvrier du 28 janvier au 8 février 1878 au théâtre des variétés à Lyon. La renaissance de l'anarchisme à Lyon s'explique par la forte tradition de mouvement ouvrier et par la proximité de la Suisse où se sont réfugiés les communards, la fédération anarchiste jurassienne et Kropotkine et son journal L'insurgé qui sont un exemple pour les anarchistes lyonnais [note]. Le mouvement anarchiste qui représente plusieurs centaines de personnes à Lyon, se sépare des socialistes et se lance dans une propagande active rendue possible avec la loi sur la liberté de réunion et celle sur la liberté de la presse. Ainsi, le parti socialiste révolutionnaire organise une réunion publique à l'Elysée en décembre 1881 qui rassemble plus de 800 personnes [note]. Les anarchistes continuent d'organiser ces réunions publiques avec autant de succès environ tous les deux mois même pendant la vague d'attentats et la répression. Surtout, les anarchistes lyonnais souhaitent se dotent d'un journal et comme le note Jean Maitron « les journaux lyonnais représentent en France, le premier essai anarchiste en matière de journalisme » [note].

    En 1878 est fondée une société coopérative du droit social pour la parution d'un journal éponyme avec un capital de 2 500 francs et 50 coopérateurs [note]. Mais le journal ne paraît pas tout de suite car le cautionnement, pour les hebdomadaires politiques, reste en place jusqu'à la loi du 29 juillet 1881. Les anarchistes lancent finalement le premier numéro Droit social en février 1882 [note]. Cet hebdomadaire de 4 pages vendu 10 cts est l'un des premiers journaux anarchistes français il contient des articles théoriques, des pamphlets, il rend compte de la vie des groupes anarchistes de Lyon mais aussi du reste de la France. Le commissaire spécial surveille étroitement ce journal, il étudie chaque numéro, attribue un auteur aux articles anonymes et transmet les articles litigieux au parquet et au ministère de l'intérieur sous couvert du préfet. Il est ainsi à l'origine des poursuites contre ce journal qui change sept fois de titres et de gérant. Ainsi Louis Dejoux le premier gérant est condamné le 25 mai 1882 par la cour d'assises du Rhône à un an de prison et 2 000 francs d'amende pour des articles glorifiant l'acte de Fournier jeune ouvrier qui avait tiré sur son patron à Roanne le 24 mars [note]. Il est condamné en vertu des articles 23 et 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse qui prévoient trois mois à deux de prison et de 100 à 3 000 francs d'amende pour l'appel aux crimes et délits qu'il soit suivi d'effets ou non. Louis Dejoux est remplacé par Joseph Bonthoux, un ouvrier scieur de long, ancien radical puis socialiste devenu anarchiste [note]. 
				 (dimanche 1er octobre 1882)
			L'Etendard révolutionnaire (dimanche 1er octobre 1882) Ce dernier est condamné le 12 août 1882 pour l'article mort aux voleurs du 3 juillet 1882 à 13 mois de prison 2 000 F par la cour d'assises Rhône [note]. Le Droit social qui s'était arrêté le 23 juillet 1882 est remplacé par L'Etendard révolutionnaire lancé le 30 juillet [note] géré par Claude Crestin puis Antoine Cyvoct [note]. Il est remplacé par Jean-Marie Bourdon un mois plus tard [note] et le journal tire à 4 800 exemplaires [note] paraît pendant 11 numéros jusqu'au 15 octobre 1882.

    Le 23 octobre 1882 a lieu au nom de la « propagande par le fait » le premier attentat anarchiste et le plus grave à Lyon au café de l'Assommoir (café du théâtre de Bellecour futur bâtiment du Progrès) qui tue un employé. Le lendemain un autre attentat a lieu au bureau de recrutement de la vitrolerie. Suite à ces deux attentats plusieurs anarchistes principalement de la région de Lyon sont arrêtés le 19 novembre 1884 sur les indications du commissaire spécial. Parmi les prévenus Kropotkine. Le procès de ces 66 anarchistes de la région, liés au Droit social, a lieu du 8 au 19 janvier 1883 devant les assises du Rhône en vertu de la loi Dufaure du 14 mars 1872 pour reconstitution d'une organisation révolutionnaire. L'accusation se fait principalement à partir des articles du Droit social et des rapports du commissaire spécial Perraudin. Lors de ce procès « des 66 » les 44 anarchistes présents sont condamnés. Les peines les plus lourdes sont de cinq ans de prison, 2 000 F d'amendes et 10 ans de surveillance. Antoine Cyvoct est le principal suspect des attentats sur la base d'un article du Droit social du 30 juillet 1882 intitulé une bouge qui lui est attribué et où était annoncé un attentat contre un lieu bourgeois de la ville. En fuite il est arrêté à Bruxelles le 23 février 1883 lors de la fabrication d'une bombe qui explose et tue un autre anarchiste. Extradé, il est condamné à l'issue de son procès du 11 décembre 1883 au 22 février 1884 à la peine de mort sans que sa culpabilité ne soit clairement établie. Sa peine est commuée aux travaux forcés à perpétuité. Ce retentissent procès n'arrête ni les journaux anarchistes ni les attentats. 
				 (dimanche 1er avril 1883)
			La Lutte (dimanche 1er avril 1883) Le 23 mars 1883, Etienne Gaspard Lemoine, cordonnier trésorier de la commission de répartition de secours aux familles des détenus politiques, déclare un journal du titre de son groupe anarchiste La Lutte [note]. 
				 (dimanche 12 août 1883)
			Le Drapeau noir (dimanche 12 août 1883) Ce titre ne parait que pendant 18 numéros [note] et se transforme en Drapeau noir . Lemoine est remplacé comme gérant par François Vitre. Celui-ci condamné pour provocation, suivie d'effets, au meurtre au pillage, à l'incendie et Le Drapeau noir qui a duré 17 numéros [note] devient L'Emeute . Pierre Labille en prend la gérance. Mais il est condamné pour un article du 4 janvier appelant au meurtre les juges de Cyvoct. L'Emeute prend donc, après sept numéros [note], un titre symbolique Le Défi . 
				 (dimanche 03 février 1884)
			Le Défi (dimanche 03 février 1884) Le nouveau gérant est Jean-Marie Frénéas, ouvrier tisseur qui fréquente les réunions anarchistes depuis 1882, cité à comparaître par la cour d'assises du Rhône pour les deux premiers numéros du Défi , il démissionne et prend la fuite [note]. Au bout de trois numéros Le Défi [note] devient L'Hydre anarchiste pour cinq numéros [note] gérés par un certain Robert Claude, résidant à Vienne cité à comparaître par la cour d'assises de la Loire [note]. 
				 (dimanche 24 février 1884)
			L'Hydre anarchiste (dimanche 24 février 1884) L'Hydre anarchiste 
				 (dimanche 20 avril 1884)
			L'Alarme (dimanche 20 avril 1884) prend alors le titre de L'Alarme pour huit numéros [note] géré par Jérémy Bordin puis Le Droit anarchique [note] géré par Claudius Jeansomme. Les autorités décident alors d'agir contre l'imprimeur du journal. Hyppolite Albert [note], qui a pourtant pris soin de ne pas apparaître officiellement comme l'imprimeur, est condamné à plusieurs reprises après une correspondance entre le secrétaire général pour la police de la préfecture du Rhône et le parquet de Lyon. Après son incarcération Le Droit anarchique disparaît le 22 juin 1884 et le projet de Hors la loi est abandonné [note]. Le journal disparaît définitivement malgré un tirage jusqu'à 8 500 exemplaires [note]. Cette répression des anarchistes et de leurs journaux a peu d'incidences sur les attentats anarchistes vu que l'on compte 13 attentats ou tentative d'attentats entre celui de l'Assommoir et le dernier en février 1887 avec l'explosion de deux bombes au palais de justice.

    Une police efficace ?

    Le commissaire spécial Perraudin est au coeur de la surveillance de la répression contre les anarchistes. Il surveille les anarchistes à travers leur journaux ainsi il nous apprend dans l'un des ses rapports que l'imprimeur Pastel de l'Etendard révolutionnaire l'informe de tout ce qui touche au journal [note]. Il reçoit copie des courriers échangés par les anarchistes. Ses agents lui rendent compte des réunions publiques régulièrement organisées par les anarchistes. Il tient des listes précises d'anarchistes. Mieux, il y a un, voire plusieurs informateurs, parmi les anarchistes comme il le signale dans l'un de ses rapports sans donner son nom. On peut supposer qui s'agit d'un certain Valadier qui est dénoncé par les autres anarchistes lors du procès des 66. Le commissaire spécial écrit quasiment un rapport par jour sur les anarchistes, leurs journaux et leurs agissements. Le préfet Massicault transmet ses nombreuses informations au parquet et au ministre de l'Intérieur. Le commissaire spécial de la sûreté Morin, futur commissaire spécial près de la préfecture, se cantonne aux arrestations et perquisitions. Le commissaire spécial des chemins de fer Gallet, ancien commissaire spécial près de la préfecture, se contente lui de la surveillance des lettres et des anarchistes en déplacement. Le commissaire spécial Morin est donc le mieux informé des activités des anarchistes et c'est sur ses renseignements que les anarchistes sont condamnés lors des procès où il est présent.

    Pourtant, cette surveillance et cette répression n'ont pas empêché les attentats. On peut même se demander si les premières condamnations avant les attentats n'ont pas déclenché la spirale provocation, répression, attentats. Ce cycle est très visible avec les journaux où chaque condamnation suscite un nouveau titre avec un nouveau gérant pour aller plus loin dans les outrances. Pire, malgré cette surveillance aucun coupable n'est clairement identifié. Si les articles des journaux anarchistes ainsi que les intentions des militants anarchistes sont belliqueuses aucune preuve ou témoignage irréfutables accusent l'un d'entre eux. Deux explications sont possibles à cet échec. La première se rapproche de la thèse de Jean Maitron : l'aspect désorganisé des mouvements anarchistes explique des attentats commis comme des actes isolés. La seconde prolongerait l'analyse de Vivien Bouhey et on peut se demander si les anarchistes, derrière une façade publique, ne cacheraient pas une réelle organisation. La première explication me semble la plus plausible car l'étroitesse de la surveillance du commissariat rendait difficile toute organisation mais ne pouvait empêcher les actes non concertés. Il aurait peut-être fallu pour empêcher ses attentats des moyens supplémentaires pour pouvoir suivre chaque anarchistes individuellement et ou avoir la possibilité d'arrestation préventive. D'ailleurs il n'est pas tenu rigueur ni au commissaire spécial Perraudin ni au préfet Massicault qui restent en place longtemps le premier jusqu'en mars 1884 et le second jusqu'en janvier 1887.

    La suite des événements accrédite cette thèse ainsi après cette répression et la reconnaissance des syndicats le 22 mars 1884, le mouvement anarchiste affaibli abandonne la violence [note] et se convertit à l'anarcho-syndicalisme [note] ou rejoint le socialisme. 
				 (samedi 28 août 1886)
			La Lutte sociale (samedi 28 août 1886) Ce qui explique que si un nouvel hebdomadaire anarchiste est lancé en 1886, la Lutte sociale , sans déclaration, ne dure que cinq numéros [note]. 
				 (dimanche 18 décembre 1887)
			L'Egalité sociale (dimanche 18 décembre 1887) L'Egalité sociale , bien qu'elle soit adossée à groupe actif d'anarchistes [note] ne parait que pendant 10 numéros en 1887 [note]. Le Flambeau rouge en 1889 [note], Le Fambeau [note] ainsi que L'Insurgé en 1893 [note] connaissent aussi une durée de vie courte.

    Les anarchistes lyonnais décapités ne participent pas à la vague d'attentats de 1892-1894 (Ravachol, bombe d'Auguste Vaillant à l'Assemblée le 9 décembre 1893, Emile Henry, assassinat de Carnot le 24 juin 1894 à Lyon ...) qui aboutit aux lois « scélérates » votée le 17 et 22 juillet 1894 permettant les arrestations préventives. L'assassinat du président Sadi Carnot par l'anarchiste italien Caserio à Lyon rue de la République le 24 juin 1894, est exécuté sans aucune complicité locale [note]. Cependant il discrédite encore le mouvement : seuls trois journaux anarchistes reparaissent après plusieurs années pour quelques semaines seulement : L'Action révolutionnaire [note] d'Ernest Martin qui est sur la liste n°1 des anarchistes surveillés et L'Avant-garde de Lyon [note] rédigé par Marius Roger, ouvrier scieur [note]. Ces deux hebdomadaires disparaissent en 1902 après quelques semaines tout comme L'Emancipation [note], bimensuelle et rédigée par Pierre Dumas aussi sur la liste de surveillance n°1 en 1906 [note].

    En définitive la fonction inédite de commissaire spécial près de la préfecture du Rhône est bien un moyen de surveillance supplémentaire pour pallier la perte d'outils de contrôle autoritaire. Toutefois, ce surcroit de surveillance avec par exemple les rapports des commissaires spéciaux sur les journaux les plus insignifiants, a été vaine, exceptée pour l'historien pour qui elle est devenue une source inestimable. Même dans le cas des journaux anarchistes cette surveillance étroite s'est révélée relativement inutile. Pour affiner cette analyse il faudrait comparer la gestion des attentats anarchistes par la préfecture du Rhône avec celles des autres préfectures dépourvues de ce commissariat spécial.

    Pour citer cet article

    Référence électronique

    Marc Jampy, Surveillance et répression de la presse anarchiste, numelyo [en ligne], mis en ligne le 2013-03-15T09:22:28Z, modifié le 2013-03-15T09:25:19Z, consulté le 2017-10-21 16:14:41. URL : http://numelyo.bm-lyon.fr/BML:01DOC0014be7bffc4e995

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